Samuel Langhorne Clemens

Samuel Langhorne Clemens

Mark Twain

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Mark Twain
Mark Twain en 1907
Mark Twain en 1907

Activité(s) Romancier, humoriste, essayiste, conférencier, homme d'affaires
Naissance 30 novembre 1835
Décès 21 avril 1910
Genre(s) Fiction, fiction historique, littérature d'enfance et de jeunesse, satire, essai

Mark Twain, de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, son pseudonyme venant du cri «Mark Twain [fathoms]» signifiant «Marque deux [brasses]» (30 novembre 1835 à Florida dans le Missouri - 21 avril 1910 à Redding, Connecticut), est un grand écrivain, essayiste et humoriste américain.

Sommaire

Biographie

Un enfant de la Frontière

Mark Twain est issu d’une famille anciennement installée sur le continent américain dont la trajectoire a épousé le front pionnier dessiné par les colons. L’environnement de l’enfance de Twain est donc le monde de « La Frontière » américaine. Toutefois, la famille Clemens, tout comme Twain lui-même une fois parvenu à l’âge adulte, ne compte pas aux rangs des aventuriers et des défricheurs partis à l’avant-garde du mouvement de colonisation vers l’Ouest. Elle s’est glissée dans le sillage de ce vaste mouvement de population et s’est installée sur des terres déjà travaillées par l’homme où la vie sociale est déjà relativement stabilisée.

Sa mère, Jane Lampton, est née dans le Kentucky au sein d’une famille qui fait vraisemblablement partie des premières générations de pionniers ; la légende familiale lui prête une lointaine ascendance avec les Lambton, ducs de Durham.

La branche paternelle de la famille est originaire du Sud du pays. Son grand-père, fermier en Virginie, migre vers le Kentucky au début du XIXe siècle pour y devenir percepteur (commissioner of revenue)[1]. Le père de Twain, Charles Clemens, fait des études de droit dans l'Est puis revient dans le Comté d'Adair (Kentucky) où il épouse Jane Lampton en 1823. Il occupe la fonction d’« attorney » et court sa vie durant après la fortune. Sa quête le mène successivement dans le Tennessee, à Gainesboro puis à Jamestown dans le comté de Fentress où il investit ses économies dans 75 000 acres de terres[2]. Le faible nombre d’affaires de justice à traiter le pousse à la reconversion : il se fait marchand, en ouvrant un magasin d’approvisionnement général, typique de la frontière. Il tente sa chance dans plusieurs localités du Tennessee puis rejoint John Adams Quarles, le beau-frère de sa femme, dans le Missouri sur les conseils de ce dernier. Le village de Florida (comté de Monroe) dans lequel la famille s’installe est le théâtre de la naissance de Samuel Langhorn Clemens, le cinquième enfant de la famille[3].

En mars 1847, son père meurt d’une pneumonie. Sa disparition bouleverse la vie de la famille Clemens. Au mois de mai de l’année suivante, le futur Mark Twain, âgé de douze ans, quitte l’école et devient apprenti typographe dans l’imprimerie locale[4]. À défaut d’être agréable, le métier qu’il expérimente est à cette époque susceptible d’offrir des revenus réguliers. Chaque village de quelque importance possède en effet au moins un journal. A partir de 1850, le jeune homme travaille pour le Western Union, un hebdomadaire dont son frère aîné, Orion, s’est fait le fondateur[5]. Il y rédige ses premiers papiers et s’imprègne des techniques et des thèmes journalistiques de son temps, à une période où l’abondance de la production et un système d’échange gratuit facilitent la circulation de l’information au sein de la profession.

La découverte de l’Est

A dix-huit ans, Twain quitte le Missouri, non pour rejoindre le Grand Ouest mais pour arpenter le Nord-Est des États-Unis en s’embauchant comme typographe à New York, Philadelphie, Washington puis Saint-Louis. Il rejoint le syndicat des typographes et fréquente le soir les bibliothèques publiques, découvrant un monde que l’école d’Hannibal ne lui avait pas laissé entrevoir[6]. Ses impressions de voyage paraissent sous forme d’articles dans un journal de Muscatine, la nouvelle entreprise de son frère Orion[7]. En juin 1855, il s’installe comme imprimeur à Keokuk (Iowa) où son frère le rejoint peu après. Leur collaboration dure jusqu’à l’hiver 1856-57. Samuel prend alors la direction de Cincinnati[8]. Le récit de son séjour paraît cette fois dans un journal de Keokuk sous le pseudonyme de « Thomas Jefferson Snodgrass »[9].

