Agénor Comte de Gasparin

Agénor Comte de Gasparin

Agénor de Gasparin

Agénor, comte de Gasparin (Orange, 12 juillet 1810 - 8 mai 1871) est écrivain et théologien protestant, d'origine corse, fils d'Adrien de Gasparin, homme politique et agronome, qui s'est fait connaître par divers ouvrages sur l'agriculture.

Sommaire

Biographie

Élevé pour la vie publique, il fit ses études de droit à Paris à la fin de la Restauration et fut sous la monarchie de Juillet, chef de cabinet de son père qui occupa le ministère de l'agriculture, puis celui de l'intérieur. Nommé maître des requêtes au Conseil d'État, il s'occupa dès lors activement des grandes causes auxquelles il devait consacrer sa vie. Dans un livre intitulé Esclavage et traite, il se prononça énergiquement en faveur des mesures les plus favorables aux noirs et attaqua l'esclavage dans son principe. Elu en 1842 membre de la chambre des députés, comme représentant de Bastia, il mit sa jeune et bouillante éloquence au service de toutes les libertés. Il plaida pour l'émancipation des noirs et pour la liberté religieuse, et sans s'inféoder à aucun parti, il travailla à la réforme parlementaire. Malgré de violentes oppositions, la droiture de son caractère et la noblesse de son esprit lui concilièrent l'estime de ses collègues des divers côtés de la Chambre ; mais son indépendance, aussi bien que ses ardentes convictions protestantes, lui coûtèrent son siège. Sa candidature à Bastia échoua en 1846. Il profita du loisir que lui laissaient les affaires publiques pour voyager en Orient. Mme de Gasparin a raconté ce Voyage au Levant qui laissa dans l'esprit de son mari une empreinte ineffaçable. Ce fut en arrivant à Jérusalem qu'il apprit la révolution de février 1848 et la chute du roi Louis-Philippe. Il écrivit une protestation à la fois forte et ferme contre les propositions qui lui étaient faites de coopérer à la nouvelle constitution de la France. Il revint en Europe plein de douleur, car il avait aimé la famille déchue, pour s'occuper des intérêts de l'Église réformée de France. Déjà en 1843, il avait écrit un livre sur les Intérêts généraux du protestantisme français. En 1846, à l'occasion de la crise ecclésiastique du canton de Vaud, il avait publié deux volumes intitulés Christianisme et Paganisme, dans lesquels il développait les principes engagés dans cette crise et revendiquait pour l'Église, son indépendance. Au synode général des Eglises réformées de France, en août 1848, il soutint avec Frédéric Monod la nécessité d'une foi déterminée pour cette Eglise, et ne pouvant parvenir à ses fins, il jeta, avec le même pasteur, les bases de l'Union des Églises évangéliques de France, indépendantes de l'État. Il n'accepta cependant pas d'entrer dans la commission exécutive, nommée par son premier synode. Il avait quitté la France, pour s'établir en Suisse, où il a passé les vingt-trois dernières années de sa vie, soit dans la tranquille solitude de Valleyres (près de Orbe, Vaud), soit dans la jolie villa du Rivage (près de Genève), au bord du Léman. Ces années de retraite ne furent pas des années d'oisiveté. De Gasparin était un travailleur, et un travailleur acharné. Esprit généreux, accessible à toutes les émotions nobles, se sentant, comme chrétien, citoyen du monde entier, estimant que rien ne devait lui demeurer étranger, il suivait d'un regard attentif les luttes de l'Église et des peuples, et se mêlait à ces luttes par des articles de journaux ou des écrits de circonstance dans lesquels palpitait toujours son enthousiasme pour la liberté.

