Diabolique

Diabolique

Diable

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Représentation du diable selon Dante Alighieri

Le Diable (latin : diabolus, du grec Διάβολος signifiant "jeté à travers" ou "expulsé") est l'esprit ou le principe du mal selon les religions abrahamiques. Dans la tradition chrétienne, il s'agit d'un ange déchu. Contrairement à une croyance populaire, provenant en particulier du manichéisme, il n'est pas l'opposé de Dieu, comme le dit Priscillien, car en tant qu'ange, il est et reste une des créatures de Dieu. Il représente la personnification du mal, personnification qui apparait au VIe siècle av. J.-C.. Son aspect varie entre l'homme et l'animal réel ou imaginaire (ours[1], bouc, dragon, rapace, etc.), le plus souvent aux traits hideux et repoussants.

Sommaire

Étymologie

Diable provient du grec Διάβολος (de diabolein « séparer ») qui signifie calomniateur qui est l'inverse du grec symbolon

Personnification du principe du mal

Il semble que la notion de division de puissance en une force du bien et une du mal soit relativement récente dans l’histoire des croyances. Dans les cultes plus primitifs, le bien et le mal sont tous deux issus de la même déité, puisque celle-ci était considérée comme contenant tout ce qui existe. La même déité était donc à la fois capable de bien et de mal. Un exemple en est donné par la déesse à tête de lionne de l’Égypte antique Sekhmet qui détruisit l’humanité (sur ordre de ) mais était aussi vénérée pour son pouvoir de protection et de guérison, ou encore Seth qui usurpa le trône à Osiris mais qui permettait aussi au soleil de se lever chaque matin en combattant Apophis. On peut aussi citer Loki, dieu scandinave qui tua vicieusement Balder, mais qui sauva le domaine des dieux Aesirs de la géante Skadi.

Dans les monothéismes primitifs, chaque clan ou tribu possédait son dieu avec tous ces attributs, cause du bien et du mal qui arrive aux hommes. Le polythéisme est considéré, dans cette argumentation, comme un rapprochement des divers clans, chacun possédant sa propre divinité. L’union du dieu mâle et d’un dieu femelle reflète l’union réussie et égalitaire de deux clans. Lorsque qu’au cours du rapprochement de deux clans une divinité en remplace une autre pacifiquement, elle est alors décrite comme ayant été engendrée par l’ancien dieu : elle est le fils ou la fille de ce dieu alors déchu et dont le culte devient secondaire.
Enfin, et c’est là que l’origine du principe du mal personnifié pourrait résider, lorsque un clan est belliqueusement conquis, la déité du clan conquis se voit attribuer tous les principes mauvais et était considérée par les conquérants comme la source de tout le mal et, par conséquent, devenait source de peur et de crainte. Un exemple de cette théorie est donné par l’évolution du culte de Seth (Setekh) dans l’Égypte antique au profit de celui d’Horus. Pour les peuples de Basse Égypte, Seth était un dieu bienveillant, rôle occupé par Horus (et Osiris) en Haute Égypte. Lors de l’unification de la haute et de la basse Égypte, Horus et Seth devinrent, dans un premier temps, frères, et furent vénérés comme un dieu bifide Hâpy, puis, le temps aidant, Seth fut considéré comme inférieur à Horus pour finalement personnifier la source de tout mal, le Satan de l’ancienne Égypte. Seth fut fréquemment représenté comme un serpent noir, un porc noir ou encore par un homme aux cheveux roux (les mots rouges et désert - la haute Égypte où Seth était vénéré est désertique - sont très proches l’un de l’autre en hiéroglyphique égyptien).

Origines

Azazel

La plupart des religions précédant le christianisme intègrent un ou plusieurs dieux incarnant le mal. Contrairement à la vision chrétienne cependant, ces divinités ont généralement un double visage et parallèlement à leur dimension malveillante, sont l'objet d'un culte pour leurs aspects positifs. Elles ne sont en outre fréquemment la cause que d'une des facettes du mal et de ses manifestations.

L'existence d'une entité représentant la personnification du mal sous tous ses aspects et combinant les fonctions de maître de l'inframonde, destructeur du cosmos et responsable des pires aspects de l'humanité semble être apparue avec le christianisme. L'élaboration de cette figure originale emprunte néanmoins aux religions pratiquées au Moyen-Orient et aux influences desquelles les auteurs de la Bible furent soumis.