Sur le Mississipi

Se tournant vers le Sud, il s’embarque ensuite sur le Mississippi en direction de la Nouvelle-Orléans, avec l’intention probable de gagner l’Amazonie. Au cours du voyage, la rencontre avec le pilote de bateau à vapeur Horace E. Bixby le persuade cependant d’épouser la carrière de son nouveau mentor. C'est de cette époque que vient son pseudonyme : alors qu'il tire la corde de sondage pour vérifier la profondeur du fleuve, son capitaine lui criait : « Mark Twain !, Mark Twain ! », c'est-à-dire : « Marque deux sondes ! ». Cela signifie "profondeur suffisante", en anglais "safe water". Il travaille sur le Mississipi jusqu’au déclenchement de la guerre de Sécession en 1861 qui interrompt le trafic sur le fleuve. Il s’engage alors au sein d’une milice de volontaires sudistes, les « Marion Rangers »[10]. Le manque de fermeté de ses convictions sudistes et la perspective de se voir incorporer dans les rangs de l’armée confédérée le pousse à quitter son premier engagement[11] et à se tourner vers l’Ouest ; profitant de la nomination de son frère Orion comme secrétaire d’État du Nevada, il prend la route le 28 juillet 1861[12].

Dans l'Ouest

Devil's Gate (Wyoming), point de passage des pionniers sur la piste de la Californie.

Samuel et Orion Clemens effectuent en quatorze jours le voyage à bord d’une diligence Wells Fargo, s’engageant sur la piste de la Californie qui chemine par Independence Rock et Devil's Gate (Wyoming) jusqu’à South Pass ; ils empruntent ensuite la route des Mormons, bifurquant à Fort Bridger vers l’Echo Canyon pour rejoindre Salt Lake City et finalement s’arrêter à Carson City dans le Nevada[13].

La ville se stabilise tout juste après la période de grande effervescence consécutive à la découverte en 1859 de gisements d’argent dans les monts Washoe. À la recherche du filon caché, une foule de déçus de la ruée vers l'or en Californie de 1849 et de nouveaux aventuriers attirés par la promesse d’une fortune facile ont convergé vers la ville. Le profil de ces prospecteurs diffère sensiblement des pionniers traditionnels qui s’installent pour mettre en valeur le pays par le travail de la terre. La population de Carson City est alors essentiellement masculine ; l’avidité, la concurrence et la recherche des plaisirs faciles y maintiennent un climat de tension permanente[14]. Samuel Clemens est lui-même gagné par la « fièvre de l’argent » ; persuadé de faire fortune rapidement, il se lance tout azimut dans la prospection. Ses espoirs sont déçus ; confronté à des difficultés financières, il finit par accepter en août 1862 l’offre d’emploi permanent que lui propose le Territorial Enterprise, un journal de la ville de Virginia City (Nevada), pour lequel il écrivait jusque-là occasionnellement des chroniques comiques[15].

Carrière littéraire

À partir de 1864, il exerce l’activité de reporter à San Francisco et se déplace en Europe en tant que correspondant de presse. Après son mariage avec Olivia Langdon en 1870, il s’installe à Hartford, Connecticut. Il eut 4 enfants dont 3 filles : Susan, Clara et Jeanne et un fils mort prématurément. Dans ses premiers romans, Mark Twain évoque ses voyages en Europe et en Polynésie (Le voyage des innocents, 1869) en se moquant des préjugés et de la conduite de ses compatriotes, ainsi que sa période de chercheur d’or (À la dure !, 1872). C’est grâce à ses deux romans Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et Les Aventures de Huckleberry Finn (1885) qu’il acquiert la célébrité comme écrivain humoriste. Mark Twain écrit cependant, dans la seconde partie de son œuvre des textes plus graves dénonçant avec pessimisme les excès de la civilisation et l’immoralité érigée en morale. La fin de sa vie est assombrie par des ennuis financiers, ainsi que par la mort d'une de ses filles à 24 ans (méningite), puis la mort de sa femme. Il perd une 2è fille (29 ans) noyée dans sa baignoire suite à une crise d'épilepsie.

