Congres pour la liberte de la culture

Congres pour la liberte de la culture

Congrès pour la liberté de la culture

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Le Congrès pour la liberté de la culture (en anglais : Congress for Cultural Freedom - CCF), fondé en 1950 et domicilié à Paris, fut une association culturelle anticommuniste. En 1967, il fut révélé que la Central Intelligence Agency des États-Unis finançait secrètement le Congrès au travers de fondations écrans, ce qui fit scandale. Le Congrès fut par la suite renommé Association internationale pour la liberté de la culture (en anglais : International Association for Cultural Freedom - IACF). À son apogée, le cercle était actif dans pas moins de 35 pays et recevait des subsides importants de la Fondation Ford.

Sommaire

Création du Congrès pour la liberté de la culture

Le Congrès international pour la liberté de la culture (CILC) est fondé au Titania Palace à Berlin-Ouest le 26 juin 1950 pour trouver des moyens de contrer l'idée que la démocratie libérale serait moins compatible avec la culture que ne le serait le communisme. Il constituait une réponse au Congrès mondial des intellectuels pour la paix de Wroclaw et au Congrès mondial des partisans de la paix de Paris, tenus respectivement en 1948 et 1949 (voir Conseil mondial de la paix), dans un contexte de radicalisation de la guerre froide. Pour le CILC, il s'agissait de répondre aux offensives politiques et idéologiques du mouvement communiste international et de s’opposer à l’influence communiste dans le monde intellectuel. L'objectif du Congrès était de « trouver une réponse morale et politique à la menace totalitaire »[1] et de lutter contre les positions neutralistes et pacifistes des intellectuels européens, autour du thème : « la liberté contre le totalitarisme ». Lors de la conférence de Berlin, Nicolas Nabokov proclamait : « Avec ce Congrès nous devons construire une organisation de guerre. »[2] Le lieu du Congrès n'a pas été choisi au hasard, puisque Berlin sortait tout juste d'un blocus imposé par l'Union soviétique.

Parmi les personnalités présentes au Titania Palace on dénombre tous types d’intellectuels antistaliniens : des conservateurs et, en plus grand nombre, des membres de la gauche non communiste : Franz Borkenau, Karl Jaspers, John Dewey, Ignazio Silone, James Burnham, Hugh Trevor-Roper, Arthur Schlesinger, Bertrand Russell, Ernst Reuter, Raymond Aron, Benedetto Croce, Jacques Maritain, Arthur Koestler, James T. Farrell, Richard Löwenthal, Robert Montgomery, Tennessee Williams, Michael Josselson et Sidney Hook. Ernst Reuter, maire de Berlin-Ouest de 1948 à 1953, présidait le comité d'organisation, tandis que Melvin J. Lasky, citoyen américain installé en Allemagne, assurait la fonction de secrétaire général[3].

Au sein du comité américain, l’American Committee for Cultural Freedom (ACCF), ce sont les intellectuels ex-communistes qui affirmaient avec le plus de véhémence la nécessité d’une résistance au communisme : Franz Borkenau (membre du Parti communiste autrichien jusqu’en 1929), Sidney Hook (compagnon de route des communistes dans les années 1920) ; Arthur Koestler (membre du Parti communiste allemand de 1931 à 1938) et James Burnham (membre de la Quatrième Internationale de 1934 à 1940). Arthur Koestler et Franz Borkenau appuyaient « à fond l’idée de la constitution d’un mouvement d’opposition frontal au communisme international »[4]. James Burnham s’est même prononcé en faveur de la fabrication de bombes atomiques américaines[5]. Il a ensuite démissionné de l’ACCF, estimant que celui-ci faisait preuve de trop de mollesse.

Activités

La charte fondatrice, base des statuts et la ligne directrice de l’activité du Congrès fut le Manifeste aux hommes libres.

Le Congrès a œuvré pour s’opposer à toute forme de totalitarisme, qu’il fût d'Extrême gauche ou d'Extrême droite, a soutenu des victimes de n’importe lequel de ces régimes et encouragé des intellectuels à travers le monde à penser plus librement.