Mésopotamie

La religion mésopotamienne est l'une des premières à représenter l'univers comme le champ de bataille de l'affrontement cosmique entre le bien et le mal. L'épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte connu, marque déjà la première apparition d'un personnage diabolique dans la figure de Huwawa. Ce géant monstrueux garde la forêt de cèdres dans laquelle Gilgamesh veut couper le bois qui manque à son peuple. Gilgamesh occit le monstre mais n'en retire aucune gloire et se voit au contraire puni par Enlil, seigneur du ciel et roi des dieux. Huwawa au-delà de ses aspects terrifiants (« son rugissement est comme celui d'une tempête, sa bouche est le feu et son souffle est la mort ») représente en effet une force naturelle au caractère sacré.

Perse

  • Zarathoustra est à l'origine d'un bouleversement sans précédent dans la mythologie mésopotamienne puisqu'il remplace tous les dieux existant par deux entités, l'une bénéfique, Ahura Mazda, dieu de la lumière apportant l'ordre, l'autre Ahriman ou Angra Mainyu, présidant aux forces destructrices. Il crée ainsi la première religion dualiste en opposant deux puissances équivalentes et projetant une vision du monde en noir et blanc. Certains disciples de Zarathoustra réintroduiront certains des anciens dieux et suggéreront qu'Ahriman est subordonné à Ahura Mazda. Cette interprétation donne au dieu bienveillant le rôle de juge ultime qui laisse les démons tenter l'humanité et n'intervient qu'en dernier recours pour empêcher la victoire du mal. Cette notion de Jugement Dernier (religion) est une des composantes du christianisme.
  • Ahriman est probablement le personnage ayant le plus influencé le diable chrétien. Véritable incarnation du mal, capable de rivaliser avec le dieu bienveillant, il est assisté par sept démons majeurs.

Égypte

Anubis, le seigneur de la nécropole

Le panthéon égyptien fournit deux divinités dont la contribution à ce qui va devenir le diable est significative. D'une part Anubis, qui règne sur le royaume des morts et porte des attributs que l'on retrouvera chez le démon chrétien : le caractère mi-homme, mi-bête ou la queue. D'autre part, Seth, dont l'une des formes est un serpent et qui pourrait avoir donné sa couleur rouge à Satan. On peut aussi considérer que cette même forme de Seth a été reprise par le christianisme pour en faire le serpent qui a tenté Eve et l'a conduite vers le péché. [réf. nécessaire]

Canaan

Le personnage de la religion cananéenne qui influencera le plus le démon chrétien est sans conteste Baal, dieu de la fertilité et fils du dieu El. La vision péjorative et négative que la Bible offre de Baal est probablement le reflet de l'opinion des juifs sur ce dieu d'une religion païenne mais il semble que pour ses adorateurs, Baal ait eu la dimension d'un sauveur dans son combat contre Mot, dieu de la mort et de la stérilité.

Grèce

Si la Grèce antique est le berceau de la raison, les philosophes grecs ont cependant eu une influence très relative sur la vision anthropomorphique que leurs contemporains, dans toutes les strates de la société, avaient des dieux et expliquaient encore par des travers très humains les vicissitudes de leur existence.

Haut-relief du dieu Pan (probablement un télamon), connu sous le nom de « satyre della Valle », découverte près du théâtre de Pompée, probablement de la fin de l'époque hellénistique

La mythologie grecque a profondément marqué la représentation du démon du Nouveau Testament, en particulier à travers Hermès (le messager des dieux est en effet également le dieu des voleurs et celui qui mène les morts dans l'inframonde) mais surtout son fils, Pan. Celui-ci transmettra en effet au diable cinq de ses traits de caractère les plus reconnaissables : les sabots, les cornes, le bouc, les pattes velues et l'odeur pestilentielle. Satan héritera en outre de sa dimension de personnification de l'érotisme. En particulier, sous l'influence d'Augustin d'Hippone qui voit dans la recherche effrénée de l'érotisme un obstacle à la vie de l'âme, les artistes se tourneront vers Pan comme source d'inspiration pour la représentation d'un démon qui en faisant paraître les séductions terrestres comme des absolus, détourne de la vie spirituelle.

