Mompou

Mompou

Federico Mompou

Federico Mompou
Naissance 16 avril 1893
Barcelone, Espagne Espagne
Décès 30 juin 1987 (à 94 ans)
Barcelone, Espagne Espagne
Activité principale Compositeur, pianiste
Style musique moderne
Lieux d'activité Barcelone, Espagne Espagne, Paris, France France
Années d'activité 19111978
Éditeurs Durand-Salabert-Eschig
Maîtres Ferdinand Motte-Lacroix
Conjoint Carmen Bravo

Federico Mompou, né le 16 avril 1893 à Barcelone et mort dans cette même ville le 30 juin 1987 (à 94 ans), est un compositeur et pianiste espagnol.

Sommaire

Biographie

Federico Mompou est né à Barcelone le 16 avril 1893[P 1], dans une Catalogne artistique et industrielle en pleine mutation, que ce soit en poésie (Sagarra), en architecture (Gaudi) ou en peinture (Picasso, Míro)[P 2]. Il étudie le piano à Barcelone, au conservatoire du Liceo avec le professeur Pedro Serra[P 1]. Il donne son premier récital en 1908[réf. nécessaire]. C'est en 1909, suite à un concert donné par Gabriel Fauré, qu'il décide de devenir compositeur[P 3],[P 4]

1911 — 1914

Son premier contact avec les études musicales est difficile. En 1911, il arrive à Paris avec une lettre de recommandation d'Enrique Granados afin d'entrer au conservatoire, alors dirigé par Fauré, afin d'étudier principalement la composition. Mais sa timidité le pousse à s'enfuir avant son tour. Il s'engage alors comme auditeur au conservatoire et assiste aux leçons de Louis Diémer (piano) et Pessard (composition), qu'il juge trop formel et incapable de rendre possible son épanouissement[P 5].

Il se présente ensuite à Isidor Philipp, qui le recommande à Ferdinand Motte-Lacroix, avec qui une amitié réciproque va s'établir. Parallèlement, il prend des leçons d'harmonie avec Marcel Samuel Rousseau, mais, là encore, l'enseignement trop rigide le rebute et il décide de ne pas continuer dans cette direction[P 6].

1914 — 1920

En 1914, la Première Guerre mondiale le contraint à quitter à Paris et à rentrer à Barcelone, où il restera jusqu'en 1920. C'est à cette période qu'il compose ses premières œuvres pour piano : Impresiones intimas, Cants Màgics, Scènes d'Enfants, Pessebres, Suburbis, Fêtes lointaines, Charmes, Trois variations et L'Hora grisa[P 1] et la première « chanson et danse ». C'est également durant cette période que ses idées esthétiques prennent forme. Il s'oppose au « cérébralisme » et cherche la clarté, le naturel, la sincérité et le dépouillement. Il utilise beaucoup de quintes répétées au caractère primitiviste[P 7].

1921 — 1941

Il revient à Paris en 1921 où il donne sa première audition le 15 avril. Le 22 avril voit finalement la publication d'un article enthousiaste d'Émile Vuillermoz[1] dans Le Temps. En 1923, il s'installe définitivement à Paris où il restera jusqu'en 1941 sans pour autant changer son mode de vie ou mener une existence mondaine. Il est cependant en relation avec la « haute société » et des personnalités des arts et des lettres comme par exemple avec Paul Valéry, dont il utilisera les textes dans certaines de ses compositions[P 8].

Durant ce séjour, sa production se ralentit[P 9], mais il compose néanmoins les Chansons et danses n° 1 à 4, les Préludes n° 1 à 6, Dialogues, Souvenirs de l'Exposition, Variations sur un thème de Chopin, Cançoneta incerta, Trois comptines et Quatre mélodies[P 1].

1941 — 1987

En 1941, il retourne définitivement à Barcelone où il termine son œuvre[P 1] suite à une nouvelle période de création[P 10]. Il se lie avec Villa-Lobos, Francis Poulenc, Darius Milhaud, Paul Valéry et Arthur Rubinstein.[réf. nécessaire]

Il épouse la pianiste catalane Carmen Bravo en 1957[2]. En 1978, une hémorragie cérébrale le contraint à cesser de composer. Il décède finalement le 30 juin 1987[3] à l'âge de 94 ans.

