Élections législatives congolaises de mai 1960

Élections législatives congolaises de mai 1960

Élections législatives congolaises de mai 1960

À la veille de l'indépendance du Congo (le 30 juin 1960), il y eut au Congo belge, actuellement République démocratique du Congo, des élections législatives en mai 1960 :

Sommaire

Les partis qui contestent les élections

  • majoritaire: « MNC-L »:
Patrice Lumumba, membre du collège exécutif général (Oriental), premier ministre & ministre de la défense
J.-P. Finant, membre du collège exécutif provincial, président provincial (Oriental)
Christophe Gbenye, ministre de l’intérieur
Manono (MUB/Songye), membre du collège exécutif provincial, président provincial (Kasai)
Mokengele, candidat-président du Sénat
Kasongo, président de la Chambre
  • minoritaire « MNC-K »:
Albert Kalonji
Joseph Iléo, député provincial (cartel MNC-K+PSA, ville de Léopoldville), sénateur (élu sur liste UNIMO-Equateur), président du Sénat
Joseph Ngalula, président provincial (Kasai)
Pierre Nyangwile, membre du collège exécutif général (Kasai)
  • Parti National du Progres (PNP) :
Paul Bolya, membre du collège exécutif général (Equateur), sénateur (élu sur liste UNIMO), ministre d’état
Albert Delvaux (Union Kwangolaise - LUKA), ministre résidant en Belgique
Joseph Kasa-Vubu, membre du collège exécutif général, chef d’état
Pascal Nkayi, ministre des finances
  • Parti Solidaire Africain (PSA) (Léopoldville)
Antoine Gizenga (pro-Lumumba), vice-premier ministre
Cléophas Kamitatu (pro-Kasa-Vubu), président provincial
  • Parti de l'Unité Nationale (PUNA) (Equateur)
Jean Bolikango (ASSORECO), candidat-président de la Chambre, candidat-chef d’état
L. Eketebi, membre du collège exécutif provincial, président provincial
Cyrille Adoula, sénateur (élu sur liste UNIMO)
Justin Bomboko, membre du commission politique auprès du Ministre à Belgique, ministre des affaires étrangères
  • Centre de Regroupement Africain (CEREA) (Kivu)
Anicet Kashamura, membre du collège exécutif général, ministre de l’information et de la culture
Marcel Bisukiro, ministre du commerce extérieur
Miruho, président provincial
Jean-Chrisostome Werengemere (dissident)
Moise Tshombe, président provincial
Joseph Yav, ministre des affaires économiques
  • Association Générale des Baluba de Katanga (BALUBAKAT)
Jason Sendwe
Rémy Mwamba, membre du collège exécutif général, ministre de la justice
  • Coalition Kasaienne (COAKA)
Grégoire Kamanga, ministre de la santé publique

Le système institutionnel en bref

La Chambre des Représentants (137 sièges) est élu directement au suffrage universel masculin. Dans les 26 circonscriptions, les sièges sont attribués proportionellement et, au sein de chaque liste, sur base des votes préférentiels.

Six assemblées provinciaux (60 à 90 sièges) sont élues de même façon, à part du fait que les circonscriptions sont plus petities. En plus, ces élus cooptent 7 à 11 membres parmi les chefs coutumiers et notables (vote unique non-transferable).

Chaque assemblée provinciale élit 14 sénateurs (sur base de représentation proportionelle), dont 3 à 5 parmi les chefs coutumiers et notables (vote unique non-transferable) et les autres suivant le système pour les élections directes (représentation proportionelle avec vote préférentiel).

Les bureaux (président, vice-présidents en secrétaires) de la Chambre, des assemblées provinciales et le Sénat, sont élu à la majorité.

Le chef d’état est élu par une assemblée commune des membres de la Chambre et du Sénat, à la majorité de deux tiers des membres.

Le gouvernement national est nommé et révoqué par le chef d’état, mais le premier gouvernement est nommé par le Roi des Belges. Le gouvernement doit ensuite obternir la confiance de la Chambre et du Sénat.

Le président (à la majorité) et les 10 autres membres du gouvernement provincial (vote unique non-transferable) sont élus par l’assemblée provinciale.

Les résultats des élections

Les résultats des élections se lisent comme suit: (Il n’y a pas d’info sur les votes émis, seulement sur les sièges obtenus.)

Seulement les deux plus grands partis se présentent à plusieurs provinces.