Si la distinction entre le bien et le mal est parfois diffuse, de nombreuses déités présentant deux facettes, l'une bienveillante et l'autre malveillante, Hésiode affirme néanmoins que les mauvaises actions sont punies par les dieux qui confient aux Érinyes la tâche de tourmenter ceux qui vont contre les lois du cosmos. C'est avec Platon qu'apparaît une distinction plus claire entre l'aspiration au monde des idées et la tentation de céder aux besoins matériels (une opposition inspirée notamment par le combat de Zeus et Dionysos contre les Titans).

Rome

  • Les chrétiens ont de plus été inspirés par les images des tombes étrusques qui dépeignaient des scènes d'horreur, des démons et des flammes... La mythologie étrusque s'est beaucoup inspirée de la mythologie grecque, et durant les premiers siècles de l'hégémonie chrétienne à Rome, elle a dû survivre en parallèle de religions polythéistes. Il paraît donc naturel que les chrétiens se soient inspirés, consciemment ou non, de ce qu'ils avaient sous les yeux, et surtout de ces dieux étrusques qui représentaient pour eux le paganisme, donc l'incarnation du mal.
  • Le Charun étrusque, démon de la mort, est souvent représenté sur les fresques, les sarcophages, les urnes et les vases étrusques dès le IVe siècle av. J.-C., comme un monstre ricanant, hirsute, au nez crochu, aux dents de sanglier, pourvu d'un énorme maillet.

Apparition dans la Torah

Le dieu des Juifs est d'essence moniste, autant adoré pour sa bonté que redouté pour sa colère ; il est omnipotent et semble ne laisser aucune place à la concurrence. À l'opposé des croyances de leurs voisins, le peuple d'Israël ne cherche pas à imputer à des déités externes les événements qu'il ne peut comprendre mais considère plutôt qu'il est le responsable de son propre destin. Tout ce qui survient de mal est la conséquence de ses errances et du non respect de son alliance avec Yahvé qui le punit en conséquence. Je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bonheur et je crée le malheur : c'est moi, le Seigneur, qui fais tout cela:Es 45.7 Cette vision, si elle semble correspondre à la mentalité d'un peuple tribal en guerre perpétuelle pour conquérir un territoire semble moins pertinente après que les Juifs aient vaincus leurs adversaires et commencé à se sédentariser. Les questions d'organisation sociale et de morale émergent alors et les livres des prophètes, rédigés à cette époque, font apparaître une préoccupation privilégiée pour les questions du bien et du mal. En marge de la théologie officielle, les croyances populaires subsistent et sont évoquées à de nombreuses reprises dans le deutéronome[2]. Reproduisant des schémas déjà existant dans d'autres religions, une cour céleste commence à voir le jour, peuplée de messagers/serviteurs qui endosseront la responsabilité des calamités qui aurait autrement échu à Yahweh. Le monisme de principe est respecté mais on s'oriente de plus en plus vers un dualisme de facto. Si ces anges (malak Yahweh) ont initialement un rôle neutre et peuvent même apparaître comme la manifestation du dieu sous une forme visible par l'homme, ils prennent progressivement leur indépendance.

Le Psaume 82, préfigurant la descente aux enfers de Satan, indique : Dieu s'est dressé dans l'assemblée divine, au milieu des dieux, il juge : [...]Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut, pourtant vous mourrez comme les hommes, vous tomberez tout comme les princes.

Le livre de Job

La notion d'assemblée divine connaît un développement particulier suite à l'exil et la réduction en esclavage à Babylone au VIe siècle av. J.-C.. Cette épreuve amène les Juifs à s'interroger sur leur statut de peuple élu. Certains aménagements semblent nécessaires afin que le dogme puisse répondre à l'incompréhension des Juifs qui peinent à accepter leurs propres péchés comme seule justification des fléaux qui s'abattent sur eux. Les auteurs bibliques sont donc amenés à élaborer une théodicée dont on retrouve la trace principalement dans le Livre de Job. Ce passage marque en effet la première apparition explicite de Satan.

