Anticommunisme

Anticommunisme

L'anticommunisme signifie l’opposition ou l'hostilité au communisme et à ses diverses tendances, ou bien à des gouvernements ou organisations s'en réclamant. Son acception est cependant changeante, le terme « communisme » recouvrant lui-même un ensemble de réalités très diverses ; le terme d'« anticommunisme » a pu être employé pour qualifier l'opposition aux théories communistes elles-mêmes, aux mouvances et partis politiques s'en réclamant, ou bien à la pratique politique des régimes désignés comme communistes. Le terme d'« anticommunisme » a pu ainsi être utilisé pour qualifier les opposants au stalinisme, que ces derniers soient ou non anticommunistes au sens large.

L’anticommunisme est apparu au XIXe siècle, il est par exemple mentionné en 1848 dans le Manifeste communiste par Karl Marx[1]. Un procès contre des membres de la Ligue des communistes est organisé après l’échec de la Révolution allemande de 1848. Le mot « anticommuniste » existe en français depuis 1842[2].

L’anticommunisme s’est largement développé au cours du XXe siècle. Suite à la prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie en octobre 1917, puis à la création de l’URSS, l’anticommunisme s’est particulièrement concentré sur le léninisme, puis sur le stalinisme. Cette critique vise le manque de liberté individuelle et de démocratie dans les États soumis aux régimes de ces obédiences. Il existe cependant de nombreux courants qui sans être anticommunistes sont radicalement opposés à ces régimes : la gauche et l’extrême gauche antistalinienne, voire antiléniniste (parmi lesquels des courants explicitement communistes, comme le communisme de conseils, le luxembourgisme, le communisme libertaire, etc.).

L’anticommunisme de la droite et de l'extrême droite s’est, à partir de 1917-1918, souvent mêlé à l’antisémitisme, en Allemagne pour attaquer la spartakiste Rosa Luxemburg, en Russie puis en Europe contre Trotsky et les bolcheviks, donnant naissance au mythe du « judéo-bolchevisme ».

Après la Seconde Guerre mondiale, l’anticommunisme est devenu un élément majeur de la politique étrangère et intérieure des États-Unis tout au long de la Guerre froide (1947-1991).

Affiche anticommuniste allemande de 1918.
« Le bolchévisme amène la guerre, le chômage et la famine — Association pour la lutte contre le bolchévisme. »

Sommaire

Concept et sémantique

La notion d'anticommunisme recouvre deux réalités qui s'articulent autour de l'usage fait du mot communisme :

  • D'un point de vue théorique, il désigne l'opposition ou l'hostilité à l'idéologie communiste et aux divers mouvements politiques et sociaux qui la représentent.
  • Dans les faits, le mot a particulièrement été utilisé au XXe siècle dans le cadre de l'opposition ou l'hostilité envers les régimes de l'URSS puis plus généralement du bloc de l'Est, et envers les partis qui s'y référaient. Il a ainsi été particulièrement utilisé au cours de la guerre froide.

Définition large : l'opposition aux communismes

Dans sa première définition, l'anticommunisme recouvre l'opposition à toute doctrine « communiste ». Au XIXe siècle, le mot communisme était globalement synonyme du mot socialisme, dont il désignait approximativement la fraction la plus avancée dans ses projets de mise en commun de la propriété[3].

L'anticommunisme est donc de facto, pendant cette période, l'opposition à toute forme de révolution sociale, de propriété collective et de socialisme.

Définition restreinte : l'opposition au bloc soviétique

Affiche du Parti Conservateur de 1909, dans laquelle le socialisme est représenté par un diable étranglant Britannia

Avec la Révolution russe de 1917, le mot communisme va adopter un sens historique différent. En 1918, la fraction bolchevik du Parti ouvrier social-démocrate de Russie va utiliser ce terme pour se distinguer des autres socialistes, devenant « Parti communiste » en mars 1918. En 1920 l’Internationale communiste va imposer à ses partis adhérents de prendre le nom de Parti communiste[4]. Le mot « communisme » va donc progressivement s'identifier dans les esprits avec le régime soviétique (« marxiste-léniniste », stalinien) et à ses soutiens à travers le monde.

