Manifestations de la place Tiananmen

Manifestations de la place Tiananmen

Manifestations de la place Tian'anmen

Une bicyclette détruite et les traces de chenille d'un char, monument à la mémoire des victimes de la répression de Tian'anmen à Wrocław, en Pologne

Les manifestations de Tian'anmen ont eu lieu entre le 15 avril et le 4 juin 1989 sur la place Tian'anmen à Pékin, la capitale de la République populaire de Chine. Elles prirent la forme d’un mouvement d'étudiants, d'intellectuels et d'ouvriers chinois, qui dénonçait la corruption et demandait des réformes politiques et démocratiques. La contestation s'étendit à la plupart des grandes villes de Chine comme Shanghai, et aboutit à Pékin à une série de grandes manifestations et de grèves de la faim organisées sur la place Tian'anmen. Après plusieurs tentatives de négociation, le gouvernement chinois proclama l'état de siège le 20 mai 1989, et fit intervenir l'armée le 4 juin 1989.

La répression du mouvement provoqua un grand nombre de victimes civiles (de quelques centaines à quelques milliers selon les sources), et de nombreuses arrestations dans les mois qui suivirent. Plusieurs dirigeants politiques favorables au mouvement furent limogés et placés en résidence surveillée, notamment le Secrétaire général du Parti communiste chinois Zhao Ziyang.

La répression du mouvement de contestation porta un coup d'arrêt durable aux réformes politiques en République populaire de Chine. Le gouvernement renvoya les journalistes étrangers et contrôla strictement la couverture de l’événement par la presse chinoise. À l'étranger, la répression provoqua une condamnation générale du régime de Pékin[1].

Sommaire

Désignation de l’événement

En Chine, ce mouvement est connu sous le nom de « mouvement du 4 juin » (Simplifié : 六四运动, Traditionnel : 六四運動) ou simplement « 6 – 4 » (六四). Cette désignation est calquée sur celle de deux autres manifestations : celle du 4 mai 1919 (Mouvement du 4 mai) et celle du 5 avril 1976 (Mouvement du 5 avril). Cependant, le terme officiel utilisé par le gouvernement de la République populaire de Chine est « Troubles politiques du printemps et de l'été 1989 » (春夏之交的政治風波).

Dans le reste du monde, il est appelé « Massacre de la place Tian'anmen » (天安門大屠殺), « massacre du 4 juin » (六四大屠殺) ou encore « massacre de Pékin (北京大屠殺). En France, on parle également du « Printemps de Pékin », par analogie avec le Printemps de Prague, bien que ce terme soit davantage utilisé pour désigner les mouvements démocratiques de la période 1977-1978.

Origines du mouvement

A la fin des années 1980, la République populaire de Chine est dirigée par le secrétaire général du parti communiste chinois (PCC) Deng Xiaoping (22 août 1904 - 19 février 1997). Celui-ci décide de libéraliser le système politique et économique. Il souhaite en particulier lancer les « Quatre Modernisations » (industrie et commerce, éducation, organisation militaire, agriculture) et ouvrir le pays aux investissements étrangers.

En 1989, la politique de Deng Xiaoping est critiquée par les étudiants, les professeurs de l’enseignement supérieurs et d'intellectuels qui réclament la « cinquième modernisation », celle de la démocratie et du multipartisme. Ceux-ci sont influencés par la Glasnost, mise en œuvre en URSS par Mikhail Gorbatchev. Les étudiants dénoncent l’insécurité qui règne sur les campus et le manque de débouchés dans les villes du littoral.[2]. Les enseignants regrettent de ne pas être mieux payés. Les intellectuels font circuler des pétitions afin de réclamer la libération des prisonniers politiques.[2] Vivement réprimées à l'origine, ces idées de réforme politique reçoivent, vers le milieu des années 80, un accueil plus favorable de la part des réformistes proches de Deng Xiaoping, notamment Hu Yaobang et Zhao Ziyang, Secrétaire Général et Premier Ministre chinois jusqu'en 1987.