Musique

Sa musique est principalement dédiée au piano. Son écriture parcimonieuse se situe à l'opposé de la musique grandiose de Richard Wagner, mais plutôt dans les traces de Johannes Brahms et César Franck[P 11], et des nationalismes musicaux russes (comme Alexandre Scriabine qui fascinait Mompou[P 12]) et espagnols (démarrés par Felipe Pedrell, musicologue du folklore, puis repris par Enrique Granados, Manuel de Falla et Isaac Albeniz[P 13]). Claude Debussy et ses dissonances[P 14] ainsi que Maurice Ravel[P 15] et Erik Satie[J 1] ont également eu une influence importante. Tout comme eux, il n'aime pas le développement [J 2] et le remplissage. Cependant, il « fuit le plus possible l'impressionnisme »[P 16], bien que ses pièces composées de 1914 à 1921 aient conduit Émile Vuillermoz à le surnommer « le Debussy espagnol »[1].

Il ne se définit pas comme un compositeur, mais comme un musicien[P 9]. Il refuse la musique atonale et la musique sérielle à la mode dans les années 1940 et popularisées par Arnold Schoenberg[P 17]. Au contraire, il compose une musique intimiste de manière instinctive, avec comme idéal esthétique le critère de beauté[P 18]. Il se décrit également comme un « primitif », et n'hésite pas à supprimer les armatures et les barres de mesure[1].

Roger Prevel dit de lui qu'il est « sans doute le plus grand musicien espagnol depuis Manuel de Falla[P 19]. », et que sa musique est « aussi colorée que réduite à l'essentiel[P 20]. » Vladimir Jankélévitch quant à lui relève plusieurs points communs avec la musique de Déodat de Séverac, en particulier la présence d'accords avec sixte ajoutée[J 3] ou le thème des paysages[J 4]. Sa musique joue beaucoup avec la résonance des harmoniques qui dégagent les fondamentales[J 5].

Poète du piano grave et sobre, Mompou est néanmoins capable comme Chopin et Debussy de trouvailles mélodiques inoubliables (à l’exemple de la Sixième Chanson et Danse). Son écriture parcimonieuse va jusqu’à l’abolition de la barre de mesure et on a pu le classer parmi les primitivistes. L’adéquation idéale entre sa pensée musicale tournée vers un mysticisme profond, et son style d’une pureté sans tache, est à l’origine de véritable joyaux du répertoire pianistique. Secret et économe, mais d’une rare élévation spirituelle et d’une vraie noblesse de cœur, ce génial compositeur reste un musicien de l’ombre dont lui-même n’a jamais voulu sortir[réf. nécessaire].

Les grand-parents de Mompou, originaires de Tarbes, étaient fondeurs de cloches[P 21]. On retrouve dans son œuvre de nombreuses allusions à ce thème, comme dans « La fontaine et la cloche », « Música callada » (numéros 5, 8 et 9) ou encore dans le dernier « charme », « Pour appeler la joie »[J 6].

Œuvres

Œuvres pour voix et orchestre

  • Combat del Somni est une transcription des trois premiers poèmes de Combat del Somni pour piano et voix datant de 1965[4]. L'orchestration ajoute une dimension tragique à la version originale plus dépouillée, similaire à l'univers mahlérien[5].
  • Los improperios est un oratorio pour baryton chœur et orchestre commandé en 1963 par le festival de musique religieuse de Cuenca, pour mettre en musique le rituel chrétien des impropères du vendredi saint. Le texte en latin relate la souffrance du Christ et ses reproches d'ingratitude au peuple. D'une durée d'environ 30 minutes, il montre que Mompou est capable de produire un ouvrage de dimension importante et pas uniquement intimiste ou pianistique, bien que celui-ci ait démanti avoir voulu dépasser ses compositions précédentes, et affirmait habituellement être incpabale d'immaginer des sons sur commande. La première version a été jouée le 26 mars 1964 par l'Orchestre symphonique de la Radio Télévision espagnole, la Capilla Clásica Polifónica et Roberto Torres, et une seconde version a été orchestrée en 1968. Roger prével le désigne comme « le plus bel oratorio écrit en Espagne dans cette moitié de siècle », ne pouvant être comparé qu'au Stabat Mater de Francis Poulenc et à la Messe d'Igor Stravinski[P 22],[5].
  • Cinq chansons (1973) est une œuvre pour voix, ensemble à cordes et instruments à vent sur les poèmes de Paul Valéry « La Fausse morte », « L'Insinuant », « Le Vin perdu », « Le Sylphe » et « Les Pas ». Musique et poésie sont parfaitement mêlés, atteignant l'idéal de Música callada[P 23].