Selon Roselyne Chenu [6], le programme européen dont la responsabilité lui incombait, dépensait autant de temps et d’argent pour aider des intellectuels d’Europe centrale et orientale que ceux de l’Espagne de Francisco Franco, de la Grèce des colonels et du Portugal de António de Oliveira Salazar.

Le Congrès réussit à obtenir suffisamment de fonds pour détenir des bureaux dans 35 pays, entretenir un large personnel, financer des événements internationaux et produire de nombreuses publications. Au début des années 1960, le Congrès monta une campagne pour discréditer le poète chilien Pablo Neruda, communiste ardent. La campagne s'intensifia quand il apparut que Neruda était candidat au Prix Nobel de 1964[réf. nécessaire]. Jean-Paul Sartre aurait également été une cible du Congrès.

Dans les années 1960, le Congrès a davantage cherché à nouer des relations avec les intellectuels « révisionnistes » d’Europe de l’Est et à soutenir la dissidence (des liens ont été entretenus avec la Pologne principalement). De 1958 à 1969, le Congrès finança les publications de nombreux intellectuels et artistes libéraux qui ignoraient souvent le rôle de la CIA et croyaient à un financement par des fondations. Parmi ceux-ci se trouvaient Heinrich Böll, Siegfried Lenz et les revues Preuves (Raymond Aron), Der Monat (Melvin J. Lasky), Tempo presente (Ignazio Silone) et Encounter (Irving Kristol).

Implication de la CIA

Le scandale de 1967

En 1966, le New York Times, révéla que le Congrès recevait un financement de la CIA. En 1967, les magazines Ramparts et Saturday Evening Post enquêtèrent sur le financement par la CIA d'un certain nombre d'associations culturelles anticommunistes dans le but de gagner le soutien des sympathisants progressistes de l'Union soviétique. Ces reportages furent crédités par une déclaration d'un ancien directeur d'opérations secrètes à la CIA admettant le financement par la CIA et les opérations du Congrès.

La révélation provoqua de nombreux départs. S'exprimant à propos des revues financées par la CIA, François Bondy, qui dirigeait Preuves, ou Raymond Aron, qui y écrivait, ont défendu l'idée que les financements étaient secrets et inconnus même des dirigeants, et donc qu'il était impossible à la CIA d'exercer une influence directe[7]. Raymond Aron, dans ses Mémoires, affirme qu'il ignorait bien le financement par la CIA de Preuves, mais n'en défend pas moins cette opération. Il rappelle la liberté dont bénéficiait les intellectuels du Congrès et oppose le Congrès à l'obéissance des intellectuels manipulés par l'Union soviétique comme Joliot-Curie. Denis de Rougemont, Manès Sperber, Pierre Emmanuel étaient d'autres intellectuels français proches du Congrès. Aron côtoya au Congrès George F. Kennan, Robert Oppenheimer et Michael Polanyi. La politique visée par la CIA était de permettre l'émergence d'une gauche démocratique non communiste[8].

Aujourd'hui le site officiel de la CIA affirme que « le Congrès pour la liberté de la culture est largement considéré comme une des opérations secrètes de la CIA des plus osées et efficaces de la guerre froide » (« [t]he Congress for Cultural Freedom is widely considered one of the CIA's more daring and effective Cold War covert operations »).

Poursuites

Des théories sur le bras australien de l'Association internationale pour la liberté de la culture abondent depuis 1975 au moment où le Gouverneur-général d'Australie, membre de l'association selon William Blum, tel que cité par John Pilger, membre de l'exécutif de la branche australienne, révoqua le gouvernement du premier ministre Gough Whitlam. Cette décision a été décrite par certains comme un coup d'État préparé depuis les États-Unis[1].

En décembre 2005, le Washington Times publie un commentaire de Paul Greenberg[2], dans lequel Greenberg vante l'activité du Congrès et la compare aux récentes activités de l'administration Bush, utilisant l'argent du gouvernement pour acheter les services de journalistes et éditeurs irakiens et américains afin de publier des récits favorables à l'armée américaine dans la guerre en Irak.

