L'Accordée De Village

L'Accordée De Village

L'Accordée de village

LAccordée de village
Jean-Baptiste Greuze L'accordee de Village.jpg
Jean-Baptiste Greuze, 1761
Huile sur toile
92 × 117 cm
Musée du Louvre

LAccordée de Village est un tableau de Jean-Baptiste Greuze (92 x 117 cm) présenté au salon de peinture de 1761, il reçut un accueil unanimement élogieux de la part des critiques, notamment de la part de Diderot. Il sagit de la première réalisation dun type de peinture dans lequel Greuze devait sillustrer à plusieurs reprises par la suite : la peinture morale.
Ce tableau est conservé au musée du Louvre, à Paris.

Sommaire

Le sujet

Le sujet du tableau[1] figure un intérieur villageois du XVIIIe siècle, lon voit un père payer la dot de sa fille au fiancé de celle-ci, fiancé qui écoute avec attention les propos que tient le vieillard.

La fiancée quant à elle baisse pudiquement la tête, un bras passé au-dessous de celui de son futur époux, dont elle semble ne pas oser prendre la main, quelle effleure seulement. Son autre main est tenue par sa mère en larmes, comme est en larmes sa jeune sœur, qui a passé un bras autour de son cou. Sa sœur aînée (à moins quil ne sagisse dune servante ?), appuyée sur le dossier du fauteuil est assis le père, en revanche, contemple la scène avec un dépit sans doute à la jalousie.

Un notaire, assis en bas à droite, établit le contrat de mariage, tandis qu'à lautre bout du tableau, deux servantes contemplent la scène.
La famille compte trois autres enfants, en bas âge, dont un seul sintéresse à la scène (celui qui est debout derrière la mère: la petite fille donne du pain à une poule et à ses poussins, tandis quun petit garçon joue avec les papiers étalés devant la table sur laquelle écrit le notaire.

Au salon de peinture de 1761

LAccordée de village était lun des six tableaux présentés par Greuze à ce salon[2]. Le peintre en avait retardé la présentation (il ne fut visible que durant les dernières semaines du salon), afin dexciter la curiosité du public[3]. Cette stratégie fut payante : on se pressait en masse devant le tableau, à tel point que Diderot écrit quil ne put lapprocher quavec difficultés[4].

Lenthousiasme du public et de la critique pour cette œuvre fut unanime : elle « étonna et conquit demblée [...] par la puissance de son caractère narratif, sa richesse en détails réalistes [...] et la force avec laquelle il [le tableau] conduit le spectateur à une totale compréhension de la scène[5]. »

Diderot, rendant compte à Grimm de ce quil avait vu au salon ne tarissait pas non plus déloges : les figures senchaînent, observait-il, et « vont en ondoyant et en pyramidant[6]. » Mais cette construction rigoureuse donne pourtant une impression de naturel, et napparaît pas comme ayant été voulue ni même pensée par l'artiste[7].

Les personnages figurés dans le tableau sont crédibles. La fiancée, par exemple, dont lexpression semble parfaitement équilibrée, tiraillée entre ses parents et son futur époux : « Plus à son fiancée, et elle neût pas été assez décente ; plus à son père ou à sa mère, et elle eût été fausse[8]. »

Dans ce compte-rendu, Diderot faisait toutefois part à son correspondant de quelques légères réserves : ainsi, la tête du père est la même que celle quil a peinte pour deux autres tableaux (le « paralytique », et Le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants), « ou du moins ce sont trois frères avec un grand air de famille[9]. » Qui plus est, on se demande si le personnage qui se tient debout derrière le père est bien la sœur aînée, ou sil sagit dune servante : « la plupart de ceux qui regardent le tableau, la prennent pour une servante et [...] les autres sont perplexes[10] » (Grimm ne devait pas être daccord avec Diderot sur ce point : selon lui, le spectateur ne pouvait pas sy tromper : il sagit bien de la sœur aînée[11].)

Enfin, Diderot attribuait à « une femme de beaucoup desprit » la remarque selon laquelle les personnages du tableau seraient, pour partie dentre eux (le père, le fiancé et le notaire), de vrais paysans, mais que les autres personnages trouveraient plutôt leur modèle dans « la halle de Paris[12]. »

Néanmoins, concluait le philosophe, ces critiques nétaient que des « bagatelles », et il valait mieux « sextasier devant un morceau qui présente des beautés de tous côtés », et qui était vraisemblablement ce que Greuze avait jusque fait de meilleur[13].

