Jean-Louis de Nogaret de la Valette

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Jean Louis de Nogaret de La Valette
Jean Louis de Nogaret de La Valette
Jean Louis de Nogaret de La Valette
Naissance mai 1554
Cazaux-Savès
Décès 13 janvier 1642
Loches
Pays France
Enfant de Jean de Nogaret de la Valette
et de
Jeanne de Saint Lary de Bellegarde
Conjoint Marguerite de Foix-Candale
Enfants Henri
Bernard, duc d’Epernon
Louis
Louise
Louis
Bernard
Jean-Louis

Jean Louis de Nogaret, seigneur de La Valette et de Caumont, duc d’Epernon (Château de Caumont, mai 1554 - Loches, 13 janvier 1642), militaire français, est l'un des mignons du roi Henri III, surnommé « le demi roi ».

Il est pendant trois règnes (Henri III, Henri IV et Louis XIII) l'un des principaux personnages de la noblesse française. A ce titre, sa personnalité porte les caractéristiques de l'ordre social auquel il appartient. Il a l'ambition de servir: de plus, il a l'envergure d'un homme d'état. Mais particulièrement altier, il a l'art de se créer de puissantes et profondes inimitiés. En ces époques troublées, il est profondément catholique et reste fidèle dans ses allégeances. Toutefois, son action semble suivre le sens de l'intérêt bien compris de lui même et de son clan.

Son rôle dans l'histoire de France est ambigu. Il est de 1584 à 1589 le champion d'Henri III contre la Ligue pro-espagnole. Vingt ans plus tard, il joue un rôle essentiel dans la prise de pouvoir par les catholiques proches de l'Espagne, qui a retardé de 25 ans l'affrontement attendu entre les maisons de France et d'Autriche.

L'exemple de ce grand seigneur animé par une mentalité aristocratique traditionnelle est un de ceux qui a inspiré les réflexions du cardinal de Richelieu sur l'affermissement d'un état impartial au dessus des individus et autres corps organisés.

Sommaire

Biographie

L'ascension d'un Cadet de Gascogne

Il est le fils de Jean de Nogaret de La Valette, seigneur du château de Caumont (à Cazaux-Savès) en Gascogne, et de Jeanne de Saint-Lary de Bellegarde.

Son père et son grand-père, Pierre de Nogaret, sieur de La Valette (actuelle commune de Lougratte), ont combattu lors des guerres d'Italie. C'est donc tout naturellement que Jean Louis embrasse la carrière militaire. Cadet de Gascogne, il participe rapidement aux batailles des guerres de religion : Mauvezin avec son père (1570) dont il sauve la vie, puis à l'infructueux siège de La Rochelle et aux victorieux sièges de La Charité-sur-Loire et d'Issoire (1577).

C'est lors du siège de La Rochelle qu'il rencontre le duc d'Anjou, futur Henri III de France. Nogaret s'attache ensuite au roi de Navarre et fuit la cour avec lui en 1576. Il n'entre dans le cercle très restreint des proches d'Henri III qu'en décembre 1578 . Il devient alors avec le duc de Joyeuse, le plus proche collaborateur du roi. Séducteur et charismatique, il met à profit l'affection du roi qui, selon de Thou, l'aimait éperdument.[1] Entreprenant et énergique, il bénéficie d'une bien meilleure santé que son maître et devient l'indispensable bras droit[2].

Armoiries de Jean Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon.

Fort de son influence auprès du roi, il est nommé tour à tour maître de camp du régiment de Champagne (1579), gouverneur de La Fère reprise aux troupes de Condé (1580), colonel général de l’infanterie (qui devient pour lui un grand office de la couronne), duc d'Épernon, pair de France et conseiller d’État (1581), premier gentilhomme de la Chambre du Roi (1582), chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit, gouverneur du Boulonnais et de Loches, de Metz et du Pays messin, de la citadelle de Lyon (1583), chevalier des Ordres du roi (1584), gouverneur de Provence (1586). A la mort du duc de Joyeuse (1587), son seul véritable rival dans la confiance du roi, il est Amiral de France, gouverneur de Normandie, de Caen et du Havre de Grâce.