Greenberg admet volontiers que le Congrès a été financé à travers des couvertures de la CIA et désigne pour les honorer le rôle de Sidney Hook, qui fonda l'ancêtre du Congrès, Americans for Intellectual Freedom (en français : Les Américains pour la liberté intellectuelle). Greenberg relève également qu'à la conférence fondatrice du Congrès à Berlin, les Présidents honoraires comptaient John Dewey, Bertrand Russell, Benedetto Croce, Karl Jaspers et Jacques Maritain.

Postérité

Aujourd'hui, les archives de l'Association internationale pour la liberté de la culture et de son prédécesseur le Congrès pour la liberté de la culture sont préservées parmi les collections spéciales du centre de recherche de la bibliothèque de l'Université de Chicago.

Les publications financées à l'origine par le Congrès comprennent :

  • Quadrant, une publication politique de l'Association australienne pour la liberté de la culture.
  • Encounter (1953-1990), revue culturelle publiée au Royaume-Uni, de diffusion internationale. Dirigée par Stephen Spender, Irving Kristol, puis Melvin J. Lasky.
  • Soviet Survey : A Quarterly Review of Cultural Trends, revue créée en 1955 et basée à Londres, placée dans les premiers temps sous la direction du soviétologue Walter Laqueur. Ce trimestriel s’intéressait à la vie intellectuelle, artistique et politique des pays du bloc de l’Est.
  • Solidarity, un mensuel culturel, intellectuel et littéraire des Philippines.
  • Preuves, revue française publiée de 1951 à 1974[9].
  • Der Monat, revue allemande fondée en 1948 qui reçoit les premiers subsides du Congrès vers 1958.
  • Tempo presente, revue italienne publiée à Gênes à partir de 1960.

Notes

  1. Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme, p. 27.
  2. Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse ?, p. 104.
  3. Michel Winock, Le Siècle des intellectuels, Paris, Éditions du Seuil, coll. Points, 1999, p. 603.
  4. P. Grémion, Intelligence de l'anticommunisme, p. 142.
  5. Idem, p. 37.
  6. Ecrivain et biographe, ancienne assistante (1964-1975) de Pierre Emmanuel (directeur littéraire,secrétaire général adjoint du Congrès pour la liberté de la culture, directeur puis président de l’Association internationale pour la liberté de la culture)
  7. Raymond Aron, Mémoires et Philippe Grémion, anthologie de Preuves
  8. Documentaire d'Arte sur le Congrès pour la liberté de la culture : « Quand la CIA infiltrait la culture ».
  9. Voir l'anthologie de Pierre Grémion : Preuves, une revue européenne à Paris, Paris, Julliard/Commentaire, 1989.

Voir aussi

Documentation

  • Raymond Aron, Mémoires, Robert Laffont, 2003 (nouvelle édition), 776 pages.
  • (en)Peter Coleman, The Liberal Conspiracy. The Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, The Free Press, 1989, 333 p.
  • Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris (1950-1975), Paris, Fayard, 1995, 645 p.
  • (de)Michael Hochgeschwender, Freiheit in der Offensive ? Der Kongreß für kulturelle Freiheit und die Deutschen, Munich, 1998 (comprend une étude des origines berlinoises du Congrès).
  • (de)Matthias Hannemann, "Kalter Kulturkrieg in Norwegen ? Zum Wirken des "Kongreß für kulturelle Freiheit" in Skandinavien, NordeuropaForum (2/1999), S. 15-41 (sur le fonctionnement local du Congrès et l'engagement de Haakon Lie et de Willy Brandt).
  • Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, Paris, Denoël, 2003, 506 p. (édition originale : Who Paid the Piper ? CIA and the Cultural Cold War, Granta Books, 1999 ; paru aux États-Unis sous le titre The Cultural Cold War: The CIA and the World of Arts and Letters, The New Press, 2000).
  • Frédéric Charpier, La CIA en France, 60 ans d'ingérence dans les affaires françaises, Le Seuil, 2007
  • Pierre Grémion, Intelligence de l'anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris 1950-1975, éditeur : Fayard, parution : 1995
  • Roger Faligot et Rémi Kauffer, Eminences grises, éditeur: Fayard, 1992
  • Georges Walter, Souvenirs curieux d’une espèce de Hongrois, éditeur : Taillandier, 2008.

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