C'est avec la peur de révolutions communistes, avec les paroxysmes des périodes 1918-1920 et 1945-1949, l'existence du régime soviétique soutenu par un réseau de partis communistes implantés dans chaque pays, que la notion d'anticommunisme va devenir un concept politique prégnant. Ce concept, mobilisateur, sera souvent instrumentalisé par diverses forces et régimes politiques. Il pourra également s'inscrire dans des perspectives géopolitiques.

Les courants de pensées assimilant le régime soviétique avec le communisme ne font pas grande distinction entre les deux définitions de l'anticommunisme.

En revanche, les courants de pensées affirmant que le régime soviétique n'a rien à voir avec le communisme ne considèrent pas la lutte contre le régime soviétique comme de l'anticommunisme, mais comme de l'antistalinisme. C'est notamment le cas des communistes non léninistes (marxistes antiléninistes, libertaires et autres) et des communistes léninistes antistaliniens (trotskistes).

On peut ainsi distinguer anticommunisme, antisoviétisme, antibolchévisme, antiléninisme, et antistalinisme (même si plusieurs se recoupent souvent).

Fondements théoriques

Article détaillé : Critiques du communisme.

Les raisons pour lesquelles certaines personnes se considèrent ou sont considérées comme anticommunistes sont très variées. L’anticommunisme trouve des échos différents suivant les époques et les tendances :

Le terme « anticommuniste » apparaît en 1842[5]. Les premiers anticommunistes sont les adversaires de tous les mouvements révolutionnaires, comme les partisans de la monarchie et les traditionalistes religieux. Dès 1864, la hiérarchie catholique condamne par l’encyclique Quanta Cura le communisme et le socialisme, en même temps que la laïcité. En 1850, l'auteur anticommuniste Alfred Sudre écrit que le communisme « fait de l’homme une bête sensuelle, gourmande et lubrique, traînant son ventre appesanti par des sales voluptés »[6].

Certains anticommunistes[réf. nécessaire] estiment que le communisme serait la violation du droit de propriété, droit de l'homme reconnu par l'article II de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ; « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. »

Plus tard, des défenseurs du capitalisme comme le philosophe et économiste Friedrich Hayek ou l'économiste Milton Friedman estiment qu’il est impossible de conjuguer communisme et liberté individuelle. Dans La Route de la servitude publiée en 1944, Hayek va jusqu'à soutenir que la planification et l’étatisme conduisent au totalitarisme, fasciste ou communiste. Milton Friedman écrit dans Capitalisme et liberté, publié en 1962 :

« L'histoire suggère uniquement que le capitalisme est une condition nécessaire à la liberté politique. Clairement ce n'est pas une condition suffisante. »

— Milton Friedman, Capitalisme et liberté

Enfin, l’opposition aux régimes léninistes et staliniens ont amené d’autres courants de gauche à être classés dans l’anticommunisme (avec souvent une confusion entre gauche anticommuniste et gauche antistalinienne). Des socialistes comme George Orwell ou Bertrand Russell et des théoriciens anarchistes voient le communisme comme une doctrine dont les objectifs sont justes dans sa théorie, mais qui ne réussit pas à les atteindre. La critique de Proudhon est plus radicale :

« De tous leurs préjugés inintelligents et rétrogrades, celui que les communistes caressent le plus est la dictature. Dictature de l'industrie, dictature du commerce, dictature de la pensée, dictature dans la vie sociale et la vie privée, dictature partout. »

— Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques, II, 301

Les anticommunistes « pragmatiques » se bornent à constater les résultats économiques et sociaux des politiques appliquées par des communistes dans divers pays du monde, et étaient leur discours de faits objectifs recueillis après l'effondrement du Bloc de l'Est (qui étaient en fait déjà connus avant).