Œuvres pour piano

Impresiones íntimas

Les Impresiones íntimas sont les premières oeuvres composées par Federico Mompou, entre 1911 et 1914[4], lors de son premier séjour à Paris. Elles sont caractérisées par l'utilisation de la transposition pour éviter la monotonie[P 24]. On peut y distinguer l'influence d'Eric Satie, particulièrement dans Secreto[1].

La première, intitulée initialement Adeu (« Adieu ») a été renommée Planys (« Plainte »), est composée d'un thème unique exposé trois fois avec des variations, et ne comporte pas de barres de mesure, contrairement aux pièces suivante du même recueil. Les trois pièces suivantes portent le même nom et sont suivies de Pajaro triste (« Oiseau triste »), inspirée par l'histoire d'un chardonneret, La Barça (« La barque »), rappelant « le balancement sans véhémence d'une embarcation[P 25] » selon Roger Prevel, puis Cuna (« Berceau »), une berceuse, Secreto, une danse obstineé, et finalement Gitano, qui est la seule pièce du recueil à utiliser le folklore méridional, et est inspirée d'un accident de voiture sans gravité avec un vieil homme bon et résigné[P 24].

Pessebres

Les Pessebres (« Crèches »), composées de 1914 à 1917[4], décrivent une tradition catalane semblable aux santons de Provence. Les trois pièces, constituées d'inflexions modales, sont assez homogènes. La « Danse », soutenue et vive, évoque un motif populaire, alors que le Pastor (« Berger ») est un personnage de la crèche qui avance « d'un pas mesuré [vers] un lieu reposant. » Finalement, l'« Ermitage » est serein et contemplatif, laissant deviner des sons de cloches[P 26].

Scènes d'enfants

Mompou a composé les Scènes d’enfants entre 1915 et 1918[4] pour « éterniser ses promenades d'autrefois[P 27]. » Réminiscences de chansons populaires catalanes, elles sont divisées en trois parties : « Cris dans la rue », « Jeux sur la plage » et « Jeunes filles au jardin »[P 28], évoquant un monde ludique[J 7].

Dans « Cris dans la rue », on retrouve trois thèmes populaires : un mouvement perpétuel rigoureux et obsédant, une chanson des rues et finalement une valse lente sur la mélodie populaire Filla del Marxant. Jeux sur la plage I, II et III évoquent des appels et des balles lancées sur une plage. Finalement, « Jeunes filles au jardin », reprenant le thème Filla del Marxant, évoque un pas de danse en rêvant d'un prince charmant. Elle est inspirée par un souvenir de Mompou : une ballade en montagne dans le lit d'un torrent. En haut du ravin, un mur, derrière lequel il imaginait l'existence du jardin et des jeunes filles. Plus tard, l'auteur découvrira un jardin romantique du XIXe siècle[P 28].

Les Scènes d’enfants ont été orchestrées en 1936 par Alexandre Tansman, ami fidèle de Mompou. La pièce Jeu a également été transcrite pour violon par Joseph Szigeti et jouée par le Royal Ballet de Coven Garden[5].

Suburbis

Suburbis (1916-1917[4]), l'un des ouvrage les plus connus de Mompou, représente les faubourgs de Barcelone au début du XXe siècle tout comme les Scènes d'enfants et est écrit sans barres de mesure. El carrer, el Guitarrista i el Vell Cavall (« La rue, le guitariste et le vieux cheval ») est inspiré par l'image et les sons d'un quartier ouvrirer. Viennent ensuite les « Gitanes » I et II, évoquant probablement ses amies gitanes la Fana et la Chatuncha[5] ; puis La Cegueta (« La petite aveugle ») dont le thème est involontairement analogue à la danse Portant et Pila a Balco du Xiquet de Valls. Finalement, L'Home de l'Aristo (« L'Homme à l'ariston »), évoque une sorte d'orgue de barbarie désaccordé joué par un mendiant lorsque Mompou était adolescent, sur un rythme de habanera, danse populaire cubaine[P 29].

Suburbis a été orchestré en 1936 par Manuel Rosenthal, suite à un récital donné par Magda Tagliaferro[5].