Décrivant avec réalisme et sévérité la société américaine, Mark Twain est l’un des premiers auteurs à utiliser la langue parlée authentique des États du Sud et de l’Ouest. Souvent comparé à Stevenson et Dickens, il excelle particulièrement dans une peinture régionaliste de l’Amérique, c’est-à-dire réalisée par un « natif », parfaitement imprégné du vécu de l’endroit qu’il décrit. Une partie importante de son œuvre déroge cependant à ce principe lorsqu’il se fait « observateur des peuples » en plaçant ses récits dans les pays qu’il a visités. Il n'en reste pas moins d'un racisme anti-indien d'une extrême virulence.

Relativement éloigné de son style et de son humour habituels, le roman de Jeanne d'Arc (titre original : Personal Recollections of Joan of Arc) est écrit en 1896 sous le pseudonyme « Louis de Conte »

Éditions postumes

Twain a laissé un très grand nombre de manuscrits, parmi lesquels des œuvres importantes comme son Autobiographie et le roman L'Étranger mystérieux. La responsabilité de l'édition est revenue à son biographe officiel, Albert Paine Bigelow, sous la surveillance de Clara, la seule fille survivante de l'auteur. Cette période de la réception des œuvres de Mark Twain se caractérise par la construction d'une image hagiographique dont témoigne la biographie de Bigelow, qui, malgré sa longueur (plus de 1700 pages en 3 volumes), censure tout élément susceptible de ternir l'image de Twain. Les textes de Twain sont également purgés, comme son Autobiographie, dont seule une partie est publiée, et ses lettres, que Bigelow « résume » à l'occasion. L'Étranger mystérieux est également publié par ce dernier, préalablement remanié. Certaines œuvres, comme les Lettres de la Terre, ne sont pas publiées, sur ordre de Clara. Bigelow, pendant plusieurs décennies, restera la seule personne a avoir accès aux manuscrits et cette situation bloquera longtemps toute possibilité de développer des études twainienne fiables.

Twain et la religion

Mark Twain est un pamphlétaire virulent et irrévérencieux, notamment lorsqu’il s’en prend à Dieu, à la religion et aux fondements du christianisme. Dans De la religion : Dieu est-il immoral ?, il montre les incohérences de la Bible et dénonce les crimes commis au nom de Dieu et du Christ.

Il a écrit aussi un livre critique sur la science chrétienne, le deuxième tome sur sa fondatrice Mary Baker Eddy n'est jamais paru.

Bien que la majorité de ses contemporains ait une vision stéréotypée négative du peuple juif, Twain défend les Juifs, en paroles et en actes. En 1879, il écrit en privé :

« Sampson était un Juif - donc pas un imbécile. Les Juifs ont la meilleure intelligence moyenne parmi tous les peuples du monde. Les Juifs sont la seule race qui travaille entièrement avec leur cerveau et jamais avec leurs mains… »

En mars 1898, Harper's Magazine publie un essai de Mark Twain qui mentionne, sans commentaire, les attaques contre les Juifs en Autriche. Mark Twain reçoit alors plusieurs lettres dont une d'un avocat juif américain qui lui demande : « Pourquoi, à votre avis, les Juifs sont-ils encore aujourd'hui la cible de tant d'animosités et que peuvent-ils faire en Amérique ou à l'étranger pour éviter cela ? » En réponse, Mark Twain écrit Concerning the Jews[16] (« À propos des Juifs »), un article dont il pense qu'il ne plaira à personne. Sa prédiction était correcte.

Mark Twain y indique que les préjugés contre les Juifs ne viennent ni de leur conduite, ni de leur religion, mais de la jalousie des chrétiens face aux succès économiques des Juifs. Il cite le discours d'un avocat allemand qui voulait que les juifs soient chassés de Berlin parce que, selon l'avocat, « quatre vingt-cinq pour cent des avocats brillants de Berlin étaient juifs. »

Mark Twain pense que le succès des Juifs est le produit de leur loyauté, de leur fidélité familiale, de leur intelligence et de leur sens des affaires. Il pensait que la criminalité et l'ivresse était inexistante chez les Juifs et qu'ils étaient honnêtes en affaires même s'il savait que ce n'était pas le sentiment de la plupart de ses contemporains. Il écrivit ainsi :

« Les Égyptiens, les Babyloniens, et les Perses ont rempli la planète de son et de splendeur, puis... sont passés. Les Grecs et les Romains ont suivi, ont fait grand bruit et ils ont disparu et, d'autres peuples ont vu le jour et ont tenu leur flambeau élevé pour un temps, mais il a brûlé, et ils siègent désormais au crépuscule, ou ont disparu. Le Juif les a tous vu, tous battu, et est maintenant ce qu'il a toujours été, ne présentant aucune décadence, aucune infirmité de l'âge, aucun émoussement de son esprit alerte et agressif, aucun affaiblissement d'aucune sorte. Toutes les choses sont mortelles sauf le Juif; toutes les autres forces passent, mais il demeure. Quel est le secret de son immortalité ? »

Twain décrit À propos des Juifs comme « son chef d'œuvre », mais prédit que « ni Juif ni chrétien ne l'approuveront ».