Anticommunisme de l'Église catholique

Le pape Pie XI a écrit en 1937 l'encyclique Divini Redemptoris pour condamner explicitement le communisme. Dans cette encyclique, il se déclarait le chef des anticommunistes. Il réitérait les condamnations contenues dans Quanta Cura (1864) et Quadragesimo Anno (1931). En 1949, tous les communistes ont été excommuniés par un décret du Saint-Office[7].

Le concile Vatican II n'a pas parlé du communisme, par crainte des répressions, mais plusieurs évêques du Coetus Internationalis Patrum ont personnellement condamné la doctrine communiste. Dans les faits, l'élection de Jean-Paul II, Pape polonais, marque un tournant décisif dans la lutte contre le communisme.

Le pape Benoît XVI est connu pour son opposition à la théologie de la libération en Amérique latine, proclamant que celle-ci était incompatible avec l'enseignement de l'Église et sanctionnant les théologiens dissidents.

Anticommunisme fasciste et nazi

Le triangle rouge, porté par les détenus communistes et socialistes dans les camps nazis (puis par tous les « politiques », antinazis et antifascistes).

Le fascisme puis le nazisme ont fait de l’anticommunisme un de leurs principaux arguments de propagande. Une fois au pouvoir, ces régimes dictatoriaux ont violemment réprimé les communistes. Les dictatures d'extrême droite ont étendu la répression anticommuniste à l'ensemble de la gauche et à de nombreux syndicalistes.

Du fait de la prise du pouvoir par Hitler, des milliers de communistes allemands sont internés dès 1933 dans les camps de concentration nazis, ainsi que des militants des autres partis marxistes[8], et certains syndicalistes. Cette politique de répression et d’assassinat de masse se poursuivit jusqu’à la chute du nazisme en 1945. Les livres d'auteurs communistes furent interdits et brûlés lors des autodafés nazis[9].

Arrivant après la prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie, des historiens voient le fascisme comme un mouvement qui essaie d'attirer la classe ouvrière et de l'éloigner du marxisme, et en même temps invoque les capitalistes comme bouclier contre le bolchevisme. Le fascisme italien, fondé et dirigé par Benito Mussolini prend le pouvoir avec la bénédiction du roi d'Italie après que des années d'agitation de gauche ont mené de nombreux conservateurs à craindre l'inévitabilité d'une révolution communiste. A travers l'Europe, de nombreux aristocrates et intellectuels conservateurs ainsi que des capitalistes prêtent leur soutien aux mouvements fascistes de leurs nations, apparus en émulant le modèle italien. En Allemagne, de nombreux groupes nationalistes de droite apparaissent, notamment depuis les Freikorps qui réprimèrent l'insurrection spartakiste et la République des conseils de Munich.

Anticommunisme dans différents pays

États-Unis

Affiche anticommuniste américaine datant de la Guerre froide

Dans le cadre de la « Peur rouge », la première grande manifestation de l’anticommunisme aux États-Unis, dirigée par Alexander Mitchell Palmer, se produit en 1919-1920.

Avec le début de la Guerre froide et l'établissement du rideau de fer en Europe, l’anticommunisme devient un élément central de politique des États-Unis via sa politique pour stopper « l'expansion du communisme », connue sous le nom d'endiguement (ou containment en anglais).

À l’intérieur, une répression politique anticommuniste est appliquée pendant l'ère McCarthyiste. Plusieurs centaines de personnes sont emprisonnées, plus de dix mille perdent leur travail[10]. Dans l'industrie du cinéma, ceux qui sont inscrits sur la « Liste noire » ne peuvent pas retrouver d’emploi. Entre autres cinéastes célèbres victimes de cette « chasse aux sorcières », Charlie Chaplin et Orson Welles[réf. nécessaire] - soupçonnés de « sympathie envers le communisme »[réf. nécessaire] - furent obligés de quitter les États-Unis, le scénariste Dalton Trumbo fut emprisonné.