Cants màgics

La série des Cants màgics a été écrite entre 1917 et 1919. Il s'agit de la première œuvre de Mompou à être publiée, en 1920, par Francisco Martí de l'Unión Musical de Barcelona grâce à Augustín Quintas, malgré son style non conformiste caractérisé par l'absence de barre de mesure et l'utilisation de deux ou trois portées. Elle est dédiée à F. Motte-Lacroix, le maître de Mompou, qui fut immédiatement enthousiasmé et le présenta à Émile Vuillermoz, critique du « Temps ». Mais Mompou, toujours trop timide, reprend le train pour Barcelone, trop embarassé par la perspective d'une interview[P 30].

Le style des Cants màgics est primitiviste, avec de nombreux accords prolongés[P 31].

Fêtes lointaines

Écrites en 1920[4], peu avant son retour à Paris, les « Fêtes lointaines » sont, selon Prével, « une des plus belles œuvres de Mompou »[P 32]. Il s'agit de six danses non titrées, de diverses rapidités de mouvement, raffinées et écrites avec une grande économie de moyens.

Charmes

Dédiées à Émile Vuillermoz et Ricardo Viñes, les 6 courtes pièces composant « Charmes » ont été écrites entre 1920 et 1921[4], en référence aux poèmes de Paul Valéry[1]. Selon leur compositeur, il s'agit d'« une forme primitive d'incantation » dans laquelle il cherche à détruire toute idée de composition. Aucune ne dure plus de deux minutes[P 33]. Elles sont comparables aux six épigraphes antiques de Claude Debussy[J 4].

Le premier « charme » s'intitule « Pour endormir la souffrance ». Le deuxième, « Pour pénétrer les âmes », se termine par un son de cloche. Le troisième, « Pour inspirer l'amour » est très délicat et rappelle « Jeunes filles au jardin ». Dans le quatrième, « Pour les guérisons », les nombreux trilles se transforment progressivement en un champ élégiaque sur fond de marche funèbre. Le cinquième s'intitule « Pour pour évoquer l'image du passé » et est dansant et séducteur. Finalement le sixième et dernier charme, « Pour appeler la joie », est jubilatoire, empli de gazouillis et frôlements d'ailes[P 33].

Trois Variations

Les « Trois Variations » (1921) autour d'un thème personnel de Mompou sont dédiées au père de Mompou[P 34]. La première variation est intitulée « Les soldats » et un souvenir du père de Mompou qui l'emmenait à une messe dans laquelle des soldats jouaient de la trompette lorsqu'il était petit. La deuxième s'intitule « Courtoisie » alors que la dernière variation, « Nocturne », s'appelait d'abord El sapo (« Le crapaud ») puis La rana (« la grenouille ») et évoque un nocturne de Chopin, faisant entendre un animal nocturne, crapaud, grenouille ou chouette, « irréel mais qui existe » selon Antonio Iglesias. L'œuvre est de proportion réduite et comporte des indications inspirées d'Erik Satie, comme « répétez, je vous prie » à la place des barres de reprise[6].

Cançons i danses

Les Canciones y Danzas[P 35] ou Cançons i danses[4], composées entre 1921 et 1962, sont caractérisées par une grande unité. Elles restituent (sans le transcrire[1]) le folklore catalan, mais contiennent aussi quelques thèmes originaux. Chaque chanson, élégiaque et parfois mélancolique, est suivie d'une danse plus vive[P 36].

Canción y Danza Année[P 37] Dédicace Chanson Danse Références
I 1921 La filla del Carmesí Dansa de Castellterçol (ca) [P 38]
II 191824 Senyora Isabel Galop e Cortesía [P 39]
III 1926 Noi de la Mare (berceuse de Noël) Sardane originale en 6/8 et 2/4 [P 40]
IV 1928 El Mariner Ball del Ciri (la danse du cierge), originaire de la région de Castellterçol (ca) [P 41]
V 1942 Chant original d'inspiration castillane Ronde originale et trio [P 42]
VI 1942 Chant triste originale d'inspiration tropicale Danse originale sur des rythmes antillais. [P 43]
VII 1944 Muntanyes regalades L'hereu Riera [P 43]
VIII 1946 El testament d'Amelia La Filadora (« La Fileuse », berceuse ou air galant) [P 44]
IX 1948 Gonzalo Soriano (es) Rossinyol que vas a Franca Barretomaore de Prats de Mollo et motifs originaux [P 44]
X 1953 Deux cantigas inspirés de Don Alfonso X [P 44]
XI 1961 Rafael Puyann Motifs du spectacle de la Patum de Berga [P 45]
L'àliga Moros i Cristians (« Maures et Chrétiens »)
XII 1962 Léon-Paul Fargue La Dama d'Arago (« La Dame d'Aragon») au rythme altéré La mala nova (« La mauvaise nouvelle »), à la fin de laquelle résonnent des appels de glas. [P 45]