Il épouse en 1587 Marguerite de Foix-Candale. Suivant une pratique courante dans la noblesse, cette héritière d'une duché-pairie dans le Sud Ouest accepte d'épouser un homme d'une moindre condition que la sienne pour que leur fils aîné, Henri, reprenne et perpétue le nom et les titres de sa mère.

Un homme d'état catholique contre la Ligue

À l'époque de la montée en puissance de la Ligue, il sert de lien entre Henri III et le roi de Navarre, gouverneur de Guyenne, pays dont il s'était toujours senti proche. Lors de la mort du frère cadet d'Henri III en 1584, il essaie en vain de convertir Henri de Navarre afin d'éviter une guerre de succession. Son opposition à la Ligue le fait détester d'une très grande partie de la population et une vaste campagne de propagande est entretenue contre lui: on tente même de l'assassiner.

Pour contrer la ligue, il entreprend de fédérer les catholiques modérés et les protestants autour de l'état royal. Il compte lutter contre la ligue en se basant sur les provinces méridionales. Il a en effet pris le contrôle de la Provence et de la Saintonge. Il est par sa femme allié au duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, alors que les protestants sont solidement implantés de la Guyenne au Dauphiné. Par ailleurs, il est maître de plusieurs points stratégiques d'accès vers le nord de la France: Boulogne, Loches sur la Loire et Metz nœud de communication vers l'Allemagne[3].

Lors de l'expédition maritime espagnole contre l'Angleterre, il contribue aux difficultés de l'invincible Armada en veillant à ce qu'elle ne puisse utiliser le port de Boulogne[4].

Quelques temps, après la journée des barricades (1588), il doit quitter la cour, « sacrifié par Henri III aux exigences des ligueurs dans l'été de 1588. Retiré dans son gouvernement d'Aunis et Saintonge, il écrit au roi des lettres très soumises, tout en montrant qu'il représente une force militaire et politique. Il est rappelé au printemps de 1589[5] ».

Devant Henri III mourant, et à sa demande, en 1589, le duc d'Epernon se rallie à Henri de Navarre. Mais, tenant le futur Henri IV responsable du triste sort d'Henri III[réf. nécessaire], il retire aussitôt ses troupes du siège de Paris, que le roi de France doit abandonner du fait des défections. Profitant des difficultés de ce dernier, il tente d'installer un gouvernement indépendant en Provence. La conversion d'Henri IV, son sacre et la reprise en main qui s'ensuit l'oblige à se soumettre.

Un épisode de l'éviction du duc en 1588 : assiégé dans Angoulême

Une clause secrète de l'Édit d'union signé le 15 juillet 1588 entre Catherine de Médicis, le cardinal de Bourbon et le duc de Guise prévoit une mise à l'écart du duc d'Epernon. Le favori d'Henri III ne doit conserver qu'un seul de ses gouvernements. Le médecin d'Henri III informe l'ancien mignon le 24 juillet 1588 de l'accord passé avec l'Union catholique. Contraint de quitter la cour, le duc d'Epernon choisit de demeurer gouverneur de l'Angoumois et il fait son entrée le 27 juillet 1588 à Angoulême. Trois jours plus tard, le maire du fief charentais, François Normand, sieur de Puygrelier, reçoit un courrier du roi, contresigné du secrétaire d'Etat Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, lui ordonnant de ne pas laisser entrer le duc d'Epernon en sa ville. Puygrelier envoie alors son beau-frère, Souchet, rencontrer Henri III et Villeroy à Chartres. Souchet reçoit l'ordre d'arrêter l'ancien mignon et de le conduire à Blois. Le 10 août 1588, la municipalité ligueuse tente de prendre l'assaut du château où habitent le duc d'Epernon et quelques gentilshommes alliés. Le maire d'Angoulême est tué dans la fusillade.[6] Pendant la nuit suivante, Jean de Lupiac-Moncassin, sieur de Tajan, un cousin d'Epernon qui accourt de Saintes, pénètre dans Angoulême. Il négocie avec les autorités municipales une amnistie générale qui débouche sur la libération du duc. L'intervention du sieur de Tajan aurait été motivée par sa volonté d'empêcher les combattants huguenots commandés par le Comte François IV de La Rochefoucauld (1554-1591) et Gaspard Foucaud-Baupré d'intervenir puis de s'emparer de la ville. De son côté, le duc d'Epernon reste convaincu que l'attaque subie à Angoulême a eu le secrétaire d'État Villeroy, son principal adversaire dans le parti royal, pour commanditaire. [7]