La politique étrangère des États-Unis a été dominée entre 1947 et 1991 par l’anticommunisme, allant jusqu’au soutien à des dictatures (ou à des mouvements comme les Contras), et à l'emploi de criminels nazis comme Klaus Barbie. Le gouvernement américain a souvent[réf. nécessaire] justifié son anticommunisme en s'appuyant sur les violations des droits de l'homme en Union soviétique durant l'ère de Staline, puis par Mao Zedong en Chine, par le gouvernement Khmer rouge au Cambodge dirigé par Pol Pot, ou bien en Corée du Nord, ces États ayant tué des millions de leurs citoyens et réprimé les libertés publiques des autres.

L'anticommunisme aux États-Unis est moins d'actualité depuis la chute de l'Union Soviétique et du Bloc de l'Est entre 1989 et 1991. Cependant, les restes de l'anticommunisme se ressentent encore dans la politique étrangère des États-Unis vers Cuba, la République Populaire de Chine et la Corée du Nord. Dans le cas de Cuba, les États-Unis continuent à maintenir un embargo officiel contre l'île, dans une politique qui est critiquée en dehors des États-Unis (l'ONU a adopté à une écrasante majorité une résolution demandant sa levée) mais qui a l'appui substantiel du pays et en particulier des exilés cubains et des conservateurs.

En raison des intérêts commerciaux américains croissants en Chine, la politique étrangère des États-Unis ne montre pas d'hostilité ouverte au maintien au pouvoir du Parti communiste chinois. Néanmoins, une méfiance envers la Chine persiste, aussi bien parmi les conservateurs que, de manière générale, parmi les défenseurs des droits de l'homme. La Corée du Nord, quant à elle, reste fermement stalinienne et économiquement isolationniste, et les tensions entre le pays et les États-Unis se sont intensifiées à la suite de la publication de rapports faisant état de stocks d'armes nucléaires sur son territoire.

France

Affiche anticommuniste de la Milice collaborationniste, pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1919 apparaît la célèbre affiche anticommuniste de « l'homme au couteau entre les dents ». Elle a été imprimée par « une Union des intérêts économiques émanant du haut patronat à l'occasion des élections législatives en 1919, alors même que le parti communiste français n'existe pas encore. »[11] Cette image sera fréquemment détournée, en particulier par le PCF. Mais en 1934, le thème est repris au premier degré : les Républicains nationaux veulent dénoncer les « valets de Staline », qui sont selon eux (dans l'ordre) les socialistes, les communistes, et les francs-maçons[11].

L'approbation par la direction du PCF du pacte germano-soviétique (signé le 23 août 1939) génère un fort sentiment anticommuniste. Cette approbation débouche sur l'interdiction du PCF.

Entre 1941 et 1944, l'anticommunisme « n'est développé que par les occupants et les Vichystes mais avec une violence - tortures, déportations, fusillades et assassinats - jusqu'alors inusitée. »[12]

En raison de la participation des communistes à la Résistance, et de leur entrée au gouvernement, l'anticommunisme s'exprime moins à partir de la Libération. Il redevient important à partir de 1947, quand le PCF doit quitter le gouvernement, et que la guerre froide se développe. Le mouvement Paix et Liberté est fondé en 1950 : financé par l'État, il diffuse massivement des affiches qui contrent la propagande du PCF.

Autres anticommunismes

Après la prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie, des troupes d'interventions alliées tentèrent de renverser militairement le régime et, au cours de l'été 1918, quelque 44 000 soldats britanniques, 13 000 américains, 13 000 français, et 80 000 japonais sont stationnés en Russie et certains combattirent l'Armée rouge. Ces pays accordèrent également une aide matérielle et financière significative aux Armées blanches.

Le communisme est interdit et réprimé par l'Empire du Japon pendant la dictature militaire sous le règne d'Hirohito (en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale). Pendant l’occupation par les États-Unis, des purges anticommunistes entraîneront le licenciement de plus de 20 000 travailleurs entre 1949 et 1951[13]. Le communisme est également réprimé en Chine par le Kuomintang dans les années 1920 et les années 1930, ainsi qu’à Taïwan et en Corée du Sud après-guerre.

