Masculinité

Masculinité

La masculinité est « l'ensemble des caractères propres à l'homme ou jugés tels[1] ».

Sommaire

Le masculin

À la masculinité sont associés des attributs culturellement considérés masculins. Construits socialement, ces traits ne sont pas exclusifs aux hommes, mais seulement prédominants, plus spécifiques à un sexe qu'à l'autre; on les observe aussi chez la femme. Les caractéristiques plus spécifiques associées à l'homme seraient : la créativité, la rationalité, l'entraide, la concentration, l'endurance, la force physique, la détermination, la planification, l'habileté, le courage, l'agressivité et l'intelligence[2].

La naissance du concept : des mouvements pro-féministes aux men’s studies

Les hommes pro-féministes

Parallèlement aux mouvements féministes américains des années 70 est apparu un mouvement d’hommes favorables aux revendications féministes. C’est également dans une optique militante que des groupes d’hommes se forment. « Ces groupes soutiennent les efforts qui promeuvent l’égalité entre les femmes et les hommes, dans tous les secteurs de la société » (Blackstone, 2009, p.547). Ces groupes d’hommes naissent un peu partout aux États Unis, et le plus connu est très certainement le National Organization for Men Against Sexism (NOMAS). Ce groupe se définit lui-même comme une « organisation activiste pro-féministe, attentive aux propositions des mouvements gays (gay-affirmative), antiraciste, qui a soulevé des questions de justice sociale. » (Blackstone, 2009, p. 547). Et à l’instar des mouvements féministes, ces mouvements pro-féministes vont faire naître un nouveau champ d’investigation dans les universités américaines : les men’s studies.

Les men’s studies

Pour Rémi Richard, « La masculinité est un domaine académique relativement nouveau. Les objets de recherche sont l’identité masculine, les rôles de genre, les sexualités, les corps, les relations hommes femmes, le patriarcat, le travail, les sports, l’État et la criminalité. (Phillips, 2009) […]. Les principaux représentants des men's studies sont américains (Kimmel, Messner), mais aussi australiens (Connell). Le questionnement sur les masculinités est également en train de s’implanter en France comme sujet d’investigation universitaire (Welzer-Lang). […]. Pour ces chercheurs, l’idéal de la masculinité hégémonique fonctionne comme un support de la légitimité du modèle patriarcal et de la domination des hommes sur les femmes. Cette masculinité hégémonique est avant tout construite en opposition à la féminité d’une part, et aux masculinités non-dominantes d’autre part. Les études sur les masculinités s’intéressent à la manière dont celles-ci sont produites socialement. Pour la plupart des auteurs (Messner, 2007, Connell R. W., 2000…) les masculinités sont le fruit d’un apprentissage social (social learning). Cet apprentissage social, cette socialisation, repose sur la performativité du genre (Judith Butler, 2006), performativité qui elle-même repose sur des normes la conditionnant . « Il n’y a pas de lieu, dans la société, qui échapperait aux normes de genre. Les hommes sont perçus comme « normaux » quand il jouent (perfom) de manière répétée des gestes et des postures comme l’agilité, la dureté, le stoïcisme émotionnel, la domination et l’hétérosexualité.[…] La répétition est la clé ; les identités, construites de manière fragile et provisoire, doivent être répétées pour être renforcées. » (Phillips, 2009, p. 516). » (Richard, 2010, p. 14)

La masculinité hégémonique

Proposé par le sociologue australien Robert Connell, ce concept souligne le caractère restrictif de la masculinité. Il explique que dans l’imaginaire collectif la masculinité est uniforme, fixe ; « Dans l’idéologie populaire, la masculinité est souvent considérée comme une conséquence naturelle de la biologie masculine. Les hommes se comportent de telle manière à cause de la testostérone, ou des gros muscles, ou du cerveau mâle. D’un commun accord, la masculinité est fixée. » (Connell R. W., 2000, p. 57). Pourtant, cette croyance n’est selon lui qu’illusion, les masculinités ne sont pas fixes, elles « n’existent pas antérieurement à l’action sociale, mais commencent à exister en même temps que les gens agissent. » (Connell R. W., 2000, p 198-199).

Masculinité versus féminité

Pierre Bourdieu souligne que la masculinité et la féminité ne peuvent pas êtres pensés de manière séparée. Pour lui, c’est avant tout dans l’opposition avec le féminin que le masculin peut se construire et s’exprimer : « La virilité […], est une notion éminemment relationnelle, construite devant et pour les autres hommes contre la féminité, dans une sorte de peur du féminin, et d’abord en soi-même. » (Bourdieu, 1998, p.59). Et encore une fois le travail « au corps » et la socialisation sont au centre des processus de virilisation. Bourdieu parle d’un « travail psychosomatique » appliqué aux garçons qui « vise à les viriliser, en les dépouillant de tout ce qui peut rester en eux de féminin » (Bourdieu, 1998, p.32). Et c’est par ce travail psychosomatique de virilisation ou de féminisation des corps que les phénomènes de dominations obtiennent une apparente légitimité biologique ; « La masculinisation du corps masculin et la féminisation du corps féminin, […] déterminent une somatisation de la relation de domination, ainsi naturalisée. » (Bourdieu, 1998, p.62). Dans cette optique, la féminité est l’antithèse de la masculinité ; être une femme consiste alors à ne pas être un homme et être un homme c’est avant tout refuser tout attribut « naturellement » féminin. Masculinité et féminité doivent être pensés de manière relationnelle comme le fruit d’un « travail de construction diacritique, à la fois théorique et pratique […]. » (Bourdieu, 1998 p.28).