LAccordée de village et la peinture morale

Ce que Diderot avait tout particulièrement apprécié dans ce tableau, et quil devait apprécier dans un certain nombre de tableaux suivants (La Piété filiale, Le Fils ingrat et Le Fils puni...), cétait le fait que le peintre avait en vue, non pas de figurer « la débauche et le vice », mais de « concourir [...] à nous toucher à nous instruire, à nous corriger et à nous inviter à la vertu[14]. » Par , Greuze rejoignait lun des souhaits formulés par lauteur des Pensées détachées sur la peinture, la sculpture, larchitecture et la poésie : faire en sorte que la peinture contribue à léducation morale par la mise en scène de la vertu :

« 

Je sacrifierais volontiers le plaisir de voir de belles nudités, écrivait Diderot, si je pouvais hâter le moment la peinture et la sculpture plus décentes et plus morales songeront à concourir avec les autres beaux-arts à inspirer la vertu et à épurer les mœurs[15].

 »

Greuze était donc, selon Diderot, le premier à avoir donné un début de réalisation à ce programme, qui rapprochait la peinture des arts dramatique et narratif, qui poursuivaient des objectifs similaires ; « le premier qui se soit avisé de donner des mœurs à lart et denchaîner des évènements daprès lesquels il serait facile de faire un roman[16]. »

Succès et postérité

Comme pour donner raison à Diderot, le tableau de Greuze devait dès la fin de lannée 1761 servir de modèle pour une œuvre littéraire : un conte de l'abbé Aubert intitulé justement LAccordée de village (dans lequel était dailleurs décrit le tableau.) Par ailleurs, les comédiens italiens devaient en faire un tableau vivant présenté lors des Noces dArlequin[17].

De très nombreuses copies du tableau, reproduisant la totalité de sa composition ou des figures détachées virent le jour au XIXe siècle[18]. Cela aussi, Diderot, lavait anticipé : il concluait en effet son compte-rendu à Grimm en indiquant que « cette sorte de peinture est particulièrement destinée à être copiée[19]. »

Dessins préparatoires

Greuze réalisa plusieurs dessins préparatoires pour cette œuvre:

  • Une composition densemble est conservée au palais des Beaux-arts de la ville de Paris (Petit Palais[20].)
  • Une autre composition densemble, moins poussée fut vendu par lantiquaire parisien Maurice Ségoura[21].
  • Une étude à la sanguine du notaire passa en vente chez Sotheby's à Monaco.

Lintérêt des deux dessins densemble est de montrer lévolution de la mise en place des personnages, et la progression du personnage au fond, montant lescalier, coupé dans l'œuvre définitive, à mi-hauteur dans le dessin du Petit Palais.

Bibliographie utilisée

  • Denis Diderot, Salon de 1765, Hermann, Paris, 1984
  • Denis Diderot, Héros et martyrs, Hermann, Paris, 1995
  • Denis Diderot, Essais sur la peinture, Salons de 1759, 1761, 1763, Hermann, Paris, 2007
  • Edgar Munhall, Jean-Baptiste Greuze 1728-1805, catalogue de lexposition organisée par le Wadsworth Atheneum, Hartford, 1977

Notes et références

  1. Cette description sappuie, pour les interprétations qui sont faites des attitudes des personnages, sur celle donnée par Diderot dans son compte-rendu du salon de 1761 (in Essais sur la peinture, Salons de 1759, 1761, 1763, Hermann, Paris, 2007, pp.165-168.)
  2. Greuze présentait également trois dessins et deux études de têtes (cf. Jacques Chouillet, in Diderot, Essais sur la peinture..., p.109.)
  3. J. Chouillet, in Diderot, op. cit., p.109.
  4. « Enfin je lai vu, ce tableau de notre ami Greuze ; mais ce na pas été sans peine ; il continue dattirer la foule. » (Diderot, Salon de 1761, in op. cit., p.164.)
  5. Edgar Munhall, Jean-Baptiste Greuze 1728-1805, catalogue de lexposition organisée par le Wadsworth Atheneum, Hartford, 1977, p.84.
  6. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.165
  7. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.165
  8. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.167.
  9. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.168.
  10. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.169.
  11. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.169, note 115.
  12. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.169.
  13. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.170.
  14. Diderot, Salon de 1763, in op. cit., p.234. (Diderot écrivait ces lignes à propos de La Piété filiale.)
  15. Diderot, Pensées détachées sur la peinture, la sculpture, larchitecture et la poésie (1776), in Héros et martyrs, Hermann, Paris, 1995, p.392.
  16. Diderot, Salon de 1765, Hermann, Paris, 1984, p.177.
  17. Edgar Munhall, Jean-Baptiste Greuze 1728-1805, p.85.
  18. Edgar Munhall, op. cit., p.86.
  19. Diderot, Salon de 1761, op. cit., p.170.
  20. image ici
  21. image ici
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