Les manifestations estudiantines de 1989 font suite à plusieurs mouvements semblables, en 1983, 1985, puis au cours de l'hiver 1986-1987. Au-delà des demandes de réforme politique, les principales revendications portent alors sur la liberté d'association (création de syndicats étudiants indépendants) et la transparence (notamment sur les revenus des cadres et de leur famille).

A l'intérieur du Parti communiste chinois, deux lignes s'affrontent à la fin des années 1980. Derrière Deng Xiaoping, certains demandent une accélération des réformes, tant économiques que politiques. A l'opposé, et face à la montée de l'inflation provoquée par la libéralisation des prix[2], les adversaires traditionnels de Deng Xiaoping, notamment l'économiste Chen Yun, prônent un arrêt des réformes, voire un retour au contrôle de l'Etat. Jusqu'en 1986, Deng Xiaoping s'entoure principalement de réformistes, notamment Hu Yaobang et Zhao Ziyang.

Cependant, les manifestations étudiantes de 1986-1987 renforcent les partisans d'un arrêt des réformes et poussent Deng Xiaoping à limoger Hu Yaobang, alors Secrétaire général du Parti, et à prendre comme premier ministre Li Peng, un protégé de Chen Yun. L'ancien premier ministre, Zhao Ziyang, un proche de Hu, prend la tête du Parti. La direction chinoise se trouve alors divisée entre deux factions, réformistes (avec Zhao) et conservateurs (avec Li). Les dissensions entre ces deux groupes jouent un rôle déterminant dans le mouvement de 1989.

Ces divergences au sommet se retrouvent également à l'intérieur de la société chinoise. La seconde moitié des années 1980 voit une accélération de l'inflation et une augmentation du chômage, qui opposent les ouvriers, qui souhaitent un retour à l'ancien système, aux intellectuels qui désirent une accélération des réformes.

La mort de Hu Yaobang et les débuts du mouvement (15 avril - 25 avril)

La place Tian'anmen

L'ancien Secrétaire général du Parti communiste chinois, Hu Yaobang, limogé en 1987, meurt le 15 avril 1989, des suites d'une crise cardiaque d'après les sources officielles. On peut se poser des questions quant à sa mort puisqu'elle survient très peu de temps après ces incidents. Il est admiré pour son courage à la fin de la révolution culturelle et son rôle dans les réformes. Des manifestations spontanées ont lieu dans tout le pays, qui contraignent le gouvernement à organiser des funérailles nationales le 22 avril.

Les 16 et 17 avril, des rassemblements spontanés ont lieu place Tian'anmen et demandent la réhabilitation politique de Hu Yaobang. Le 18, quelques milliers d'étudiants se rassemblent sur la place et organisent un sit-in, devant le Grand Palais du Peuple (l'assemblée nationale). C'est la première grande manifestation. Un seul journal national, le Quotidien des Sciences et Technologies (科技日报) en rend compte le lendemain ; le reste de la presse est muselé par le département de la Propagande. Le 18 avril, dans la soirée, quelques milliers d'étudiants tentent de pénétrer au Zhongnanhai, lieu de résidence du gouvernement. Ils sont repoussés par la police. Les campus se couvrent d’affiches réclamant la poursuite des réformes et critiquant Deng Xiaoping.[2] Dans la nuit du 21 avril, veille des funérailles officielles de Hu Yaobang, quelque 100 000 étudiants se dirigent vers la place Tian'anmen, où ils s'installent avant qu'elle soit fermée par la police. Un important rassemblement, interdit par les autorités, a lieu sur la place Tian'anmen, devant le monument aux héros du peuple. Une délégation demande à assister aux obsèques. A Pékin, ces rassemblements sont pacifiques, mais des slogans demandant une réforme politique, continuant ceux des manifestations de 1986-1987, qui avaient provoqué la chute de Hu Yaobang, apparaissent. Le 22 avril, les étudiants demandent à voir Li Peng, considéré comme le rival de Hu Yaobang. Le même jour, des manifestations dégénèrent en province (à Xi'an et Changsha).