Littéralement « adversaire » ou quelqu'un qui s'oppose, le personnage apparaît plusieurs fois dans l'Ancien Testament et peut-être traduit de différentes manières en fonction du contexte ; le Livre de Job est néanmoins la première apparition nominative, explicite (on ne parle plus de "serpent" par exemple) de celui-ci. Il y a apparaît comme un tourmenteur de l'humanité, personnifiée pour l'occasion par Job, un tourmenteur que Dieu ne laisse agir que dans les limites de ce que l'humanité peut supporter et pour rendre volontaire son choix de Dieu. En effet, Satan, soutient à Yavhé que la fidélité de Job n'est que le résultat des bontés qui lui ont été accordées et que si sa foi était mise à l'épreuve, sa loyauté ne durerait pas. Satan se voit donc accorder par Dieu la liberté de faire le mal dans le seul but de tester la sincérité de la foi de Job.

Alors le Seigneur dit à l'Adversaire : « Soit! Il est en ton pouvoir ; respecte seulement sa vie » :Jb2.6 L'essentiel du texte du Livre de Job est constitué par le dialogue avec ses quatre amis au cours duquel Job exprime la détresse de l'humanité face à une adversité qu'elle ne parvient pas à s'expliquer. Cependant, malgré toutes les épreuves, Job ne renie pas son dieu : Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : Que le nom du Seigneur soit béni: Jb 1.21

Ce texte est fondamental dans la compréhension du personnage de Satan dans la tradition judéo-chrétienne. Si celui-ci n'a pas le statut d'égal de Dieu, il y est nominativement mis en scène avec une autonomie qui sera par la suite reprise et développée par la littérature apocryphe. Le Livre d'Hénoch en particulier décrit la corruption des anges gardiens, séduits par les « filles de la terre »[3]. Cette littérature établit donc un lien entre le démon et la sexualité, ainsi qu'avec les femmes qui sera largement repris et amplifié au moyen-âge, bien que ces passages ne soient pas inclus dans le canon de l'Ancien Testament.

Le diable et la chrétienté

Détail d'un vitrail de la Sainte Chapelle

Le diable assume très rapidement une fonction qui dépasse le cadre théologique pour prendre une dimension politique. Les premières communautés chrétiennes doivent en effet lutter pour survivre et à l'instar du pouvoir romain qui leur prête les mœurs les plus choquantes, elles sont très tôt amenées à utiliser la figure du démon pour discréditer leurs adversaires. Le processus de diabolisation naît donc quasiment avec le christianisme. L'Empire romain, premier persécuteur est donc naturellement le premier à se voir qualifier de légion du démon. La pratique se généralise progressivement pour s'étendre au sein même de l'Église à tous ceux dont la vision ne coïncide pas avec celle que l'on souhaite promouvoir. Alors que le canon de la Bible n'est pas encore fixé et que les apôtres et leurs successeurs débattent encore de la nature de l'enseignement du christ, l'accusation d'hérésie est fréquente et sous-entend une inspiration démoniaque ; les errements des autres chrétiens ne pouvant s'expliquer que par l'intervention du « prince des menteurs ». Ainsi les gnostiques, puis les bogomils et les cathares seront accusés de pratiquer des rites sataniques. Ces trois courants proposent une vision dualiste du christianisme dans laquelle le diable occupe une position clef puisqu'il est considéré comme le créateur et le maître du monde matériel dans lequel l'humanité se débat.

Tête de diable sculptée (abbaye de Sénanque)

Le personnage du diable devient donc rapidement un ciment de la chrétienté et une figure familière des croyants. Sa nature et ses pouvoirs sont encore cependant mal définis et si les théologiens débattent de ces questions, la masse des croyants conserve une vision très naïve du démon. Le Malin est généralement vu comme une figure humaine dégénérée plus que comme un monstre surnaturel, et les contes populaires qui le mettent en scène font de lui un adversaire sans grand pouvoirs et aisément trompé. Ses représentations sont d'ailleurs quasi inexistantes avant le VIe siècle et ne deviennent vraiment courantes et accessibles qu'avec les églises romanes dont la statuaire et les vitraux donnent corps au démon.