Préludes

Mompou a composé ses « Préludes » entre 1927 et 1960. Au contraire des « Chansons et danses », ils n'ont aucun rapport aux traditions populaires, mais on y trouve des traces de romantisme[P 46]. Contrairement à ce qu'indique leur nom, il s'agit de pièces de caractère indépendant, comme Chopin ou Debussy ont pu en écrire[6].

Le premier cahier a été écrit entre 1927 et 1928[6] :

  • Le 1er, dédié à Manuel Rocamora « Dans le style de romance » est noble, grave et serein[P 46], sérénate triste de style italien qui s'est initialement intitulé Una ventana con luz (« Une fenêtre avec de la lumière »). Son style est proche de celui de Chopin[6].
  • Le 2e, dédié à Luis Durán i Ventosa devait au départ faire partie des Suburbis sous le titre du « Marchand des rues »[P 47]. Il évoque une comptine espagnole et le compositeur indique de le jouer « énergiquement », ce qui contraste fortement avec le numéro précédent[6].
  • Le 3e, dédié à la baronne Robert de Rotschild est une mélodie lente avec un accompagnement vif[P 47] à jouer « lentement et [de manière] très expressi[ve][6]. »
  • Le 4e est une ronde enfantine catalane inspirée du Cantique des cantiques[P 47] de rythme archaïque autour d'un « Lent » central religieux[6].

Le deuxième cahier a été écrit entre 1930 et 1951[6] :

  • Le 5e est, selon Robert Prevel, « l'art de Mompou dans ses plus hauts moments[P 47]. » L'« animato » central rappelle un souvenir nostalgique de Catalogne alors que Mompou réside à Paris[6].
  • Le 6e est composé pour la main gauche seule[P 48] avec une économie de moyens caractéristique et une des plus grande force d'expression de toute l'œuvre de Mompou selon Antonio Iglesias, autour d'un thème bien développé et un rubato triste et mélancolique[6].
  • Le 7e, dédié à Alicia de Larrocha[1], s'intitule « Palmier d'étoiles » et forme un bouquet de feu d'artifice[P 48].
  • Le 8e, « con lirica espressione » est une composition polyphonique et contrapunctique plus formelle que ce que Mompou réalise habituellement, où les voix dialoguent et modulent sans effort[P 48],[6].
  • Le 9e est similaire au précédent[P 48] mais rappelle Chopin ou Scriabine dans son chromatisme[6].
  • Le 10e est très court, intense[P 48] et expressif. Sa structure libre rappelle Chopin[6].

Il existe un onzième prélude, inédit pour l'instant, écrit en 1960 et dédié au docteur Fidel Saval. Il est dessiné autour d'un accord de septième[6].

Souvenirs de l'Exposition

« Souvenirs de l'Exposition » est une œuvre commandée par Marietti des éditions Max Eschig en 1937 suite à l'exposition spécialisée de 1937 à Paris en hommage à Marguerite Long. Elle se compose de quatre morceaux : « Entrée », « Tableau de statistiques », « Le Planétaire » et « Pavillon de l'élégance ». Elle apparaît aux côtés d'œuvres de Tcherepnine, Martinu, Rieti, Honegger, Halffter, Tansman, Mihalovici et Harsanyi[P 49].

La partie de Mompou est divisée en quatre numéros ironiques, suggestifs et élégants. Après l'Entrée, qui représente le portique d'entrée dans la foire, le Tableau de statistiques traduit en musique les chiffres de la production d'acier, de bétail, etc., que toute exposition mondiale se doit de présenter. Le troisième numéro, La planétaire reflète la voute sur laquelle le monde astral en mouvement est projeté dans le planétarium. Finalement, le Pavillon de l'élégance rappelle un défilé de mode avec son motif lyrique initial, puis des chiffres encore, comme dans le Tableau de statistiques, mais ceux de la soie ou du coton cette fois-ci ; avant de finir sur obsédante cadence de notes graves, on revient brièvement au défilé de mannequins[6].

