Debunker

Debunker

Démystification

La démystification (en anglais debunking) désigne l'action de prouver l'inexactitude de théories ou d'affirmations en utilisant les divers outils de la logique et de la science. Les debunkeurs appliquent ces outils à ce qu'ils considèrent comme faux, non scientifique, bizarre ou anormal et les emploient particulièrement dans les domaines du paranormal, des OVNI ou des théories du complot. Dans son sens originel de « démystifier », le debunking se confond avec le scepticisme scientifique dans le monde anglo-saxon et avec la zététique en France.

Dans le cadre du débat sur la nature du phénomène ovni, les critiques de l'hypothèse extra-terrestre qui considèrent l'ufologie comme une pseudo-science développent plutôt le modèle sociopsychologique du phénomène ovni. Dans certains milieux ufologiques, surtout non anglophones, le terme de « debunking » prend une connotation négative. Ils utilisent le terme dans un sens différent, debunking désignant alors ce qu'ils perçoivent comme des procédés de désinformation dont le but est de dénigrer, de ridiculiser les témoins ou chercheurs ufologues, de désinformer et de manipuler.

De même, certains sceptiques, tel que Joe Nickell du Committee for Skeptical Inquiry par exemple, rejettent l'usage du terme debunking à cause de l'interprétation péjorative de ce terme, et préfèrent dire que les sceptiques appliquent la méthode scientifique et la pensée critique aux phénomènes paranormaux. Dans ce contexte, le debunking désignerait une mauvaise forme de scepticisme, où la personne resterait derrière son bureau et n'irait pas enquêter sur le terrain. Or, la plupart des auteurs du Committee for Skeptical Inquiry insistent sur l'importance de l'enquête de terrain lorsqu'il s'agit d'expliquer le paranormal.

Sommaire

Le debunking

Le debunking consiste généralement à apporter une explication logique et scientifique à un phénomène qui possède une explication paranormale. En partant des mêmes observations de départ, le debunker crée un raisonnement logique qui explique le phénomène, en s'appuyant sur les preuves connues et les connaissances scientifiques. Il critique également les éléments de preuves, et tente de prouver qu'elles sont erronées, mal interprétées ou issues d'une manipulation accidentelle ou volontaire.

Ainsi, le debunker recherche les éléments d'une photographie ou d'une vidéo qui permettraient d'identifier un montage, étudie les acteurs et les témoins du phénomène à la recherche de contradictions ou de signe de manipulation, et propose parfois un montage ou une manipulation donnant des résultats identiques.

Dans le cadre du Projet Alpha, le sceptique James Randi organisa, avec la collaboration de deux amis illusionnistes, l'infiltration d'un laboratoire de recherche sur le paranormal et les pouvoirs télékynétiques. Utilisant leur expérience d'illusionnistes, les deux sujets d'expériences parvinrent à leurrer les chercheurs, démontrant les failles du protocole opératoire utilisé dans la recherche et l'observation des phénomènes paranormaux.

L'émission télévisée MythBusters réalise des debunking des légendes urbaines ou croyances populaires en tentant de reproduire des expériences.

Le debunking dans le monde ufologique

Deux techniques de debunking peuvent être identifiées :

Debunking extérieur

Le debunking extérieur est le plus classique : il s'agit de chercher à discréditer les défenseurs d'une théorie en leur opposant des explications triviales visant à remettre en cause leur bon sens. On peut citer les exemples suivants :

  • En Mars 1966, le docteur Josef Allen Hynek, alors consultant scientifique auprès du projet Blue Book, révéla que des officiers de l'armée américaine lui avaient intimé l'ordre d'expliquer l'affaire de Ann Arbor, dans le Michigan, par une « émission de gaz des marais ». Lors de cette observation, 40 personnes, dont 12 policiers, avaient vu un OVNI qui semblait être escorté par quatre objets volants plus petits se poser dans des marais, la nuit.
  • Le NICAP (association ufologique américaine principalement constituée de militaire de carrière) cessa toute activité véritable à partir de 1969, après que John Acuff ait remplacé Donald Keyhoe à la tête de cette association. John Acuff reconnut être membre de la CIA plusieurs années après la fin des activités de ce groupe de recherche ufologique.
  • En 1947, lorsque lors de l'affaire Roswell, l'US Air Force affirma que les débris retrouvés sur le lieu de crash étaient ceux d'un banal ballon-sonde météorologique. Mais on soupçonne également l'armée d'être à l'origine de la thèse du crash d'OVNI afin de camoufler le fait qu'il s'agissait d'un ballon-espion Mogul (matériel de renseignement ultra secret au moment des faits).
  • La thèse de l'attaque de chouettes pour l'Incident de Kelly-Hopkinsville en 1955.