En Amérique latine, le communisme est réprimé par différentes dictatures militaires (Opération Condor, dictature Pinochet au Chili, guerre sale en Argentine, guerre civile au Salvador, etc.), et dans de nombreux autres pays.

En Afrique du Sud, le communisme est interdit et réprimé par le régime d’apartheid de 1950 à 1990, par la Loi de suppression du communisme (Suppression of Communism Act[14]). Cette loi anticommuniste servit également de prétexte à l’emprisonnement de Nelson Mandela[15] et à l’interdiction de plusieurs mouvements antiapartheid, dont l’ANC en 1960[16]. En Éthiopie, cet anticommunisme se manifeste aussi à la fin des années 1970, avec une campagne menée par la junte militaire Derg contre des membres présumés de partis communiste, à l'occasion de ce qui fut nommé la « terreur rouge ».

En Europe, pendant la guerre froide l’anticommunisme se manifeste en particulier par le Congrès pour la liberté de la culture. À partir de 1956, le Parti communiste d'Allemagne est interdit en République fédérale d'Allemagne (RFA). La résolution 1481 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, datée du 25 janvier 2006 durant la session d'hiver, « condamne avec force les crimes des régimes communistes totalitaires[17] ». Le 2 avril 2009, le Parlement européen, confirmant « la nécessité d'une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires », a voté une résolution condamnant « fermement et sans réserve tous les crimes contre l'humanité et les innombrables violations des droits de l'homme commis par tous les régimes totalitaires et autoritaires[18] ».

Des massacres visant des communistes ou des insurgés soutenus par des communistes ont eu lieu après la Seconde Guerre mondiale, les régimes anticommunistes qui les ont commis ont longtemps interdit leur évocation. De tels massacres furent perpétrés sur l'île de Jeju (Corée du Sud) en avril 1948. Les estimations vont de 30 000 à 40 000 victimes. En 1947, l'incident 228, à Taïwan, a été jusqu'en 1995 considéré comme un sujet tabou, même en privé. Des milliers de civils en furent victimes.

Pendant la Guerre froide de nombreux régimes autoritaires utilisèrent la peur du communisme comme un moyen de légitimer la répression ou d'excuser la persécution d'opposants. Le cas le plus terrible est probablement celui du général Suharto en Indonésie qui, sous prétexte de déjouer un coup d'État communiste raté, s'empara du pouvoir exécutif et tua environ deux millions de personnes dans des purges massives, arrêtant 200 000 autres personnes sur le simple soupçon d'avoir participé au coup d'État[réf. nécessaire]. La plupart des communistes, des supposés communistes et des soi-disant ennemis de l'État furent condamnés à mort (bien que certaines exécutions aient été repoussées jusqu'en 1990). La complicité supposée ou démontrée de la CIA avec ces régimes discrédita considérablement l'anticommunisme et la prétention des États-Unis à représenter le « monde libre » aux yeux des critiques de l'anticommunisme.

Critiques de l'anticommunisme

Critique de la pensée anticommuniste

L'essayiste Louis Janover reproche aux anticommunistes de « dénaturer la signification du mot communisme », en avalisant « les appellations dont la nomenklatura a usé et abusé, prenant au pied de la lettre ce qu’elle a dit d’elle-même ». Selon lui, « ceux qui disent communisme en parlant des pays de l’Est ont un cadavre dans la bouche : celui du capitalisme d'État »[19].

De même, le révolutionnaire Santiago Maurer dénonce en 1975 l’anticommunisme « des possédants et de leurs alliés qui, par tactique, mettent dans le « panier communiste » les serviteurs de la Russie, qu’ils ne craignent guère, et les authentiques révolutionnaires-révoltés, qu’ils se disent « anarchistes », « conseillistes », « luxembourgistes », « anarcho-syndicalistes », ou simplement « révolutionnaires » ». Au-delà de cet amalgame, Maurer estime que « Les anticommunistes siègent à Moscou », accusant les dirigeants de l’URSS d’appliquer une politique anticommuniste[20].