L'assassinat d'Henri IV: le duc d'Epernon au service de Marie de Médicis

Le règne d’Henri IV est une période de contrariété pour le duc d’Epernon. Le nouveau souverain ne se gêne pas pour prendre des décisions en ignorant les prérogatives du duc. Ce dernier fait bonne figure en précisant au roi que « pour ce qui est de l’amitié, elle ne peut s’obtenir que par l’amitié ».

Epernon est un catholique convaincu. Il intervient auprès du roi pour autoriser le retour des Jésuites. Il encourage les établissements de la Compagnie de Jésus dans les villes de ses gouvernements. Il leur confie l'éducation de son troisième fils, Louis, qu'il destine à une carrière dans l'Eglise. Lorqu'Henri IV envisage de contester l'hégémonie espagnole par les armes, Epernon est écarté des commandements militaires[3].

Henri IV est en définitive assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610. Ce dernier a l'intelligence politique de commettre son crime après le couronnement de Marie de Médicis: il ouvre ainsi les portes du pouvoir à l'autorité légitime des catholiques proches de l'Espagne.

Epernon qui a demandé à accompagner le roi dans son carrosse assiste au meurtre. En sa qualité de colonel général de l'infanterie, il prend le contrôle de la capitale et assure la transmission de la totalité du pouvoir à Marie de Médicis, au mépris des dispositions d'Henri IV qui instituaient un conseil de régence. Le 23 juin, Epernon fait procéder au transfert à St Denis de la dépouille d'Henri III, son ancien maître : Henri IV avait négligé d'organiser les obsèques de son prédécesseur.

Le duc d'Epernon est inquiété lorsqu'il s'avère qu'il connaissait le meurtrier. Ravaillac est en effet originaire d'Angoulême où il s'était fait connaître des services de police dont le duc, gouverneur de la ville, est responsable. Ce dernier l'a rencontré et lui a confié plusieurs missions à Paris. Ravaillac a été hébergé dans la capitale par une amie du duc d'Epernon et de la marquise de Verneuil qui est en outre dame d'honneur de la reine[8],[9] [3]. Compte tenu de la qualité des personnes mentionnées, l'enquête qui a débuté est suspendue. Parallèlement, les archives diplomatiques des gouvernements de Bruxelles, Madrid et Vienne, contacts habituels des comploteurs contre le roi, sont nettoyées, comme le constatera plus tard le diplomate Philippe Erlanger.

L'attention se détourne rapidement du duc car il est évincé par Concini. S'il devient un conseiller de Marie de Médicis généreusement pensionné, l'essentiel du pouvoir lui échappe. La fidélité d'Epernon à la régente semble indéfectible. Lorsque celle-ci est finalement astreinte à résidence à Blois (1617) et prend la fuite, le duc prend les armes pour la soutenir jusqu'à ce qu'elle soit réintroduite à la cour.

Louis XIII ne lui en tient apparemment pas rigueur: le troisième fils d'Epernon, Louis archevêque de Toulouse, est fait cardinal[10].

Soupçons

En 1611, des accusations furent portées contre d'Epernon au sujet de son implication dans l'assassinat du roi. L'accusatrice, mademoiselle d'Escoman, dame de compagnie de la marquise de Verneuil, implique sa maitresse et l'accuse d'avoir organisé l'assassinat avec la complicité d'Epernon. Un procès, mené par un tribunal dont Achille de Harlay est premier président, entend les témoins, y compris Verneuil et Epernon. Le premier (et seul) arrêté pris par le tribunal est finalement le maintien en détention de mademoiselle d'Escoman. Quinze jours après l'arrêté, Harlay prend sa retraite. Le 30 juillet, son successeur condamne Escoman à la prison à vie pour calomnie[11].