A Shanghai, le 19 avril, le World Economic Herald (世界经济导报), magazine proche des réformistes, prépare pour son numéro à paraître le 24 avril un dossier consacré à Hu Yaobang, dans lequel doit paraître un article de Yan Jiaqi qui rend compte de la manifestation du 18 avril à Pékin, et demande une réévaluation du limogeage de Hu. Le 21 avril, un responsable du Parti de Shanghai demande à son rédacteur en chef Qin Benli de modifier, ou supprimer cet article. Comme celui-ci refuse, il se tourne vers le secrétaire du Parti, Jiang Zemin, qui intervient pour faire interdire l'article. Entre temps, quelques exemplaires ont été diffusés, les autres paraissent avec une page blanche. En représailles, l'éditeur en chef est limogé[2], et le magazine mis sous tutelle du Parti de Shanghai.

Les manifestations et la grève de la faim (26 avril - 16 mai)

Le 26 avril, un éditorial du Quotidien du Peuple[3] qualifie les manifestations étudiantes de « troubles à l'ordre public », fait d'un « très petit nombre ». Il interdit toute nouvelle manifestation.[2] Dès le soir du 26, l'agitation est forte dans les universités de la capitale, notamment à l'Université de Pékin et l'Université du Peuple. Les étudiants rejettent le contrôle des associations universitaires qui sont entre les mains du Parti communiste chinois. Ils fondent leur propre association autonome et se choisissent des représentants. Les jours suivants de grandes manifestations ont lieu à Pékin : le 27 avril, elles rassemblent quelque 50 000 personnes.[2] Le mouvement s'étend également en province et il se développe lorsque les ouvriers rejoignent le mouvement afin de remettre en cause la corruption du régime et de protester contre l’inflation, le chômage et le luxe dans lequel vivent les cadres du PCC.[2]

Le 4 mai, la manifestation commémorative du Mouvement du Quatre Mai se mélange à celle des étudiants. Elle se déroule dans le calme et la bonne humeur.[2] D’autres grandes manifestations naissent dans les grandes villes du pays comme Urumqi, Shanghai et Chongqing ; plus tard, le mouvement touche Hong Kong, Taiwan et les communautés de la diaspora chinoise en Amérique du Nord et en Europe.

Peu après, le dirigeant soviétique, Mikhail Gorbatchev, doit effectuer à Pékin une visite historique. Elle entraîne la présence de nombreux journalistes étrangers en Chine. Le 12 mai, les étudiants entament une grève de la faim illimitée sur la place Tian'anmen. Elle finira par concerner plus de 1000 personnes[4]. Ils sont rejoints par des délégations d'étudiants de province, qui campent également sur la place.

A partir de l'annonce de la grève de la faim, le mouvement étudiant reçoit l'appui d'une large partie de la population. A Pékin, des manifestations de soutien, qui regroupent des étudiants, des ouvriers, des cadres, et même parfois des policiers, ont lieu presque tous les jours, réunissant, à partir du 15 mai plusieurs centaines de milliers de personnes.[2]

Dernières négociations (16 mai - 19 mai)

Les dirigeants chinois sont partagés quant au mouvement étudiant. La faction conservatrice, menée par Li Peng, mais qui regroupe des responsables militaires, tels que Yang Shangkun, désire une mise au pas autoritaire des manifestants. Les réformistes, autour de Zhao Ziyang, souhaitent une solution négociée et pacifique. Tout au long du mois de mai, les contacts se succèdent et l'opinion générale dans les milieux estudiantins est qu'une solution sera trouvée. Ceci semble confirmé le 19 mai par la dernière visite (et dernière apparition publique) de Zhao Ziyang aux étudiants de la place, pendant laquelle il prononce le discours suivant :