Debunking intérieur

Le debunking intérieur est plus subtil. On pourrait également l'appeler « debunking d'infiltration », puisqu'il s'agirait d'une technique de désinformation consistant à ridiculiser un groupe et les théories qu'il prône en l'infiltrant et en le décrédibilisant « de l'intérieur » auprès du grand public. Pour autant que l'existence de ce type de debunker soit avéré, il ne peut alors se confondre avec un sceptique, puisqu'il prétendra partager les théories du groupe infiltré et le ridiculisera en proposant des thèses ou des arguments volontairement ridicules ou faux qui pourront ensuite être « debunkés », exposant au grand jour le ridicule du groupe.

Comme exemple de ce type de debunking, on pourra citer :

  • Le fait que la théorie d'une prétendue récupération de cadavres d'extraterrestres par l'armée américaine à Roswell soit apparue pour la première fois en 1994 dans un livre écrit par un ex-agent de la CIA ; cela est interprété par certains ufologues comme une tentative par le gouvernement américain de discréditer la thèse extra-terrestre en la rendant ridicule.
  • Le fait que certaines des théories du complot à propos des attentats du 11 septembre 2001 les plus bizarres pourraient avoir été l'œuvre du gouvernement américain lui même afin de discréditer tout contradicteur de la thèse officielle.

Dans ce sens, le debunking intérieur peut donc être assimilé à une théorie du complot.

Exemples de debunkings

Voici une liste non-exhaustive de cas où les sceptiques proposent des explications pour des cas a priori inexpliqués. Les cas sont classés chronologiquement.