Œuvre

Outre les ouvrages déjà cités, il faut rappeler ses nombreux travaux dans les Archives du christianisme sur les diverses questions de doctrine qui se débattaient alors, son livre sur les Écoles du doute et l'École de la foi où il soutint avec des arguments faibles la pleine inspiration des Ecritures; ses beaux livres sur les États-Unis, Un grand peuple qui se relève (1861), L'Amérique devant l'Europe (1862) où se peignent les émotions que l'esclavage avait toujours suscitées en son cœur ; ses brochures sur la Question de Neuchâtel (1857) où il prit, contre la Prusse, la défense de son pays d'adoption ; enfin ces pages si fortes, si douloureuses, ces appels si énergiques à la France et à l'Europe à l'occasion de la guerre franco-prussienne qu'il n'hésita pas à flétrir. Vainement il chercha à obtenir la neutralisation de l'Alsace (La République neutre d'Alsace, Genève, 1870). Il réussit à faire discuter son projet par les cabinets européens, mais non à le faire adopter. Après la guerre, il écrivit comme testament politique, et comme conseil suprême à sa patrie, son livre posthume La France, nos fautes, nos périls, notre avenir, (plusieurs éditions).

Ces écrits ne sont qu'une faible part de l'activité de Gasparin et ne représentent qu'un côté de l'action incessante qu'il chercha à exercer en vue du bien et de la vérité. Plus nombreux sont les livres qui durent leur origine aux conférences qu'il donna à Genève sur des sujets très divers. L'hiver se passait pour lui près de cette ville, et presque chaque année des séries d'entretiens lui étaient demandés par l'Union chrétienne des jeunes gens ou par d'autres comités. Il se prêtait à ces demandes avec une inépuisable complaisance. Dans la salle de la Rive-Droite, plus tard dans la grande salle de la Réformation, devant un auditoire de près de trois mille personnes, il aborda, avec cette franchise qui lui valait tant d'affection et d'estime, des sujets de religion, d'histoire, de science sociale ; histoire des premiers siècles de l'Église, du moyen âga, de la réformation ; études sur la foi, sur le bonheur, sur la famille, sur l'égalité, sur la liberté morale, sur la conscience, sur les perspectives du temps présent, sur le bon vieux temps, etc. Vers les derniers jours de sa vie, à propos des attaques dirigées contre le christianisme par le parti libéral, il prononça dans l'enceinte du cirque un discours sur la séparation de l'Église et de l'État. On lui répondit avec violence, mais il restait toujours calme et courtois. Ces conférences de M. de Gasparin ont été son triomphe comme orateur. On parlera longtemps à Genève de ces entretiens où l'éloquent apologiste du droit et de la vérité savait avec un art infini, qui tenait à sa sincérité et à son propre enthousiasme pour la cause qu'il défendait, soulever des tempêtes d'applaudissements et gagner à lui, sinon à sa cause, ses plus ardents adversaires.

On peut les lire encore dans les nombreux livres qui ont pour titre : le Bonheur, la Conscience, l'Egalité, la Famille (2 vol.), Innocent III, Luther et la réforme du seizième siècle, la Liberté morale, le Bon vieux temps, Paroles de Vérité, etc., mais, comme l'écrit L. Ruffet, « il faut avoir entendu l'orateur pour comprendre tout ce qu'il savait exciter chez ses auditeurs de pensées généreuses, de saints désirs, de douloureux renoncements. On avait passé avec lui une heure sur les hauteurs, on y avait respiré un air vivifiant et pur, et l'on redescendait à la peine plus résolu à combattre le bon combat. »

Les désastres de la France, la vue de la malheureuse armée de Bourbaki rejetée sur le territoire suisse, contribuèrent puissamment à ébranler la santé du Comte de Gasparin déjà fort affaiblie par tant de travaux. Il fut témoin de la retraite lamentable de l'armée de l'Est ; il reçut chez lui de nombreux internés, la plupart malades, et aida sa précieuse compagne dans les soins dévoués qu'elle leur donna. Quelques semaines plus tard (8 mai 1871) il n'était plus.

Voir aussi

Bibliographie

  • A. Naville, Le comte Agénor de Gasparin, Genève, 1871
  • Th. Borel, Le comte Agénor de Gasparin, Paris, 1879

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