Une autre approche veut que l'homme peut se définir en tant que "homme masculin" quand il s'approprie de la femme, s'il devient en quelque sorte une femme (Reeser).

Sport et construction de la masculinité

La pratique sportive est très certainement l’un des symboles les plus convaincants de la masculinité hégémonique. (McKay & Laberge, 2006). Parce qu’ils mettent directement en jeu le corps, les sports, « semblent constituer véritablement une maison des hommes, un lieu de production incontournable de La masculinité. » (Richard, 2010, pp. 27-28). « Alors que la force physique a perdu beaucoup de son importance dans le maintien des idéologies de supériorité masculine dans la plupart des institutions, la puissance brute proprement dit (que de nombreux sport exigent) demeure encore perçue comme une preuve matérielle et symbolique de l’ascendance biologique des hommes. Ainsi les hommes peuvent prétendre que leurs performances sportives seront toujours plus rapides, plus hautes, plus longues et plus fortes que celles des femmes » (McKay & Laberge, 2006, p.242).

Sexisme, homophobie et masculinité

L’expression de la misogynie et de l’homophobie est souvent le témoin de l’adhésion au modèle de masculinité hégémonique voire même, selon Pascale Molinier, va en devenir une composante ; « Homophobie et domination des femmes sont les composantes de la virilité » (Molinier & Welzer-Lang, 2000, p. 72). Danièle Welzer-Lang définit l’homophobie comme « la discrimination envers les personnes qui montrent, ou à qui l’on prête, certaines qualités (ou défauts) attribuées à l’autre genre » (Welzer-Lang, 1994, p.17). En outre, les propos et les blagues sexistes et homophobes ont, selon Rémi Richard « un rôle éducatif : celui de remettre en ordre le genre, celui de punir et de prévenir les écarts au « bon » genre, celui de bétonner les frontières entre masculin et féminin. » (Richard, 2010, p. 85)


Masculinité dans les médias

Notes et références

  1. Le petit Larousse, 2008, p.625.
  2. La nécessaire compréhension entre les sexes, Paul-Edmond Lalancette, p. 147 à 150, Québec, 2008.

Voir aussi

Bibliographie

  • Bourdieu, P. (1998). La domination masculine. Paris: Seuil.
  • Butler, J. (2009). Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du « sexe ». Paris: Editions Amsterdam.
  • Butler, J. (2006). Trouble dans le genre. Le féminisme et la subvertion de l'identité. Paris: La Découverte.
  • Connell, R. W. (2004). « Les armes et l'homme: comment la nouvelle recherche sur la masculinité permet de comprendre la violence et de promouvoir la paix dans le monde d'aujourd'hui ». Dans R. Connell, I. Breines, & I. Eide, Rôles masculins, masculinités et violence (pp. 21-35). Paris: UNESCO.
  • Connell, R. W. (2000). Masculinités et mondialisation. Dans Welzer-Lang, Nouvelles approches des hommes et du masculin (pp. 195-219). Toulouse: Presses Universitaire du Mirail.
  • Connell, R. W. (2000). The men and the boys. Cambridge: Polity Press.
  • David D. Gilmore, Manhood in the Making. Cultural Concepts of Masculinity, Yale University Press, 1990
  • Lajeunesse, L. S. (2008). L'épreuve de la masculinité. Béziers: H&O édition.
  • McKay, J., & Laberge, S. (2006). Sport et masculinités. CLIO. Histoire, femmes et sociétés (23, Le genre du sport), pp. 239-267.
  • Messner, M. A. (2007). Out of play. Critical essays on gender and sport. New York: Sate University of New York Press.
  • Pfister, G. (2006). Activités physiques, santé et construction des différences de genre en Allemagne. CLIO, Histoire, Femmes et Sociétés n°23 , 45-73.
  • Phillips, D. (2009). « Masculinity studies ». Dans J. O'Brien, Encyclopedia of gender and society (pp. 512-516). Californie: SAGE Publication.Todd W.

Reeser, Masculinities in Theory: An Introduction, Wiley-Blackwell, 2010

  • Richard, R. (2010, juin). Le genre en jeu. De la construction du genre dans les interactions en tennis de table et en badminton. Mémoire de recherche STAPS. Paris: Université Paris Descartes.
  • Lynne Segal, Slow Motion: Changing Masculinities, changing Men, Virago Press, 1990 (and by Palgrave en 2007)
  • Welzer-Lang, D. (2008). Les hommes et le masculin. Paris: Payot & Rivages.
  • Welzer-Lang, D. (1994). L'homophobie : la face cachée du masculin. Dans d. Welzer-Lang, P. Dutey, & M. Dorais, La peur de l'autre en soi (pp. 13-88). Montréal: V.L.B. éditeur.
  • Welzer-Lang, D. (2000). « Pour une approche proféministe non homophobe des hommes et du masculin ». Dans D. Welzer-Lang, Nouvelles approches des hommes et du masculin (pp. 109-138). Toulouse: Presses Univesitaires du Mirail.

Articles connexes


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