  • 1947 : L'observation de Kenneth Arnold, à l'origine du phénomène OVNI, s'explique pour certains sceptiques par une méprise complexe avec un troupeau de pélicans blancs américains. Un autre point important est qu'Arnold a observé des objets en forme de boomerangs[1], et pas en forme de soucoupe. Par contre, il a décrit aux journalistes le mouvement des objets comme similaire à ceux de soucoupe qu'on lancerait sur l'eau (un déplacement par ricochets). Le journaliste s'est trompé dans son article et a dit que les objets avaient des formes de soucoupe, ce qui donna le terme de soucoupes volantes. Or, dans les semaines qui suivirent, des dizaines de témoins se manifestèrent, pour dire qu'ils avaient vu des soucoupes volantes. Ils décrivirent non pas la forme réellement observée par Arnold (boomerangs), mais celle véhiculée par la presse. C'est un exemple parfait de l'importance de la suggestion[2] des médias, et de l'influence qu'ils ont lorsqu'ils façonnent les témoignages fortéens en général, ou d'ovni en particulier.
  • 1947 : L'incident de Roswell s'explique par le crash d'un ballon Mogul. Il s'agit tout d'abord de l'explication officielle concernant cette affaire, mais différents enquêteurs sceptiques sont arrivées à la même conclusion que les experts du gouvernement après leurs propres enquêtes indépendantes: Philip J. Klass[3] et Kal K. Korff[4] pour ne citer que les deux plus célèbres d'entre eux. Le projet Mogul était un projet top-secret qui au début de la guerre froide consistait à envoyer des ballons-sondes dans la haute atmosphère afin d'espionner l'Union soviétique et de voir si elle effectuait des tests nucléaires. Un lancement de ballon Mogul a été réalisé peu avant le crash allégué de Roswell. Les débris sur la photo de presse où les militaires montrent les restes de la « soucoupe » correspondent aux débris d'un ballon-sonde Mogul.
  • 1961 : L'enlèvement allégué par des extraterrestres de Betty et Barney Hill. Les sceptiques considèrent que Betty Hill avait une personnalité encline à l'imagination[5]. Suite à une vision classique d'ovni et à des lectures dans le domaine de l'ufologie, Betty Hill s'est mise à faire des rêves vivaces, ce qui est une des caractéristiques d'une telle personnalité. L'analyse des sceptiques est la suivante : via l'hypnose, Betty et Barney Hill ont tous deux développé un syndrome des faux souvenirs ; avant que le couple ne consulte un hypnothérapeute, Betty a raconté ses rêves vivaces à son mari Barney, ce qui explique les éléments communs aux témoignages de l'épouse et du mari, celui-ci n'ayant fait que répéter sous hypnose ce que sa femme lui avait dit. En ce qui concerne la sincérité du couple, il faut souligner que si le couple s'est bel et bien construit un faux souvenir via l'hypnose prétendument régressive, comme le pensent les sceptiques, il est tout à fait logique qu'ils aient l'air sincères dans ce qu'ils témoignent ; la sincérité d'une personne n'implique absolument pas qu'elle décrive les événements tels qu'ils se sont réellement produits. Les sceptiques considèrent ce cas comme essentiel pour la compréhension du phénomène des enlèvements allégués par les extraterrestres, puisque les témoins ultérieurs se baseront sur ce récit, très largement médiatisé, pour construire inconsciemment le leur. Le récit des Hill est devenu le narratif type pour tous les enlèvements allégués ultérieurs. Les « Gris » sont devenus depuis extrêmement populaires, et cette « espèce » extraterrestre est à l'heure actuelle la plus représentée dans la mythologie ufologique.
  • 1981 : Dans le cas de Trans-en-Provence[7] rien ne prouve que les traces examinées ont bien été provoquée par un atterrissage de vaisseau spatial extraterrestre. Les sceptiques penchent plutôt pour un ripage de pneu, peut-être dû à une bétonnière utilisée dans les travaux de maçonneries qui ont eu lieu à cette époque ou à un autre véhicule. De plus, ce n'est pas parce qu'un témoin affirme qu'il dit la vérité que cela prouve qu'il dit la vérité, de même que ce n'est pas parce qu'un témoin affirme ne rien connaître au phénomène ovni qu'il ne connaît effectivement rien au phénomène ovni.
  • 2004 : L'observation de Campeche, au Mexique, eut lieu lorsqu'une caméra infrarouge d'un avion de l'Armée de l'air mexicaine filma onze OVNI dans l'espace aérien mexicain. L'explication apportée par les sceptiques pour ce cas est que la caméra infrarouge a filmé des torchères des puits de pétrole (détectables à très grande distance par une caméra infrarouge à cause de la chaleur que dégage les torchères). Dans ce cas, un indice révélateur était que si la caméra avait bel et bien filmé quelque chose, les pilotes de l'avion n'avaient rien vu à l'œil nu.

Notes et références

  1. Voir l'ouvrage de Marc Hallet (1989) : Critique historique et scientifique du phénomène OVNI, Liège, Marc Hallet éditeur
  2. Voir à ce propos l'article de Robert Sheaffer : (en) The Truth is: They never were saucers
  3. (en) Klass, Philip J (1997). The Real Roswell Crashed Saucer Coverup. Buffalo: Prometheus.
  4. Korff, Kal K (1997). The Roswell UFO Crash - What They Don't Want You to Know. Buffalo: Prometheus.
  5. Abrassart, Jean-Michel. (2006). « La personnalité encline à la fantaisie et son implication en ufologie ». Inforespace, n°112, p. 27-36
  6. (en) President Jimmy Carter's Sighting of a UFO (and Rosalynn's of a Ghost)
  7. Voir l'article Trans-en-Provence - le mythe de l'OVNI scientifique d'Éric Maillot. Pour un debunking sceptique plus complet de ce cas, on peut se reporter à la plaquette éditée par le SERPAN ; Trans-en-Provence, Figuet, M. (Ed.) (1995). L’affaire de Trans-en-Provence. Dompierre-les-Ormes, SERPAN.

Voir aussi

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