Les partisans du communisme remettent en question la justesse ou la validité de l’idéologie anticommuniste. Une réfutation fréquente de l'anticommunisme met en avant que puisque les pays dits communistes avaient de fait créé une nouvelle « caste » dirigeante non prolétarienne ils n'étaient donc pas communistes (ce que ces régimes n’ont d’ailleurs jamais prétendu). Ce fut dès les années 1920 le point de vue des conseillistes, et dès les années 1930 le point de vue des trotskistes, courants politiques se réclamant pour autant du communisme. Plusieurs courants communistes antistaliniens affirment depuis la création de l’URSS que le marxisme est clairement opposé à ces pratiques dictatoriales.

Critique de la pratique de l'anticommunisme

Des critiques de l'anticommunisme soulignent que cette posture politique a abouti à la création ou au soutien à des régimes et à des mouvements dictatoriaux et criminels. Par exemple, l'historien Marc Ferro défend qu'une pratique anticommuniste pour laquelle « la fin justifie les moyens » a amené à défendre en Russie le retour au tsarisme, et à soutenir les armées blanches qui pratiquèrent des crimes de masse comme les pogroms antisémites et « exercèrent une terreur pire que celle des bolcheviks et s'aliénèrent la nation »[21]. Parmi les exemples souvent mis en avant par les critiques de l'anticommunisme, figurent également le renversement de gouvernements de gauche démocratiquement élus, pour les remplacer par des dictatures militaires (c'est le cas par exemple en Espagne en 1936, au Guatemala en 1954, et au Chili en 1973). C'est aussi dans la logique anticommuniste que les États-Unis ont financé Oussama Ben Laden) dans les années 1980 pour lutter contre l'invasion soviétique de l'Afghanistan.

Les critiques de l'anticommunisme mettent également en avant le fait que l'argument anticommuniste a permis de justifier des pratiques condamnables de politique intérieure. Ainsi, pour l'historien américain Howard Zinn : « L'anticommunisme fait partie de l'idéologie dominante américaine. Je ne parle pas de la critique raisonnée du communisme ou des pays qualifiés de communistes. Ce que j'entends par « anticommunisme », c'est cette peur hystérique qui poussa les autorités américaines à espionner leurs propres citoyens, à envahir d'autres pays et à taxer les salaires américains âprement gagnés pour consacrer des milliers de milliards de dollars à la fabrication d'armes meurtrières. »[22]

D’autres critiques concernent la dépendance d'organisations et journaux anticommunistes[23] vis-à-vis des services secrets américains - par exemple le financement du Congrès pour la liberté de la culture par la CIA.

Soulèvements populaires en régime communiste

Les régimes dits communistes furent contestés dans de nombreux pays par des révoltes de masse, très souvent réprimées de façon sanglante, les contestations évoluant quelques fois en guerre civile contre le pouvoir en place. Certains de ces mouvements luttaient contre le pouvoir pour mettre, à la place du régime existant, un « véritable » socialisme (ou communisme) ; ces derniers soulèvements n'étaient donc pas anticommunistes.

Dissidents célèbres

Les dissidents les plus célèbres étaient souvent eux-mêmes communistes, comme Léon Trotski, Artur London, ou Imre Nagy. Certains ont refusé le terme d'anticommuniste (Václav Havel), d'autres dénonçaient le régime comme capitaliste d'État (Andreï Sakharov, Ante Ciliga...).