Alors que la chrétienté cherche à s'étendre au-delà des frontières de l'ancien empire romain et est confrontée à de nombreuses et diverses croyances païennes, l'assimilation des divinités locales malfaisantes au diable permet de rendre la foi chrétienne compréhensible et acceptable. La notion de terrible puissance malveillante est plus aisée à comprendre que celle de péché originel, qui n'est que sa conséquence et qui est aussi retenue par les théologiens.

Plus tard, alors que l'Islam prend de l'ampleur et s'étend jusqu'en Europe, la menace prend naturellement les traits du démon. Les préparatifs de ces expéditions donnent lieu par ailleurs à des persécutions populaires contre les Juifs (diabolisés par la vindicte populaire car ils refusent de payer l'impôt levé spécialement pour la Croisade) ce qui suscite les protestations du Pape.[4]

Pentagramme extrait de La Clef de la Magie Noire de Stanislas de Guaita (1897).

Le Nouveau Testament et l'avènement du Prince des Ténèbres

L'illustration du Codex Gigas (XIIIe siècle) qui lui vaut le surnom de « bible du démon ».

À l'époque de la rédaction du Nouveau Testament, le canon de la Bible n'est pas fixé et la littérature apocryphe est largement répandue. Il n'est donc pas étonnant que l'on retrouve une influence de celle-ci dans les Évangiles et l'on peut considérer que ces écrits constituent une passerelle entre la vision du diable tel qu'il est présenté dans l'Ancien Testament et celle qui se dessine dans les premiers textes chrétiens. Une autre influence prépondérante est celle de Platon dont la distinction entre le corps (associé à la tentation, au péché et donc au démon) et l'esprit (l'âme, à l'origine de la vertu salvatrice) constitue l'une des caractéristiques distinctives les plus marquantes de la vision du bien et du mal dans les Évangiles.

Les apôtres semblent en outre convaincus de l'imminence de l'avènement du Royaume de Dieu et placent donc un accent particulier sur la purification de l'âme dans cette perspective. En particulier pour Paul, Satan apparaît dans ce contexte comme l'adversaire de l'humanité au sens de l'Ancien Testament, une approche que l'on retrouve surtout dans ses épîtres :

« Pour nous, frères, après avoir été quelque temps séparés de vous, de corps mais non de cœur, nous avons eu d'autant plus ardemment le vif désir de vous voir.
Aussi voulions-nous aller vers vous, du moins moi Paul, une et même deux fois; mais Satan nous en a empêchés. »

:Paul Thessaloniciens 2.17-18

Les évangiles synoptiques, dont les historiens estiment qu'ils furent écrits plus tardivement, font quant à eux une place prédominante à l'affrontement entre Jésus et le démon. Des premières confrontations dans le désert jusqu'à la bataille finale sur le mont Calvaire, ils se présentent comme le récit d'une bataille entre le bien et le mal, placés de ce fait quasiment sur un pied d'égalité. Jésus mène bataille pour le bien en exorcisant le démon, illustrant ainsi une représentation du monde terrestre aux mains de forces démoniaques responsables de tout le mal. C'est probablement dans Jean que ce dualisme est le plus marqué.

«  Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur et le père du mensonge. »

:Jean 8.44

Le Nouveau Testament entretient cependant l'ambiguïté à propos de l'origine du mal, les propos de Jésus faisant régulièrement état du libre arbitre de l'homme qui doit prouver sa vertu en choisissant de renoncer au péché pour gagner sa place au paradis.

Apocalypse

Saint Augustin et le diable, Michael Pacher (env. 1471)

Le livre des révélations, également attribué à Jean expose la vision la plus saisissante du diable, et on y trouve l'unique récit d'un affrontement cosmique de la Bible (chapitre 12). Le démon y prend l'aspect du monstre le plus effrayant :

« Un autre signe parut encore dans le ciel; et voici, c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes. Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel, et les jetait sur la terre. »
Apocalypse 12.3

Le récit se poursuit avec le combat entre le diable et ses démons d'une part et les anges commandés par Michel d'autre part. Chose unique dans le Nouveau Testament, concentrant par ailleurs son attention sur l'aspect tentateur du démon et son rôle de corrupteur de la nature humaine, le monstre de l'apocalypse est responsable des catastrophes naturelles, à l'instar des déités pré-judaïques. La bête est vaincue, enchaînée en enfer pour mille ans :

« Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans.

Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au-dessus de lui, afin qu'il ne séduisît plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu'il soit délié pour un peu de temps.
[...]Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison.
Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre[…]

Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. »
Apocalypse 20.2-10

Le diable dans la tradition bretonne

Dans les légendes bretonnes, lors de la "nuit des merveilles" (nom breton de la nuit de Noël), les fidèles qui se rendent à l'église peuvent croiser le diable à chaque carrefour. Celui-ci, en échange de leur âme, pourra leur offrir bonheur et fortune... mais la tradition nous assure que "le diable est mort de froid" près de la chapelle de Burtuled (St-Servais) en Haute-Cornouaille.

Vision moderne

Affiche de propagande diabolisant Trotski

L'Église catholique contemporaine et le diable

  • Occulté mais pas renié
  • En vogue chez les fondamentalistes
  • Les prêtres catholiques qui pratiquent l'exorcisme ont toujours du travail.

Le diable et l'opinion publique

  • le diable comme symbole du mal
  • le diable : rebelle

Le diable et la psychanalyse

Au début du XXe siècle, Sigmund Freud apporte un nouvel éclairage à la figure du diable et tente la première approche scientifique des cas de "possession". En étudiant dans Une névrose démoniaque au XVIIe siècle un cas de supposée possession démoniaque en pleine chasse aux sorcières, il suggère que les accusations portées expriment en fait le refoulement des pulsions sexuelles que la morale de l'époque réprouve particulièrement. Cette interprétation s'inscrit dans le cadre de la théorie qu'il développe selon laquelle les névroses trouvent leur origine dans des désirs sexuels inassouvis.

Selon Freud, le diable représente en fait une figure patriarcale et incarne la peur et la défiance vis-à-vis du père, tandis que Dieu en représente l'affection et l'influence protectrice.

« Il y a là un processus psychique qui nous est bien connu, la décomposition d’une représentation impliquant opposition et ambivalence en deux contraires violemment contrastés (…). Le père serait par conséquent le modèle primitif et individuel aussi bien de Dieu que du Diable »

Dans ce cadre, la religion est vue comme une création psychique permettant à l'individu d'accepter le monde qui l'entoure ainsi que sa propre condition mortelle. Le démon est intégré à l'individu comme faisant partie de son inconscient, luttant à son insu contre sa propre volonté.

Jung conteste cette conception en affirmant la consubstantialité du bien et du mal, aussi indissociables que la lumière et l'ombre. Dieu et le diable ne se réduisent donc pas à des métaphores mais constituent des mythes.

Visions théologiques

D'un point de vue théologique, le diable est considéré comme un ange révolté contre Dieu, déchu et précipité en enfer (sur terre), qui pousse les humains à faire le mal. Si certaines traditions considèrent que le mal vient aussi de Dieu, et que le diable n'est qu'un de ses aspects ou de ses agents, la plupart lui donnent une dimension autonome. Dans ce cas, selon certains, Dieu laisse dans une certaine mesure le champ libre au diable, tout en conservant la possibilité de le réenchaîner, alors que pour les Manichéens la lutte entre ces deux forces ne peut être arbitrée que par l'Homme.

La tradition judéo-chrétienne

La tradition judéo-chrétienne le présente comme la personne du mal, une personne vivante et non un symbole ou un principe. Esprit, on ne décrit pas son corps mais on parle abondamment de ce qui le caractérise : il est celui qui s'oppose à Dieu pour toujours.

Pour les Judéo-chrétiens, Dieu est Amour, Justice, le Chemin, la Vérité et la Vie. Le Diable est donc appelé le "Séducteur", "le Malin", "le Menteur", car étant opposé à la Vérité, à la Lumière (Dieu) il ne peut attirer à lui que par des manœuvres, des tromperies. On l'appelle aussi "l'Homicide", car il s'oppose à la Vie (Jésus); "le Diviseur" car seul l'Amour peut unir: de même que l'ombre est l'absence de lumière, le mal n'est que l'absence de bien. On ne peut construire sur le mensonge et le Diable sera donc vaincu à la fin des temps.