En effet, le Rabbin M. S. Levy contesta l'affirmation selon laquelle « le Juif est un homme d'argent » en précisant que les familles Vanderbilt, Gould, Astor, Havemeyer, Rockefeller, Mackay, Huntington, Armure, Carnegie, Sloane, Whitney, n'étaient pas Juives, et contrôlaient pourtant plus de vingt-cinq pour cent de toutes les richesses distribuées aux États-Unis.

Œuvres

Article détaillé : Liste des œuvres de Mark Twain.

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Voir sur Wikisource : Mark Twain.

Romans et contes
Mark Twain peint par James Carroll Beckwith
Essais
  • Défense d’Harriet Shelley et autres essais (1894)
  • Mémoires de Jeanne d'Arc (1895) (Personal Recollections of Joan of Arc)
  • Comment raconter une histoire et autres essais (1897)
  • Qu'est-ce que l'homme ? (1906)
  • Shakespeare est-il mort ? (1909)
  • Discours (1910)
Autobiographie et récits de voyage
  • Le voyage des innocents (1869) (Innocents Abroad)
  • À la dure (1872) (Roughing It)
  • Ascensions en téléscope (1880)
  • La Vie sur le Mississippi (1883) (Life on the Mississippi)
  • En suivant l’équateur (1897)
  • Nouveaux voyages (1897)
  • Mes débuts comme personnage littéraire(1903)
  • L'Autobiographie de Mark Twain (1924)
Correspondance
  • Correspondance (1917)
  • Lettres d’amour (à Olivia Langdon (1949)
  • Lettres à Mrs Fairbanks (1949)

Anecdotes

  • Sous son véritable nom de Samuel Clemens, il est le héros, avec Richard Francis Burton, du cycle de science-fiction Le Fleuve de l'éternité de Philip José Farmer.
  • Toujours sous son véritable nom de Samuel Clemens, il est un des personnages principaux des Feux de l'Eden de Dan Simmons.
  • Il apparaît aussi dans l'épisode de Star Trek : La nouvelle génération intitulé La Flèche du temps (Time's Arrow).
  • Mark Twain est né et mort les années de passages de la comète de Halley.
  • Mark Twain expliquait son pseudonyme (Twain est une prononciation américaine de Twin, jumeau) par le fait qu’à sa naissance sa mère attendait des jumeaux. « Oui, disait-il, je me demande qui, de mon frère jumeau ou de moi, est mort à la naissance, nous nous ressemblions tellement. » (Voir aussi sa nouvelle : La tragédie de Pudd’nhead Wilson et la comédie des deux jumeaux extraordinaires (1894))
  • L'amitié de Mark Twain avec le président américain Ulysses Simpson Grant a donné lieu à un livre : Grant and Twain: The Story of a Friendship That Changed America de Mark Perry.

Notes et références

  1. Bernard Poli, Mark Twain, écrivain de l’Ouest. Régionalisme et humour, Presses universitaires de France, p. 36.
  2. Bernard Poli (1965), p. 37.
  3. Bernard Poli (1965), p.45.
  4. Bernard De Voto, L’Amérique de Mark Twain, L'Age d'homme, Lausanne, 1985, p. 104.
  5. Bernard Poli (1965), p. 56.
  6. Philip S. Foner, Mark Twain : Social Critic, International Publishers, New York, 1958, p. 13.
  7. Bernard Poli (1965), p. 59.
  8. Bernard Poli (1965), p. 61.
  9. Bernard Poli (1965), p. 63
  10. Bernard Poli (1965), p. 74.
  11. Twain écrivit plus tard une nouvelle intitulée « The Private History of a Campaign That Failed » sur la base de cet épisode.
  12. Bernard Poli (1965), p. 77
  13. Bernard De Voto (1985), p. 145.
  14. Bernard Poli (1965), p. 79 et s.
  15. Bernard De Voto (1985), p. 150.
  16. Concerning the Jews

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