Notes et références

  1. Dans le chapitre II, Marx répond ainsi aux anticommunistes ; « Vous êtes saisis d'horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu'elle n'existe pas pour ces neuf dixièmes qu'elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu'à la condition que l'immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c'est bien ce que nous voulons. »
  2. Source : Le Petit Robert.
  3. Jacques Boudet, Les mots et l'histoire, Larousse, article communisme, à préciser
  4. 21 conditions, juillet 1920. Cependant cette condition ne sera pas acceptée par le parti français (SFIC) lors des premiers mois de son existence.
  5. Source : Le Petit Robert
  6. Alfred Sudre, Histoire du communisme, Pagny, 1850, p. 336.
  7. 14 juillet 1949 : Les communistes excommuniés
  8. Sont principalement victimes de cette répression les militants du KPD, du SPD, du SAP et du KPD-O.
  9. Cette politique nazie concernait principalement les auteurs juifs, marxistes, et psychanalystes.
  10. (en) Ellen Schrecker, Many Are the Crimes : McCarthyism in America, 1998, Little, Brown, pg. xiii (ISBN 0-3167-7470-7)
  11. a et b Philippe Buton et Laurent Gervereau, Le Couteau entre les dents : 70 ans d'affiches communistes et anticommunistes, Éditions du Chêne, 1989, p. 18.
  12. Philippe Buton et Laurent Gervereau, Le Couteau entre les dents : 70 ans d'affiches communistes et anticommunistes, Éditions du Chêne, 1989, p. 14.
  13. Japan's Red Purge: Lessons from a Saga of Suppression of Free Speech and Thought
  14. Suppression of Communism Act
  15. Biographie de Nelson Mandela, sur le site de l’ANC
  16. Chronologie de l'apartheid et Moments in Apartheid: The Treason Trial
  17. (en) Résolution 1481 (2006), sue le [http://assembly.coe.int/defaultF.asp Site officiel du Conseil de l'Europe
  18. Résolution du Parlement européen du 2 avril 2009 sur la conscience européenne et le totalitarisme. sur le site de Conseil de l'Europe consulté le 27 mars 2010.
  19. Louis Janover, Les Dissidents du monde occidental, 1991, p. 102-105.
  20. Santiago Maurer, Le Chantage à l’anticommunisme, Spartacus no 1, novembre-décembre 1975
  21. Marc Ferro, La Révolution russe de 1917, Flammarion, 1967, p. 89.
  22. Howard Zinn, Nous, le Peuple des États-Unis… Essais sur la liberté d’expression et l’anticommunisme, le gouvernement représentatif et la justice économique, les guerres justes, la violence et la nature humaine, Agone, 2004, p. 374.
  23. En particulier la revue Encounter.
  24. Journal télévisé du 10 novembre 1956

Annexes

Bibliographie

Ouvrages

  • Serge Berstein et Jean-Jacques Becker, Histoire de l'anticommunisme en France. Tome 1 (1917-1940), Paris, Olivier Orban, 1987, 408 p.
  • (en)Andrew Defty, Britain, America and Anti-Communist Propaganda 1945-53 : The Information Research Department, Routledge, 2004, 320 p.
  • Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris (1950-1975), Paris, Fayard, 1995, 645 p.
  • Louis Janover, La Tête contre le mur : essai sur l'idée anti-communiste au XXe siècle, Paris, Éditions Sulliver, 1998, 201 p.
  • Dominique Lejeune, La Peur du « rouge » en France, Paris, Belin, 2003, 295 p.
  • Georges Lodygensky, Face au communisme 1905-1950 : Quand Genève était le centre du mouvement anticommuniste international, Éditions Slatkine, coll. Suisse-événements, 616 p., 2009 (édition critique par son fils Youri Lodygensky et l’historien Michel Caillat)
  • Alfred Sudre, Histoire du communisme ou Réfutation historique des utopies socialistes, Paris, Victor Lecou, 1848 (prix Montyon de l'Académie française en mai 1849). Réédition : Histoire du communisme avant Marx, Paris, Éditions du Trident, 2010, 459 p. (ISBN 978-2-84880-036-3)
  • Thomas Wieder, Les Sorcières d'Hollywood. Chasse aux rouges et listes noires, Paris, Éditions Philippe Rey, 2006, 252 p.
  • Centre d'études des relations interculturelles (France), textes réunis par Jean-Robert Rougé et Michel Antoine, L'Anticommunisme aux États-Unis de 1946 à 1954, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1995, 286 p.

Articles

  • Enzo Traverso, « De l’anticommunisme. L’histoire du XXe siècle relue par Nolte, Furet et Courtois », L'Homme et la société /2, no 140-141, p. 169-194. [lire en ligne]

Articles connexes


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