Une carrière qui n'en finit pas : au service de Louis XIII

En 1622, Louis XIII qui vient de perdre son favori Luynes est à la recherche d'hommes d'envergure sur lesquels il peut s'appuyer. Le duc d'Epernon est nommé gouverneur militaire de Guyenne (Aquitaine) et mène la répression des insurrections huguenotes. Fait une deuxième fois duc et pair, il s'établit alors au château de Cadillac (construit dès 1599). Son deuxième fils et héritier Bernard épouse Gabrielle-Angélique de France, fille naturelle d'Henri IV et de la marquise de Verneuil. Il reste gouverneur jusqu'en 1638.

Redouté par le cardinal de Richelieu, il est écarté du pouvoir. Ses exécrables rapports avec Henri de Sourdis (frère et successeur du cardinal François de Sourdis) qui demande son excommunication (1634) après que le duc d'Épernon l'ait frappé en public, lui valent d'être exilé.

Il meurt en disgrâce à Loches le 13 janvier 1642 à l'âge de 88 ans.

Progéniture

Armoiries de Henri, duc de Foix-Candale.


Marié en 1587 à Marguerite de Foix-Candale (1567-1593), il eut trois fils :

Il eut également quatre autres enfants :

Notes et références

  1. L'Estoile (Pierre de), Journal du Règne d'Henri III, présenté par Louis-Raymond Lefèvre, Gallimard, 1943, p.712.
  2. Jean-Marie Constant, La Ligue, Fayard, coll. « Biographies Historiques », Paris, 1er novembre 1996, 530 p. (ISBN 2213594880) 
  3. a , b  et c Hélène Tierchant, Le duc d'Épernon, le favori d'Henri III, Pygmalion, Paris, janvier 2002, 299 p. (ISBN 2857047320) 
  4. Philippe Erlanger, Henri III, Gallimard, Paris, 1935, 252 p. 
  5. Jacqueline Boucher, p. 55
  6. Alcide Gaugué, « La Charente communale », dans Bulletin de la Société Charentaise des Etudes locales no 13, juillet 1921 [lire en ligne (page consultée le 21 mai 2008)]
  7. Nicolas Le Roux, Un régicide au nom de Dieu : L'assassinat d'Henri III, Gallimard, coll. « Les Journées qui ont fait la France », Paris, octobre 2006, 451 p. (ISBN 2-07-073529-X) 
  8. Philippe Erlanger, L'étrange mort de Henri IV ou Les jeux de l'amour et de la guerre, Amiot-Dumont, Paris, 1957 
  9. Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Fayard, Paris, 17 novembre 1982, 1103 p. (ISBN 2213012016) 
  10. Pour l'ensemble de cette période, Michel Carmona, Richelieu, Fayard, 21 septembre 1983, 783 p. (ISBN 2213012741) 
  11. Fiches sur Henri IV et les autres personnages historiques de la royauté

Voir aussi

Bibliographie

  • Histoire de la vie du Duc d’Epernon, Girard, 1655
  • Histoire généalogique et chronologique de la Maison Royale de France, des pairs, grands officiers de la couronne et de la Maison du Roy (9 vol.), Père Anselme, 1726-1733
  • Histoire de Henri III, Paris, Regnault, 1788
  • La tragédie de Ravaillac, J. et J. Tharaud, Paris, Plon, 1933
  • La cour de Henri III, Jacqueline Boucher, Ouest France Université, 1986
  • L’étrange mort de Henri IV, Philippe Erlanger, Perrin, 1999 (1957). ISBN 2262015147
  • Le duc d’Epernon - L’Archimignon, Jean-Luc Chartier, Société des Écrivains, 1999. ISBN 284434013X
  • Le duc d’Epernon, Hélène Tierchant, Pygmalion, 2002. ISBN 2857047320

Liens externes

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