Variations sur un thème de Chopin

Composé entre 1938 environ et 1957[P 50], les variations sont écrites autour du thème du 7e prélude de Chopin en la majeur. Au départ, il devait s'agir de variations pour violoncelle et piano, écrites avec le violoncelliste espagnol Gaspar Cassadó. Mais le projet ne voit jamais le jour, et dans un premier temps seuls quatre fragments (I, II, III et V) sont écrits. Mais en 1957, le Royal Ballet de Covent Garden lui propose d'écrire un ballet autour de ces variations. Il les écrit pour piano, « dans l'idée qu'un jour elles pourraient être transformées en ballet[6]. »

Contrairement aux trois variations de 1921, dans lesquelles le thème n'était pas modifié, les variations sur un thème de Chopin modifient et transforment le motif de diverses manières. On trouve des variations brillantes ou plus émotives, des rythmes de valse (no IX) ou de mazurka (no V), dans un ryhthme ternaire (celui du thème) ou binaire. Le thème est suivi de douze variations et d'un épilogue lent[6] :

  • I : Tranquillo e molto amabile
  • II : Gracioso
  • III : Lento, écrit « pour la main gauche »
  • IV : Espressivo
  • V : Tempo di mazurka',' reprend le thème du prélude « goutte d'eau » de Chopin dans un rythme de mazurka.
  • VI : Recitativo. Lento
  • VII : Allegro leggiero
  • VIII : Andante dolce e espressivo, le plus difficile, rappelle à Antonio Iglesias les études symphoniques de Robert Schumann et le prélude « goutte d'eau » de Chopin.
  • IX : Valse
  • X : Évocation, emprunte le thème du moderato cantabile de la Fantaisie-Impromptu de Chopin.
  • XI : Lento dolce e legato
  • XII : Galop et épilogue

Paisajes

Le recueil des Paisajes (« Paysages ») est un recueil de trois pièces écrites entre 1942 et 1960[P 51] :

  • La fuente y la campana (« La fontaine et la cloche ») a été inspiré par une soirée que Mompou a passée avec sa fillancée près d'une cathédrale de Barcelone[P 51] ;
  • El lago (« Le lac ») évoque un lac agité, le chant des grenouilles et et le bourdonnement d'un angélus[P 52] ;
  • Carros de Galicia (« Chariots de Galice »), plus tardif, évoque le grincement des roues d'attelages primitifs[P 52].

Música callada

La Música callada (en français « Musique tue », « Musique silencieuse » ou « Musique du silence »[1]) est un recueil de 28 pièces, réparties en 4 cahiers et composées entre 1959 et 1967. Elles ont été inspirées par les vers du Canto espiritual entre el alma y Cristo su Esposo de Saint Jean de la Croix :

« La música callada
La soledad sonora…
 »

« La musique tue
La solitude sonore… »

Ces pièces contiennent, selon l'auteur, « l'essentiel de [sa] conception esthétique ». Il s'agit en quelque sorte d'un résumé de sa pensée musicale, exhaltant les possibilités expressives du piano mais sans superflu. Elles traduisent les sentiments les plus profonds de l'auteur et, selon lui, sont sa réussite la plus complète, l'œuvre étant exactement comme il souhaitait qu'elle soit[P 53]. Elles sont d'une grande concision et d'une brièveté qui est une forme d'ascétisme[J 2]. Selon François-René Tranchefort, elles représentent le chef-d'œuvre du compositeur[1].

Autres œuvres

  • Canción de cuna (1951)[4]
  • Les Dialogues sont deux pièces romantiques sans titre spécifique[P 9] écrites en 1923 à la manière d'Erik Satie, avec de nombreuses indications comme « sans espoir », « suppliant », « expliquez », « questionnez », « répondez », « hésitez » ou « donnez des excuses ». Il s'agit d'un dialogue de Mompou avec lui-même. Dans le premier dialogue, une des phrases préférées du compositeur est interrompue par un signe d'interrogation, alors que le deuxième est plus tendre, virtuose et passionné, et difficile techniquement[6].
  • Sur la pointe des pieds (1962)[4]

Œuvres pour piano et voix

Les pièces pour piano et voix ont été écrites par Mompou durant toute sa carrière. La première, L'Hora grisa, date de 1915. Le piano ne tient pas le rôle d'accompagnement, mais il est intégré à la voix de manière homogène et mettent en valeur la beauté de la voix et la qualité de l'interprétation plutôt que la tessiture du chanteur ou de la chanteuse. L'harmonie est semblable aux pièces pour piano, même si les modulations sont plus développées[P 54].