  • Le MNC-L est le plus grand parti sur le plan national et obtiendra environ un quart des sièges (35 députés nationaux, 110 conseillers provinciaux et 21 sénateurs). Le MNC-L est tout-puissant à la province Orientale et gagne presque tous ses autres sièges aux districts voisines des province du Kivu et du Kasai et de l’Equateur.
  • Le PNP est, dans la Chambre, la deuxième parti national (15 députés nationaux, 32 conseillers provinciaux et 5 sénateurs). Le PNP a des élus un peu partout le pays.

Toutes les autres partis ne sont que présent à une province; une description par province est nécessaire :

  • À la province de Léopoldville :
  • Le PSA est le premier parti avec presque 40% des élus (13 députés nationaux, 35 conseillers provinciaux et 5 sénateurs). Le PSA a son fief au district du Kwilu (11 sur 12 pour la Chambre et 32 sur 34 pour l’assemblée provinciale)
  • L’ABAKO est presque de même taille (12 députés nationaux, 33 conseillers provinciaux et 5 sénateurs). L’ABAKO a son fief à la ville de Léopoldville (3 sur 4 pour la Chambre et 7 sur 10 pour l’assemblée provinciale) et obtient toutes les sièges aux districts des Cataractes et du Bas-Congo.
  • Le PNP est relativement forte comme troisième parti (4 députés nationaux, 12 conseillers provinciaux et 3 sénateurs) parce que son partenaire LUKA réussit à emporter la plupart des sièges au district du Kwango (9 sur 13 pour la Chambre et 3 sur 5 pour l’assemblée provinciale).
  • Aucun parti ne peut réclamer le district du Lac-Léopold II.
  • Le CONAKAT et le BALUBAKAT se battent en duel à la province du Katanga. Le CONAKAT est plus forte au sud et le BALUBAKAT au nord de la province, mais les deux partis sont présent à chaque district, à l’exception du district Haut-Katanga qui n’élit aucun député BALUBAKAT. Néanmoins, c’est le CONAKAT qui gagne la première place (8 députés nationaux, 25 conseillers provinciaux et 7 sénateurs), prochement suivi par le BALUBAKAT (7 députés nationaux, 23 conseillers provinciaux et 5 sénateurs).
  • À la province du Kivu :
  • Le CEREA est clairement le premier parti avec plus de 40% des élus (10 députés nationaux, 30 conseillers provinciaux et 7 sénateurs), mais n’obtient pas de majorité dan l’assemblée provinciale. Le CEREA a son fief aux circoncriptions au long de la frontière (les districts du Sud-Kivu et du Nord-Kivu).
  • Le MNC-L est le deuxième (6 députés nationaux, 17 conseillers provinciaux et 2 sénateurs). Son fief est situé aux circonscriptions en dehors de la vallée des grand lacs, comme le district de Maniéma (4 sur 5 pour la Chambre et 9 sur 14 pur l’assemblée provinciale).
  • Le RECO est seulement présent au territoire de Kabare (district du Sud-Kivu). Sur cette base seule il est le troisième parti (un député, 6 conseillers provinciaux et un sénateur).
  • La province du Kasai est fort divisée:
  • Le MNC-L et le MNC-K se disputent la première place sur le plan provincial. Le MNC-K est le gagnant pour la Chambre (8 contre 5) mais le MNC-L obtient 22 (contre 21) conseillers provinciaux et fait élire 5 (contre 4) sénateurs.
  • Au district de Kabinda, où toutes les sièges vont aux deux MNC, ils se rapprochent pour l’assemblée provinciale (10 MNC-K et 8 MNC-L), mais le MNC-K le remporte clairement pour la Chambre (5 contre 1)
  • Le MNC-K est la plus forte à la ville de Luluabourg (3 sur 4), qu n’est qu’un circonscription en soi pour l’assemblée provinciale.
  • Cependant, le district de Sankuru est clairement le fief du MNC-L (4 sur 4 pour la Chambre et 13 sur 14 pour l’assemblée provinciale). Il est proche du district de Maniéma à la province du Kivu, qui est aussi un fief du MNC-L.
  • L’UNC est troisième sur le plan provincial (3 députés natiuonaux, 8 conseillers provinciaux et 2 sénateurs). L’UNC est la première parti au district de Lulua (3 sur 7 pour la Chambre et 10 sur 19 pour l’assemblée provinciale).
  • Le COAKA est le quatrième parti sur le plan provincial (3 députés nationaux, 7 conseillers provinciaux et un sénateur). Le COAKA est présent aux districts de Lulua et du Kasai.
  • Le district du Kasai est divisé entre le MNC-K, le PNP et le COAKA.
  • À la province Orientale :
  • Toute la province est le fief du MNC-L qui y obtient 21 des 25 sièges dans la Chambre et une majorité de 58 sur 70 dans l’assemblee provinciale qui élit ensuite 13 sénateurs MNC-L.
  • Le PNP est le seul adversaire du MNC-L à la province Orientale (4 députés nationaux, 6 conseillers provinciaux et un sénateur).
  • À la province de l’Equateur, les partis sont très faibles: pas moins de 28 conseillers provinciaux ne sont pas attribuables à un parti et les résultats pour la Chambre et pour l’assemblée provinciale ne se rapprochent pas. Néanmoins, le PUNA et l’UNIMO peuvent être nommés les partis ‘équatoriens’ parce qu’ils sont les seuls qui, à part du MNC-L et du PNP, obtiennent des sièges dans plusieurs circonscriptions. Ils réussissent aussi à faire élire 12 sénateurs entre eux.
distribution des sièges
parti A.P.Léo. A.P.Kat. A.P.Kivu A.P.Kas. A.P.Or. A.P.Eq. Sénat Chambre
total 99 69 77 81 77 69 84 137
MNC-L 2 1 17 22 58 10 21 35
PNP 12 5 4 6 5 5 15
PSA 35 5 13
ABAKO 33 5 12
CONAKAT 25 7 8
BALUBAKAT 23 5 7
CEREA 30 7 10
RECO 6 1 4
MNC-K 1 1 21 4 8
UNC 11 2 3
COAKA 7 1 3
PUNA 9 8 7
UNIMO 8 4 1
autres/indép. 7 11 12 5 6 28 9 11
coutumiers 9 9 7 11 7 9 (23) -