« Étudiants, nous arrivons trop tard. Nous en sommes désolés. Vous parlez de nous, vous nous critiquez, c'est légitime. Je ne viens pas ici pour vous demander de nous pardonner. Ce que je veux vous dire, c'est que certains de vos camarades sont déjà très faibles, après sept jours de grève de la faim, et qu'ils ne peuvent continuer ainsi. Plus la grève de la faim dure, plus elle risque de provoquer des dégâts permanents à leur santé. Ils sont en danger, et le plus important, aujourd'hui, c'est que vous consentiez à mettre fin rapidement à la grève de la faim. Je sais que vous observez cette grève pour que le Parti et le gouvernement donnent une réponse satisfaisante aux questions que vous leur avez adressé, mais il me semble que le dialogue entre nous est déjà amorcé, et que certaines de vos questions ne pourront être résolues que par un long processus. Par exemple, vos questions sur la nature de ce mouvement, et sur les responsabilités, sont, à mon avis, des choses que nous pourrons finalement résoudre, et sur lesquelles nous parviendrons finalement à une vision commune. Cependant, vous devez comprendre que la situation est complexe, et qu'il nous faudra du temps. Vous ne pouvez, alors que la grève de la faim entre déjà dans son septième jour, vous obstiner à demander des réponses satisfaisantes à vos questions pour y mettre fin.

Vous êtes encore jeunes, avez de nombreux jours devant vous, vous devez vivre en bonne santé, pour pouvoir voir le jour où la Chine aura réalisé ses quatre modernisations. Vous n'êtes pas comme nous, qui sommes déjà vieux, et pour qui cela n'a plus d'importance. Votre pays, vos parents, se sont donné du mal pour vous envoyer à l'Université ! Vous avez dix neuf, vingt ans, et vous voulez, comme ça, sacrifier vos vies ? Étudiants, soyez un peu raisonnables. La situation actuelle est déjà très grave, vous le savez, le Parti et l'état sont très inquiets, toute la société est en désarroi. Par ailleurs, Pékin est la capitale, mais partout, la situation s'aggrave jour après jour. Cette situation ne peut durer. Étudiants, vous êtes plein de bonnes intentions, vous voulez le bien de votre pays, mais si cette situation s'étend, si on en perd le contrôle, cela aura toutes sortes de conséquences néfastes.

Enfin, je vous dirai cette seule chose. Si vous cessez la grève de la faim, le gouvernement n'en profitera pas pour mettre fin au dialogue, certainement pas ! Les questions que vous avez posées, nous continuerons à les discuter. Les choses avancent lentement, mais reconnaissez que nous sommes en train de progresser sur certaines questions. Mais aujourd'hui, je voulais seulement vous voir, et vous dire ma pensée. J'espère que vous pourrez réfléchir calmement à ces questions. Dans des situations confuses, on ne peut réfléchir calmement à ces choses. Vous êtes pleins d'énergie, car vous êtes jeunes. Mais nous, aussi, avons été jeunes, nous avons manifesté, nous nous sommes couchés au travers des routes, sans réfléchir du tout aux conséquences. Finalement, je vous supplie sincèrement, étudiants, de réfléchir calmement à la suite. Beaucoup de choses peuvent être résolues. Et j'espère que vous mettrez rapidement un terme à la grève de la faim. »

Après ce discours, chacun est persuadé de l'imminence d'une solution négociée. Les appels à la fin de la grève de la faim, voire à l'évacuation de Tian'anmen, se multiplient chez les étudiants. Une annonce du gouvernement est prévue pour le soir, qui doit, pense-t-on, mettre un terme pacifique au mouvement.

La loi martiale (20 mai - 3 juin)

Au cours de la journée du 19 mai, Zhao Ziyang, favorable à un règlement négocié du conflit, est mis en minorité par les partisans d'une ligne dure, menés par Li Peng. Le soir, via les haut parleurs de la place Tian'anmen, Yuan Mu, le porte parole du gouvernement, annonce aux étudiants la proclamation de la loi martiale.

Zhao Ziyang est immédiatement limogé, et placé en résidence surveillée. Il y restera jusqu'à sa mort. Ses proches collaborateurs tombent en disgrâce. Autour de Li Peng se retrouvent le Président de la République, Yang Shangkun, et son frère Yang Baibing, très proches de l'Armée Populaire de Libération. Sitôt après l'annonce, des soldats de la 38ème armée (chargée de la défense de Pékin) prennent position autour de la capitale.

A Pékin, les étudiants demeurent sur la place, et dressent des barrages aux portes de la ville. Le 20 mai, l’armée recule devant les manifestants pacifistes.[2] Chai Ling prend la direction de la coordination étudiante autonome. Le 30 mai, une statue de la déesse de la démocratie qui rappelle la Statue de la Liberté de New York[2], est érigée sur la place par les étudiants de l'académie des Beaux Arts.