L'Hora grisa

L'Hora grisa est la première œuvre vocale écrite par Mompou, en 1915 sur les paroles de Manuel Blancafort (es). Elle évoque des bruits de cloches[P 54].

Combat del somni

Le « Combat du rêve » (Combat del somni), composé entre 1942 et 1948 sur des poèmes pudiques et poignants de Josep Janés, a la préférence de Roger Prevel[P 55]. Les trois premiers poèmes ont été transcrits pour voix et orchestre en 1965[5].

  • Damunt de tu només les flors (« En dessus de toi rien que les fleurs ») est un chant d'amour à l'accompagnement élaboré[P 55]. « Francis Poulenc au comble de l'émotion en fit, dit-on, trisser l'exécution[5] ! »
  • Aquesta nit un mateix vent (« Cette nuit là un même vent »), presque véhément, est d'une violence contenue[P 55].
  • Jo et pressentia com la mar (« Je te pressentais comme la mer ») dans lequel le murmure du piano fait penser à des vagues[P 55].
  • Fes-me la vida transparent (« Rends-moi la vie transparente ») est constitué d'harmonies limpide et très expressif[P 55].
  • Ara no sé si et veig, encar (1948[4])

Becquerianas

Becquerianas a été composé en 1971 sur six des poèmes romantiques andalous Rimas de Gustavo Adolfo Bécquer :

  • El cielo y la tierra me sonrien (« Le ciel et la terre me sourient ») ;
  • Yo sé cual el objeto de tus suspirus es (« Je sais quel est l'objet de tes soupirs ») ;
  • Los invisibles átomos del aire (« Les atomes invisibles de l'air ») ;
  • Yo soy ardiente, yo soy morena (« Je suis ardente, je suis brune ») ;
  • Volverán las oscuras golondrinas (« Elles reviendront les noires hirondelles ») ;
  • Olas gigantes (« Vagues géantes »).

Mompou utilise une tessiture de voix plus étendue que dans ses œuvres vocales précédentes[P 56].

Autres œuvres

Œuvres pour chœur

Œuvres pour guitare

Deux pièces pour guitares ont été composées par Mompou. La Suite compostelana, écrite en (1962), est dédiée à Andrés Segovia. Il s'agit d'une danse vigoureuse sur une mélodie triste, évocation de la Galice[P 61].

La Cançó i dansa n° 13 a quant à elle été composée en 1972. Comme les Cançons i danses pour piano, elle est composée d'une chanson (El Cant dels ocells) suivie d'une danse (El bon caçador)[4].

Œuvre pour orgue

Pastoral, la « Pastorale pour orgue » a été composée en 1972. Elle est séparée en deux mouvements : le premier est serein et pastoral alors que le second provient d'une danse populaire catalane. L'auteur indique qu'il aurait pu s'agir d'une des « chanson et danses »[P 62].

Musique de chambre

Œuvre pour orchestre

  • Variations sur un thème de Chopin (1957)[4]

Musique de scène

  • L'Ocell Daurat (Cantata infantil[4], 1971[P 58]), « L'oiseau doré » en français, est une cantate pour chœurs d'enfants composée à partir d'un conte catalan, dans lequel figurent des personnages tels que le Roi, le fileur, le tisserand, le tailleur ou les médecins, au côté de l'oiseau[P 63].

Discographie sélective

  • Mompou a interprété une partie de ses propres œuvres en 1974, au Casino de l’Alianca del Poblenou, Barcelone, publié chez Ensayo[4] et repris par Brilliant Classics dans un coffret de 4 CD intitulé Mompou, Complete Piano Works.
  • L'intégrale de l’œuvre pour piano a été enregistrée par Josep Colom (Harmonia Mundi) ainsi que par Antoni Besses et Miquel Farré (Audio-visuels de Sarrià)[4] et Jordi Masó (Naxos).
  • Les ''Cançons i danses ont été interprétées en particulier par Alicia de Larrocha (RCA Records)[4].
  • La mélodie ''Damunt de tu a été chantée par José Carreras (Philips) et Victoria de los Ángeles (EMI)[4].

