Metaleurop Nord

Metaleurop Nord

Metaleurop Nord était une société filiale de Metaleurop SA qui exploitait une fonderie située sur les communes de Noyelles-Godault et de Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais). Elle a été liquidée en mars 2003. L'usine, bâtie en 1893 par une compagnie minière française, la Société anonyme des Mines de Malfidano, a été rasée entre 2003 et 2006 après la liquidation.

Sommaire

Aux origines

La SA des mines de Malfidano est créée à Paris en 1867. Avant Noyelles-Godault, elle n'avait pas de site métallurgique de production de zinc. L'usine traitera la calamine calcinée (carbonate de zinc) de la grande mine éponyme de Malfidano près d'Iglesias (Sardaigne) par le procédé thermique des creusets horizontaux, seul procédé en usage alors, et très consommateur de charbon. Le site acheté à la Compagnie des Mines de Dourges était alors parfaitement desservi par le rail, la route et le canal de la Haute-Deûle, d'où arrivaient les minerais de Malfidano, via le port sarde de Caloforte.

Non seulement la production de ce métal nouveau exigeait de quantités considérables de charbon, mais le marché français et surtout parisien du zinc pour la couverture était en pleine expansion et était insuffisamment approvisionné par les usines françaises, dont l'usine voisine d'Auby créée en 1868 par la Compagnie royale asturienne des Mines, et l'usine de Viviez, de la Société des Mines de la Vieille Montagne construite en 1858 par Ernest Garnier.

La production de plomb à l'usine de Noyelles-Godault à partir de minerai est restée anecdotique jusqu'en 1936, date de la construction d'une usine à plomb moderne sur le site.

Entre deux guerres, Pennaroya devient leader mondial du zinc, avec près de 10% de la production mondiale[1].

Première Guerre mondiale

Pendant la Grande Guerre, l'usine située à une quinzaine de kilomètres du front a été utilisée par l'occupant allemand comme plate-forme de distribution de munitions et même probablement comme usine de fabrication de munitions.

Pendant la bataille de la crête de Vimy, l'usine a subi de lourdes destructions de l'artillerie alliée et a été le théâtre de plusieurs batailles aériennes où s'illustra Manfred von Richthofen dit le Baron rouge qui avec son escadre basée à Douai-Brayelles, abattit plusieurs avions anglais près de l'usine et fréquenta assidûment le « Château », résidence du directeur de l'usine de Malfidano où le commandement du premier corps d'armée bavarois s'était installé. L'usine, déjà détruite en grande partie, a été pillée et rasée par l'armée allemande en repli.

La reconstruction et l'entre-deux-guerres

En 1920, la Compagnie anonyme des mines Malfidano revend les ruines de l'usine et les droits aux dommages de guerre à une autre compagnie française, la Société minière et métallurgique de Peñarroya, créée en 1881 par la compagnie Rothschild frères et par le polytechnicien Charles Ernest Ledoux.

De 1922 à 1935, l'usine à zinc a été reconstruite à l'identique; selon le même procédé thermique. Un atelier de pressage et laminage du plomb et de laminage du zinc a été construit et démarré sur les premiers terrains marécageux déblayés qui se trouvaient sous la menace d'effrondrements miniers et des munitions non explosées.

Tour à plomb de l'Usine Métaleurop-Nord où ont été fabriqués des dizaines de milliards de billes de grenaille de plomb de chasse

Une grande tour à plomb destinée à produire de la grenaille de plomb pour les cartouches de chasse, a été importée des États-Unis avec une structure métallique typique des gratte-ciels. Après son érection, elle deviendra le symbole et le point le plus élevé de l'usine jusqu'en 1936, date de la construction de la première grande usine à plomb du site et de sa grande cheminée de 100 mètres.

En 1935-1936, l'usine moderne de production de plomb est construite sur un procédé original, mis au point sur le site, mais la guerre d'Espagne éclate en Andalousie et la ligne de chemin de fer reliant l'usine de Penarroya-Pueblonuevo (l'usine andalouse) et les mines, est coupée par le front des troupes républicaines et nationalistes.

La Société minière et métallurgique de Peñarroya est au bord de la faillite, l'usine à plomb de Noyelles-Godault toute neuve n'a plus de matières premières pour son démarrage. La société Peñarroya devra se lancer dans l'achat de minerai de plomb et développer la recherche minière en pleine crise internationale.

Sous les Trente Glorieuses

L'usine a subi à nouveau des dégâts durant la Seconde Guerre mondiale, de même que les infrastructures du bassin minier.

En 1961-1962, une nouvelle usine à zinc est construite sur le territoire de Courcelles-lès-Lens avec un procédé moderne et innovant : le procédé thermique Imperial Smelting Process (ISP). Les fours de l'ancien procédé sont arrêtés progressivement.