La répression du mouvement (3 juin - 9 juin), bilan des morts

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des soldats de la 27e et de la 28e armée entrent dans Pékin. Ils tirent à la mitraillette contre les personnes qui s’interposent sans arme[2]. Des heurts violents avec les manifestants ont lieu sur les axes qui mènent à la Place Tian'anmen, en particulier à Muxidi, où une colonne de véhicules est incendiée. Les combats se poursuivent jusqu'à ce que l'armée atteigne la place, écrasant avec ses chars les manifestants restés sous les tentes[2] ; la place est évacuée à l'aube. Dans les jours qui suivent, l'armée occupe Pékin, des affrontements sporadiques ont encore lieu la nuit. Le mouvement étudiant est également réprimé en province et une purge sévère est menée dans tout le pays[2].

S'il est clair que l'intervention fit un assez grand nombre de victimes, leur nombre varie nettement suivant les sources :

  • le gouvernement Chinois donne 300 morts dont 23 étudiants[réf. nécessaire];
  • Zhang Wanshu, ancien dirigeant de l'agence Xinhua, dénombre 727 morts dont 14 soldats[5] ;
  • plus de 3700 tués, excluant la disparition ou les morts secrètes et les refus de traitement médical, selon un transfuge de l'APL citant un document circulant parmi les officiels chinois.[6]
  • la Croix-Rouge chinoise avait avancé le chiffre de 2600 morts, avant de se rétracter. [7] ;
  • Les mères de Tiananmen ont identifié 194 victimes, nombre minimum.[7],[8]
  • Amnesty International fait état d'environ un millier de morts[9],[10],[11] (pour la seule ville de Pékin, aucune donnée n'est disponible pour les affrontements en province).

Le Premier Ministre Li Peng, étiqueté stalinien, est jugé responsable de la proclamation de la loi martiale, et de la violence de la répression. Cette réputation est quelque peu injuste. Li Peng, fils adoptif de Zhou Enlai, le père des "Quatre modernisations", était très proche de Deng Xiaoping, qui l'avait fait nommer Premier Ministre. Grand spécialiste de l'énergie, il souhaitait le développement et l'ouverture de la Chine. Comme Hu Yaobang et Zhao Ziyang, il faisait partie de la mouvance réformatrice, anti-maoïste. L'ironie de l'Histoire a voulu que ce soit leurs meilleures troupes, celles qui manifestaient à Tian'Anmen, qui aient été sacrifiées sur l'autel du développement.[réf. nécessaire]

L'explication officielle donnée par le gouvernement chinois affirme que la majorité des manifestants étaient des criminels et des voyous, sans lien avec les étudiants et que l’armée est intervenue pour sauver le socialisme en Chine[2]. D'autres sources y voient une majorité de jeunes étudiants. Le fait qu'un nombre important d'étudiants ait été arrêté dans les jours suivants en lien avec les évènements du 4 juin semble corroborer cette thèse.

Les conséquences

L'intervention écarte définitivement du pouvoir Zhao Ziyang, alors secrétaire général du Parti communiste chinois. Il demeurera en résidence surveillée jusqu'à sa mort. Bao Tong, son secrétaire politique, est arrêté. Condamné en 1992, il est en résidence surveillée depuis 1996. Deng Xiaoping remplace Zhao par Jiang Zemin, le secrétaire général du Parti de Shanghai, jusque là peu connu.

Dans la population, la reprise en main est rapide. Deng Xiaoping, silencieux pendant toute la durée des évènements, prononce le 9 juin un discours, où il résume la position officielle sur les évènements. Pendant les douze mois qui suivent des commissions d'enquête sont créées, qui interrogent tous ceux qui ont pris part aux évènements. Ceci met fin définitivement aux mouvements étudiants des années 1980.