La tradition judéo-chrétienne fait de Satan une créature de Dieu qui a refusé d'entrer dans la Lumière mais a au contraire voulu ériger son existence à part, comme l'égal de Dieu. Ce faisant, il s'est coupé de Dieu c'est-à-dire de tout Amour, Justice, Chemin, Vérité et Vie. Le Diable étant un esprit, son intelligence est très élevée et son péché est donc impardonnable car il savait ce qu'il faisait contrairement aux humains qui sont trompés, aveuglés par lui.

La tradition musulmane

Dans la tradition musulmane, le diable est appelé Shaytan dont le nom propre est Iblis. Lorsqu'Allah (Dieu) créa le premier homme nommé Adam, Allah demanda à tous les anges de se prosterner devant lui, mais Iblis (Satan) qui était un djinn proche de Dieu[5] refusa[6], prétendant que lui qui a été créé de feu ne se prosternerait pas devant un être créé d'argile.[7] Il s'est donc enflé orgueil et c'est ainsi de par son arrogance et le refus d'obéir à Dieu qu'il fut maudit. Iblis, dans son orgueil demanda alors à Dieu par défiance de lui accorder un délai (le laisser vivre jusqu'à la fin du monde) pour égarer les hommes (qu'il hait) du droit chemin. Allah lui accorda ce délai.[8]


Sourate VII versets 12-15 [9]

« 12 - Dieu dit :

« Qu'est-ce qui t'empêche de te prosterner,
lorsque je te l'ordonne ? »

Il dit :
« Je suis meilleur que lui.
Tu m'as créé de feu
et tu l'as créé d'argile »

13 - « Descends d'ici !
Tu n'as pas à te montrer orgueilleux en ce lieu.
Sors !
Tu es au nombre de ceux qui sont méprisés ! »

14 - Il dit :
« Accorde-moi un délai
jusqu'au Jour où ils seront ressuscités ».

15 - Dieu dit :

« Oui, ce délai t'est accordé ». »


Adam et sa femme furent placés au paradis, Allah leur accorda de jouir de tout ce qui s'y trouvait, seul un arbre leur était défendu. Iblis les induisit en erreur, en leur faisant croire que Dieu leur interdisait l'arbre en question car manger de celui-ci les transformerait en anges (créatures de lumière). Le couple céda à la tentation et Dieu les fit descendre sur Terre.[10]

Dans la religion islamique, contrairement au christianisme et au judaïsme, la responsabilité de la chute n'est pas attribuée à Ève seule. Il est dit simplement que le Démon les tenta.[11]

Quand le mot satan ou démon est utilisé comme nom propre, il s'agit du chef des démons, Iblis. Iblis est un djinn, créature de feu qui ont, comme les hommes, le libre-arbitre. Alors que les anges sont des créatures de l'ordre de la lumière, les djinns serait des créatures de l'ordre du feu antérieures à la création d'Adam.

« Sourate XV-27 : Quant aux Djinns,

nous les avions créés, auparavant,

du feu de la fournaise ardente. »

Iblis s'est enflé d'orgueil et il déteste les humains. Il a des enfants (des djinns) qui sont des démons à son service, ils ne peuvent vivre autant que lui. Iblis et ses acolytes n'ont de cesse d'égarer les hommes depuis la nuit des temps par tous les moyens imaginables ; Iblis circonvient les humains en lui présentant le Mal sous des apparences trompeuses, il les jette dans l'aberration et suscite toutes les formes de mécréances.[12]

Autres traditions

Aspect et noms

La représentation la plus classique est celle d'un personnage rouge (vert dans l'iconographie plus ancienne) associé aux flammes, avec une tête humaine et des cornes, un trident, des membres inférieurs d'un bouc et une longue queue. On le retrouve également sous plusieurs noms :

On utilise également l'interjection « Diantre ! », euphémisme de diable.