Pour les assemblées provinciales, les membres coutumiers ne sont pas compris dans les nombres de membres par parti; cependant, pour le Sénat, ils sont attribués au partis.

Le parlement national est très divisé. Le premier parti, le MNC-L, n’a qu’environ un quart des sièges. Il est suivi par pas moins de huit partis ayant entre 12 et 20 parlementaires.

Cette fragmentation n’est pas causé par le système proportionnel, parce que les circonscriptions ne sont que d'une moyenne taille, mais surtout parce que les partis ont des bases territoriales très étroites mais très sûrs: ils obtiennent presque toutes leur sieges dans leur fief local et dans ces circonscriptions, ils obtiennent presque toutes les sièges disponibles. Le MNC-L obtient la première place parce qu’il a un fief très étendu. Cependant, le PNP est le seul parti duquel les sièges sont dispersés presque partout le pays (même si on considère le fief de son partenaire LUKA, ce n’est qu’une minorité des sièges PNP qui sont dus à ce fief).

Parmi les assemblées provinciales, dans seulement une il y a un parti qui a la majorité des sièges (le MNC-L à la province Orientale). Dans trois provinces, il y a un duel pour la première place entre deux partis, presque de même taille (CONAKAT et BALUBAKAT à la province du Katanga, PSA et ABAKO à la province de Léopoldville et les deux MNC à la province du Kasai). Dans la province de l’Equateur, presque la majorité des membres est indépendant d’une parti.

Au plan national, c’est le MNC-L qui a l’initiative. Il peut compter sur une "coalition" comprenant le PSA (Léopoldville), le COAKA et l’UNC (Kasai), le CEREA (Kivu) et le BALUBAKAT (Katanga), ce qui fait 71 sièges sur 137 dans la Chambre et 41 sénateurs sur 84 (112 voix sur 221 pour l’élection du chef d’état). Les adversaires sont le PNP, l’ABAKO (Léopoldville), le MNC-K (Kasai), le CONAKAT (Katanga), le RECO (Kivu) et le PUNA et l’UNIMO (Equateur); ils ont 55 députés et 34 sénateurs.

Mise en place des institutions (nationales)

Le 21 juin, Kasongo (MNC-L) est élu president de la Chambre avec 74 voix contre 58 pour Bolikango (PUNA) (et 1 pour un troisième candidat, 4 absents)

Le 22 juin, Iléo (MNC-K/UNIMO) est élu président du Sénat (dans le troisième scrutin) avec 41 voix contre 39 pour Mokengele (MNC-L) (4 absents)

Le 24 juin, Kasa-Vubu (ABAKO) est élu chef d’état par le Chambre et le Sénat réunis, avec 159 voix contre 43 pour Bolikango (PUNA) (11 abstentions, 8 absents)

Le 24 juin, le gouvernement-Lumumba est investi par la Chambre (74 contre 1, 5 abstentions, 57 absents) et le Sénat (60 contre 12, 8 abstentions, 4 absents)

Source

  • Walter J. Ganshof van der Meersch, Congo, mai-juin 1960 : rapport du ministre chargé des affaires générales en Afrique, Bruxelles, 1960, 482 p.

Voir aussi

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