Dès la fin de l'été, une série de campagnes d'opinion sont lancées, autour de thèmes patriotiques (notamment le personnage de Lei Feng), et des Quatre Principes Cardinaux (Voie Socialiste, Dictature du Prolétariat, Marxisme Léninisme Pensée Mao Tsé Toung, Prééminence du Parti Communiste). Les médias qui s'étaient montrés favorables aux étudiants (ou à Zhao Ziyang) sont remis au pas. L'idée de réforme politique ou de démocratisation, envisagée jusque là par certains éléments du Parti, est abandonnée.

À l'étranger

Les badges de soutien édités en France en 1989 pendant les évènements de Tian’anmen.

A l'étranger, l'intervention provoque une critique générale du gouvernement chinois. Quelques mesures de rétorsion sont prises, la principale étant un embargo sur les ventes d'armes à la Chine — toujours en vigueur — de l'ONU. L'Union européenne[12] ainsi que l'arrêt de la coopération américaine en matière militaire et de renseignement (fermeture des deux stations d'écoute le long de la frontière russe).

Le gouvernement des États-Unis offrit de prolonger leur visa aux étudiants chinois du pays. La France décide de geler ses relations avec Pékin. Les marchés boursiers en Asie réagissent à la baisse.

Au niveau officieux, devant la violence de la répression des services de sécurité chinois, la CIA réagit avec l'opération Yellow Bird, sur ordre de George H. W. Bush : En coordination avec la DGSE et le SIS, elle réussit à faire exfiltrer nombre de dissidents politiques chinois. Pendant six mois, après le début de la répression, se basant sur ses meilleurs agents en Chine, à Hong Kong et Macao, la CIA fait procurer des refuges sûrs et des moyens d'évasion. Ainsi « disparaissent » les dissidents Li Lu (un des principaux organisateurs et leaders du mouvement estudiantin dissident) et Wuer Kaizi (leader étudiant d'origine ouïgour), puis Wan Runnan et Yan Jiaqi. On estime que des centaines de dissidents seront ainsi exfiltrés vers Hong Kong, et environ 200 voire 250 personnes au total seront sauvées lors de cette opération [13].

Tian'anmen en Chine

L'explication officielle, fournie par Deng Xiaoping quelques jours après le 4 juin et inlassablement reprise depuis, est qu'un petit nombre d'émeutiers, pour l'essentiel des repris de justice et des chômeurs mécontents, avaient attaqué les soldats qui venaient mettre de l'ordre sur la place Tian'anmen, et l'armée avait dû se défendre. En particulier, la thèse officielle insiste sur le fait qu'il n'y a pas eu de mort sur la place, et affirme que les victimes n'étaient pas des étudiants. Le mouvement étudiant d'avril et mai est, pour sa part, qualifié de troubles politiques.

Vingt ans après, les évènements de 1989 sont toujours un sujet tabou en Chine. Ils ne sont pas évoqués dans les livres d'histoire, ni enseignés. Chaque année, le 4 juin, la place Tian'anmen est très surveillée, pour éviter toute commémoration. Les sites internet étrangers sur le sujet sont censurés ou bloqués (la présence d'articles sur 1989 a été citée[réf. nécessaire] comme une des raisons du blocage de Wikipédia en Chine), et des moteurs de recherche tels que Google et Yahoo ont dû, pour s'installer en Chine, adapter leurs programmes pour qu'ils interdisent toute recherche efficace sur ces évènements. Enfin, la simple mention de ces sujets sur des sites webs ou des blogs chinois peut en causer la fermeture.

Aussi, de nombreux Chinois, en particulier ceux nés peu avant ou après 1989, n'ont qu'une très vague idée de ce qui s'est passé. Les rares ouvrages d'historiens chinois sur le sujet ont été publiés dans la région spéciale de Hong Kong (autonome jusqu'en 1997), et sont difficilement accessibles, et les sources occidentales sur le sujet ne sont pas diffusées en Chine.

En mai 2009, les mémoires posthumes de Zhao Ziyang sont publiées. Ce dernier y désigne Deng Xiaoping comme le principal responsable de la répression des manifestations de la place Tian'anmen [14].

