Fort Foch de Niederhausbergen

Fort Foch de Niederhausbergen

Le fort Foch de Niederhausbergen (Canton de Mundolsheim, Bas-Rhin), appartient au camp retranché de Strasbourg construit par les autorités allemandes entre 1872 et 1918 pour défendre les frontières occidentales de l’Empire ; les forts de Cologne et de Metz complétaient le dispositif strasbourgeois. Rappelons qu’à la fin du XIXe siècle, un camp retranché est une « forteresse composée d’une auréole d’ouvrages détachés autour d’un noyau généralement muni d’une enceinte » (Doise). Ainsi, Strasbourg était entouré de quatorze forts[1]. En 1885, l’apparition des poudres brisantes rend obsolète ce type de fortification. Néanmoins, la plupart d’entre eux ont été conservés, souvent comme dépôts militaires. Le fort Foch (ex-Kronprinz) a été endommagé en 1952 par l’explosion de munitions stockées dedans. Un mémorial placé à l’extérieur rappelle cet accident où six ouvriers trouvèrent la mort.

Depuis 1972, le fort Foch est affecté au ministère chargé de l’Éducation nationale. D’abord occupé par le Laboratoire de psychophysiologie et de géologie, il abrite à l’heure actuelle l’unité de primatologie de l’Université Louis Pasteur. Des primates de toutes provenances y vivent en semi-liberté dans de vastes parcs.

À l’occasion des travaux d’agrandissement des locaux en 1989, l’attention a été portée sur un ensemble de peintures à caractère essentiellement religieux qui évoque les monastères médiévaux de Serbie. Les circonstances de la création de ce cycle peint sont assez particulières, puisqu’il a été réalisé par des prisonniers yougoslaves (des officiers serbes en majorité) lors de la dernière guerre mondiale. Les textes d’accompagnement, en caractères cyrilliques, permettent de dater la chapelle avec précision, entre le 22 mars et le 11 avril 1944 ; elle a été inaugurée le 13 avril 1944 en présence d’une chorale de prisonniers dirigée par le professeur Peter Bingulac, l’un des fondateurs de l’Académie de musique de Belgrade ; un colonel allemand et un général yougoslave venus d’un camp voisin assistaient également à la cérémonie.

Les investigations menées par le Consulat Général de la République de Yougoslavie ont permis de connaître les principaux créateurs de ce décor. L’auteur des esquisses préliminaires (conservées) est Pavle Vasic (né à Nis en 1907), peintre, historien d’art, critique de peinture et professeur à l’Académie des Beaux-Arts de l’Université de Belgrade. Stanislav Belozanski (né à Belgrade en 1900), peintre et scénographe au Théâtre populaire de Belgrade, dirigeait l’exécution des travaux. Au moins autant qu’une œuvre d’histoire de l’art, puisque les peintures exécutées dans des conditions précaires reproduisent d’imagination celles des lointains monastères serbes du Moyen-Age, la chapelle de Saint-Sava peut être regardée comme un « lieu de mémoire » de la dernière guerre ; témoignage de foi, d’aspiration à la liberté, elle doit être conservée en considération de ces aspects multiples. Le redéploiement de certains locaux du Centre universitaire de primatologie, installé dans le fort, devrait permettre la préservation de ces peintures[2].

La qualité de ces peintures est à rapprocher de celle de l’ancien Camp des Milles à proximité de la ville d’Aix-en-Provence qui a vu passer 10 000 déportés de 1939 à 1942. Parmi eux, 2 500 hommes, femmes et enfants juifs déportés à Auschwitz, via le Camp de Drancy. Des artistes et intellectuels, fuyant le régime nazi, dont Max Ernst, Hans Bellmer, les écrivains Lion Feuchtwanger et Golo Mann,… y ont été internés[3].

Bibliographie

  • René Dinkel, L'Encyclopédie du patrimoine (Monuments historiques, Patrimoine bâti et naturel - Protection, restauration, réglementation. Doctrines - Techniques - Pratiques), Paris, éditions Les Encyclopédies du patrimoine, septembre 1997, 1512 p. (ISBN 2-911200-00-4).
    Chapitre VII Les monuments au service de l’écologie : Le fort Foch de Niederhausbergen, pp 206-207
     
  • Dominique Toursel-Harster, Jean-Pierre Beck, Guy Bronner, Dictionnaire des monuments historiques d’Alsace, Strasbourg, La Nuée Bleue, 1995, 663 p. (ISBN 2-7165-0250).
    Niederhausbergen : Fort Foch : Chapelle Saint-Sava, pp. 280-281
     

Notes et références

  1. Philippe Burtscher, De la ceinture fortifiée de Strasbourg à la position de la Bruche, 1870-1918, Mutzig 1999, in-f° cart, 528 p., ill.
  2. Sources : Notice du dossier de protection établie par Dominique Toursel-Harster, documentaliste à la conservation régionale des monuments historiques d’Alsace, 1990
  3. Lafarge mécène du mémorial du camp des Milles

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Fort Foch de Niederhausbergen de Wikipédia en français (auteurs)

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