Représentation dans les arts

Notes et références

  1. L'Ours. Histoire d'un roi déchu, Michel Pastoureau, Éditions du Seuil, janvier 2007 – ISBN 978-2-02-021542-8.
  2. le serpent (Genese), Belial (Samuel), Azazel (Lévitique)
  3. c'est la version présentée dans le texte éthiopien, un autre texte plus récent appelé le livre d'Hénoch slave, présente l'ambition de défier Dieu en se plaçant sur un pied d'égalité comme l'origine de la chute de Lucifer
  4. Johannes Oesterreicher, Racisme, antisémitisme, antichritianisme, Cerf, 1940, p 61-62 "Nous avons entendu parler de la situation déplorable des Juifs contre lesquels quelques princes spirituels et temporels et d'autres seigneurs puissants en vos pays et évêchés imaginent toutes sortes de prétextes, afin de les attaquer, de les piller et de les dépouiller de leurs biens d'une manière injuste. Quoique l'Ecriture Sainte leur dise:"Tu ne tueras pas" et leur interdise de toucher pendant la Pâque à quelque chose de mort, on leur impute le crime de communier, ce jour-là, avec le coeur d'un enfant tué, et on fait comme si la loi le leur prescrivait, alors que cet acte serait clairement contraire à la Loi ... Se prévalant de cette intervention ainsi que de beaucoup d'autres, on les assaille et on les dépouille de tous leurs biens, sans accusation, sans aveu et sans preuve, contrairement à la justice, on les jette dans les geôles, on les opprime, et on condamne beaucoup d'entre eux à une mort honteuse, de sorte que sous ces princes et seigneurs, ils se trouvent dans une situation pire que leurs ancêtres sous les Pharaons d'Egypte, et qu'ils sont contraints à quitter les villes et les lieux où leurs pères habitaient déjà depuis des temps immémoriaux. Craignant ainsi leur destruction ... ils se sont adressés au Saint-Siège... Et Nous ordonnons de rétablir l'état antérieur et de ne plus les importuner à l'avenir d'une façon ou d'une autre."
  5. Louis Gardet, L'Islam - Religion et communauté, Éditions Desclée De Brouwer, 1970, page 89 à 93
  6. Sourates II-34,XX-116, XVII-61, etc.
  7. Sourate VII-12,13
  8. Sourate VII versets 14,15
  9. Le Coran, Sourate VII versets 12-15, Bibliothèque de la Pléiade - Éditions Gallimard, 1967
  10. Sourate II-36
  11. Sourate VII-20
  12. Sourate XV-26 à 40

Voir aussi

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Articles connexes

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Liens externes

Bibliographie

  • Alain Bourreau, Satan hérétique. Histoire de la démonologie (1280 - 1330), Éditions Odile Jacob, Paris, 2004.
  • Jérôme Baschet, « Diable », in Jacques LE GOFF et Jean-Claude SCHMITT (dir.), Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, Fayard, 1999
  • Robert Muchembled, Une histoire du diable. XIIe - XXe siècles, Le Seuil, Paris, 2000.
  • Robert Muchembled, Diable !, Seuil, Paris, 2002, 220 p., (ISBN 2020557487)
  • « Le diable, de l'ange déchu à l'axe du mal », in revue Historia Thématique, n° 98, novembre-décembre 2005.
  • Peter Stanford, The Devil, a Biography, William Heineman Ltd, 1996.
  • Roland Villeneuve, Dictionnaire du Diable, Omnibus, Paris, 1998, 1084 p. (ISBN 2258049911)
  • Jeanette Zwingenberger, “ De l'Image du diable à celle de la mort ”, dans Le Diable, Colloque de Cérisy, Paris, 1998, éd. Dervy.
  • Lou Andreas-Salomé, Le diable et sa grand-mère (1922). Traduction, annotation et postface de Pascale Hummel, Paris, Éditions Rue d’Ulm, 2005.
  • Edouard Brasey, l'encyclopédie du merveilleux, T3 : Des peuples de l'ombre, Le Pré aux Clercs, 2006.
  • Gérald Messadié, Histoire générale du diable, Robert Laffont,1993.
  • Johannes Oesterreicher, Racisme, antisémitisme, antichritianisme, Cerf, 1940
  • Francisco Vicente CALLE CALLE, Les représentations du Diable et des êtres diaboliques dans l'art et la littérature en France au XIIe. siècle, Presses Universitaires du Septentrion, 1997, Thèse à la carte.
  • Divers auteurs, Satan, Éditions Descléé de Brouwer - L'Ordinaire - 1948, réédition 1978 - (ISBN 2-220-02181-5)
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