Chronologie des événements

  • 15 avril : Mort de Hu Yaobang, ex-secrétaire général réformiste du PC chinois. Quelques centaines d'étudiants viennent déposer des fleurs place Tian'anmen.
  • 17 avril : 2 000 étudiants manifestent leur deuil place Tian'anmen et demandent la démission du gouvernement.
  • 18 avril : 10 000 manifestants autour d'un noyau étudiant présentent sept revendications à l'Assemblée nationale.
  • 19 avril : Attaque de Zhongnanhai, siège du PC et résidence des dirigeants, deux nuits de suite, par 8 000 personnes « dont cinq mille venues de la plupart des universités de la capitale chinoise ». Interventions de la police.
  • 21 avril : 200 000 manifestants sur la place Tian'anmen, dont 50 000 braveront l'interdit jusqu'au lendemain.
  • 22 avril : Obsèques de Hu Yaobang, place Tian'anmen, malgré les manifestations. Emeutes à Xi'an (attaque du bâtiment du gouvernement, destruction de cars de touristes, pillages, incendies) et Changsha (pillages, affrontements, arrestations).
  • 25 avril : Analyse de Deng Xiaoping à l'attention des cadres dirigeants du parti, qui ne sera publique que le 3 juin : « Il ne s'agit pas d'un mouvement étudiant ordinaire, mais d'une émeute (...). Nous devons réagir vite (...) sans craindre les critiques ni les réactions de l'étranger. (...) Si ce sont les seuls étudiants qui s'agitent, ce n'est pas grave. Le principal c'est d'éviter qu'ils n'agitent la société dans son ensemble. (...) »
  • 27 avril : Entre 100 000 et 500 000 personnes manifestent dans Pékin contre l'éditorial du Quotidien du peuple de la veille, qui taxe le mouvement de « complot antiparti ».
  • 28 avril : Début présumé des négociations secrètes entre gouvernement et étudiants.
  • 4 mai : 300 000 manifestants à Pékin pour commémorer les manifestations antijaponaises de 1919.
  • 13 mai : 2 000 étudiants commencent une grève de la faim, place Tian'anmen, ainsi à nouveau occupée dès le lendemain.
  • 15 mai : Arrivée de Gorbatchev à Pékin pour réconcilier l'URSS et la Chine. Son trajet doit être détourné à cause de l'occupation du centre de la ville par des centaines de milliers de manifestants.
  • 18 mai : Départ de Gorbatchev, auquel l'occupation continue du centre de Pékin a volé la vedette. « Deuxième manifestation de plus d'un million de personnes. »
  • 19 mai : Création d'une Union autonome des ouvriers de Pékin, qui se met aussitôt en grève. Parce que la base du mouvement n'est plus essentiellement étudiante, Li Peng, premier ministre, et Zhao Ziyang, premier secrétaire du PCC, commencent à négocier avec les chefs étudiants.
  • 20 mai : Loi martiale. L'armée intervient, mais sans armes. La population de Pékin bloque son avance à travers les rues de la capitale. Les étudiants reprennent leur grève de la faim interrompue la veille, et s'organisent contre les non-étudiants, place Tian'anmen. Plus de 100 000 manifestants à Shanghai, Nanjing, Shenzhen. Echauffourées entre ouvriers et soldats à Changsha.
  • 30 mai : Premières arrestations d'ouvriers et de « Tigres volants » (motocyclistes au service des manifestations).
  • 31 mai : Le gouvernement organise une contre-manifestation : 20 000 personnes, dont de nombreux policiers.
  • 3 juin : Nouvelle intervention sans armes de l'armée. Nouvelle mobilisation. L'armée à nouveau bloquée par la foule ne parvient pas à approcher Tian'anmen. Echauffourées. La « population de Pékin » prend les armes. Barricades.
  • 4 juin : L'armée tire. Les étudiants négocient leur départ de la place Tian'anmen, qu'ils avaient interdite au reste de la population. Celle-ci l'investit pour la défendre : cette bataille fera de 300 à 3 000 morts. Manifestations de plus de 100 000 personnes à Shanghai, Nanjing, Hongkong. Appels à la grève générale.
  • 5 juin : Combats dans Pékin. Emeute à Chengdu : 300 morts. A Lanzhou, la répression de la manifestation aurait fait 200 morts.
  • 6 juin : Combats dans Pékin. Armes lourdes dans les banlieues sud et ouest. Barricades et violents affrontements à Shanghai : 50 morts.
  • 7 juin : Les combats continuent à Pékin. Affrontements et barricades à Shanghai, Chengdu, Qingdao, Xi'an.
  • 8 juin : Dès le matin, l'armée occupe tout Pékin. Emeute à Hongkong.
  • 9 juin : Deng Xiaoping, annoncé mort par la télévision taïwanaise, réapparaît sur les écrans.
  • 15 juin : Premières condamnations à mort (il y a eu environ 1 500 arrestations).
  • 20 juin : Premières exécutions officielles : 3 ouvriers de Shanghai.