Adaptations

En 2001, George Mraz, Richie Beirach (en) et Gregor Hübner (de) sortent un disque intitulé Round about Mompou où ils réinterprètent certaines pièces de música callada dans un style jazz au piano, au violon et à la basse[7].

Bibliographie

  • Roger Prevel, La musique et Federico Mompou, Editions Ariana, Genève, 1976, 155 p. 
  • Vladimir Jankélévitch, La Présence lointaine, Seuil, Paris, 1983, 159 p. (ISBN 2020064510), p. 145–159.
    Essais consacrés à Isaac Albeniz, Déodat de Séverac et Frederic Mompou.
     
  • Jérôme Bastianelli, Federico Mompou, à la recherche d’une musique perdue, Payot, Lausanne, 2003, 128 p. (ISBN 2601033169) 
  • François-René Tranchefort, Guide de la musique de piano et de clavecin, Fayard, Paris, 1987 (ISBN 9782213016399), p. 530—532 

Références

  1. a , b , c , d , e , f , g , h  et i François-René Tranchefort, Guide de la musique de piano et de clavecin, Fayard, Paris, 1987 (ISBN 9782213016399), p. 530—532 
  2. Federico Mompou sur pianosociety.com. Consulté le 23 mai 2009
  3. Jean-Marc Warszawski, « Mompou Federico (1893-1987) » sur musicologie.org, 10 janvier 2004. Consulté le 9 août 2009
  4. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q , r , s , t , u , v , w , x , y , z , aa , ab , ac , ad , ae , af , ag , ah , ai , aj , ak  et al Catalogue des œuvres sur Éditions Durand-Salabert-Eschig, 1993. Consulté le 21 avril 2009
  5. a , b , c , d , e , f  et g J. Barral, livret de Mompou: Suburbis, Los Improperios, Combat del somni, Scènes d'enfants, Harmonia Mundi France, 1994
  6. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q  et r Antonio Iglesias, livret de Mompou interprète Mompou no 3 : variations sur un thème de Chopin, préludes, trois variations, dialogues, souvenirs de l'exposition, Discos Ensayo, Barcelone, 1997
  7. (en) [pdf] BEIRACH-HUEBNER-MRAZ. Consulté le 9 août 2009

Roger Prevel, La musique et Federico Mompou, Editions Ariana, Genève, 1976, 155 p.  :

  1. a , b , c , d  et e p. 156
  2. p. 25–30
  3. p. 38–39
  4. p. 58
  5. p. 65–66
  6. p. 69–70
  7. p. 70—74
  8. p. 92—94
  9. a , b  et c p. 97
  10. p. 117
  11. p. 31–34
  12. p. 34–37
  13. p. 47–49
  14. p. 39–40
  15. p. 40–42
  16. p. 95–96
  17. p. 118—119
  18. p. 144
  19. p. 12
  20. p. 14
  21. p. 23–24
  22. p. 122–123
  23. p. 129–131
  24. a  et b p. 59–63
  25. p. 62
  26. p. 75–76
  27. p. 76
  28. a  et b p. 76–79
  29. p. 79–84
  30. p. 86–90
  31. p. 86–87
  32. p. 85–86
  33. a  et b p. 90–92
  34. p. 90
  35. p. 97–105
  36. p. 98
  37. p. 152
  38. p. 100
  39. p. 101
  40. p. 101–102
  41. p. 102
  42. p. 102–103
  43. a  et b p. 103
  44. a , b  et c p. 104
  45. a  et b p. 105
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  47. a , b , c  et d p. 107
  48. a , b , c , d  et e p. 108
  49. p. 110–111
  50. p. 111
  51. a  et b p. 120
  52. a  et b p. 121
  53. p. 124–126
  54. a  et b p. 112–113
  55. a , b , c , d  et e p. 114–115
  56. p. 126–128
  57. a , b , c , d  et e p. 115
  58. a  et b p. 150–155
  59. p. 113
  60. p. 129
  61. p. 122
  62. p. 128–129
  63. p. 126

Vladimir Jankélévitch, La Présence lointaine, Seuil, Paris, 1983, 159 p. (ISBN 2020064510)  :

  1. p. 146
  2. a  et b p. 156
  3. p. 149
  4. a  et b p. 150
  5. p. 148
  6. p. 146—147
  7. p. 152
  8. p. 155
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