Références dans la culture populaire

Livres, films et émissions télévisées censurées en Chine

  • En 2006, le film Une jeunesse chinoise fut interdit en Chine parce qu'il mentionnait les manifestations de la place Tian'anmen.
  • En mai 2007, le livre Collection of June Fourth Poems fut interdit en Chine.
  • En juillet 2007, le livre Zhao Ziyang's words during his housearrest fut également interdit en Chine.

Cinéma

Télévision

  • Tian Anmen : 20 ans de tabou, documentaire de Shi Ming (diffusé en juin 2009 dans l'émission théma sur arte, Page web)
  • "Retour Place Tian Anmen" Documentaire de Bernard Debord et Jean-Claude Guidicelli, FR3, La Marche du Siècle, 28/05/1990.
  • Dans l'épisode des Simpsons Bébé nem, un plan reprend l'image de l'étudiant devant la colonne de chars, ce dernier étant remplacé par Selma. Un panneau indique : « Place Tian'anmen, il ne s'est rien passé ».

Voir aussi

Annexes

Bibliographie

  • Jean-Luc Domenach, Chine : L'archipel oublié, Paris, Fayard, 1992
  • « 1989 - 2006 : la mémoire purgée de Tiananmen », Libération, n°7796 du 2 juin 2006.
  • Marie-Claire Bergère, La Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, 3e édition, 2000
  • José Frèches, Il était une fois la Chine. 4300 ans d'histoire, Xo éditions.
  • Zhang Liang, Les Archives de Tiananmen, Editions du Félin, 2004, (ISBN )
  • Alain Peyrefitte, La Chine s'est réveillée, Fayard, 1998
  • Alain Peyrefitte, La tragédie chinoise, Fayard, 1990
  • Bernard Debord et Eric Sarner, Mourir Place Tian Anmen, Olivier Orban, 1990
  • Ma Jian, Beijing coma, Flammarion, 2008
  • Zhang Wanshu, Une explosion historique – Minutes des événements du 4 juin, 2009

Liens externes

Notes et références

  1. (en) Andrew J. Nathan, « The Tiananmen Papers », 2001, Foreign Affairs. Consulté le 09-07-2007
  2. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o  et p Marie-Claire Bergère, La Chine de 1949 à nos jours, 2000, p.212 à 221
  3. Xinhua: Full text of the 4-26 Editorial
  4. Liu Xiaobo, "That Holy Word, "Revolution," dans Popular Protest and Political Culture in Modern China, Jeffrey N. Wasserstrom et Elizabeth J. Perry, 140-7, Boulder, Col.: Westview Press, 1994, p.315
  5. « 727 morts à Tian’anmen selon un ancien de l'agence Xinhua », dans Courrier international du 20-05-2009, [lire en ligne]
  6. Timperlake, Edward. (1999). Red Dragon Rising. Regnery Publishing. ISBN 0895262584
  7. a  et b Tian Anmen d'hier à aujourd'hui, Arte
  8. [1]
  9. How Many Really Died? Time magazine, June 04, 1990
  10. La tragédie Chinoise, Alain Peyrefitte, page 271
  11. (fr) Massacre place Tiananmen, Radio-Canada. Consulté le 09-07-2007
  12. « L'UE demande à la Chine d'ouvrir davantage son marché », dans Le Monde du 28/05/2007, [lire en ligne]
  13. (fr) Ralph McGehee's Archive on JFK Place, février 1996
  14. Source: Le Courrier International
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