À partir de 1970, tous les filtres de gaz de procédé sont remplacés ou modernisés. De 1975 à 1993, l'usine retraite le concentré de zinc de la mine de Saint-Salvy contenant du germanium et des concentrés de zinc importés et riches en indium. La production de germanium pur et d'indium de haute pureté est étudiée, développée et enfin réalisée. L'usine de Noyelles-Godault devient ainsi la première usine au monde de production de germanium (20 tonnes par an) et d'indium (60 tonnes par an).

Accidents

L'usine a connu de nombreux accidents de sa création à sa fermeture. Parmi les derniers :

  • 9 février 1989 : un dépôt extérieur de nitrate de soude, de soufre et de lingots de magnésium est le point de départ d'un sinistre qui provoque de nombreuses explosions et un nuage irritant mais non toxique : trois personnes légèrement blessées[2].
  • 31 octobre 1990 : une projection de soude à 400°C et de plomb liquide tue une personne et en brûle cinq autres dont deux grièvement[2].
  • 16 juillet 1993 : Une colonne de raffinage de zinc explose, tuant 10 employés et en blessant un autre[2].
  • 24 janvier 1994 : Une nouvelle explosion de la colonne de raffinage de zinc tue 1 personne et fait 7 blessés[2].

Mort annoncée

Dès 1980 la Société minière et métallurgique de Penarroya et la quasi-totalité des groupes miniers et métallurgiques européens sont en grande difficulté. Avec l'édiction de normes environnementales, ils doivent construire ou reconstruire leurs équipements et filtres anti-pollution, alors que le prix des métaux baisse, que le dollar est en baisse, et face à une concurrence des pays de l'Est ou en voie de développement.

Les Européens tentent de s'unir pour proposer un prix unique du zinc des producteurs européens. Il s'agissait de lutter contre la dérégulation et les agissements de nouveaux venus : les traders comme la compagnie Marc Rich + Co. AG, créée en 1975 et devenue en 1993 Glencore International AG.

Glencore International AG. a son siège social à Baar dans le canton de Zoug, connu pour être à la fois un paradis fiscal et pour assurer le secret bancaire et abriter de mystérieuses compagnies et des oligarques russes. Les actions de Métaleurop étaient en réalité détenues par une des filiales de Glencore localisée aux Bermudes, autre paradis fiscal.

Les compagnies européennes seront condamnées par la Communauté européenne pour « entente illicite » et tenteront alors de former un seul groupe européen de métaux non ferreux. En 1988, seules, la société Penarroya et les activités de non-ferreux de Preussag pourront être regroupées en un nouveau groupe européen: Metaleurop.

  • 1990 : Création d'une usine de retraitement de toutes les eaux usées de l'usine .
  • 1993 : L'usine de production de plomb est équipée d'une unité innovante de désulfuration des gaz de procédé.
  • 1993-1994 : Une colonne de purification (distillation) du zinc métal explose. Cet accident grave sera suivi par un deuxième sur la même colonne reconstruite. Les deux accidents provoqueront 11 morts, la fermeture totale de l'atelier de raffinage et partielle de l'usine à zinc et le retrait de l'actionnaire principal Preussag remplacé par un trader connu Marc Rich + Co. AG. Metaleurop filialise toutes ses activités et achète une « société coquille vide » qui deviendra Metaleurop-Nord. La maison-mère transfère ainsi sur les comptes de sa fille, Métaleurop-Nord, les pertes liées aux accidents.
  • 1996 : L'atelier de raffinage du zinc est reconstruit totalement et le trader Glencore devient à la fois actionnaire principal (mais non responsable), l'unique commercial (par Metaleurop Commercial S.A.S.) et devient le concurrent de Métaleurop SA par ses toutes récentes acquisitions européennes.

Fermeture

L'usine Metaleurop au moment de sa fermeture.

le 28 janvier 2003, le tribunal de grande instance de Béthune à compétence commerciale ouvre le redressement judiciaire de la SAS METALEUROP NORD. Les 830 salariés redoutent que l'entreprise ne soit rapidement liquidée, faute de solution de continuation de l'activité ou de reprise par une entreprise tierce, et qu'ils ne soient licenciés sans préavis ni plan social. Ils craignent au surplus que la dépollution du site ne soit pas prise en charge par le groupe. La liquidation judiciaire est prononcée le 10 mars 2003. Une action en extension de procédure est engagée par les liquidateurs judiciaires à l'encontre de METALEUROP SA qui n'aboutira pas. Le groupe Glencore, auquel appartient Métaleurop, a toujours nié toute responsabilité (Glencore est un conglomérat suisse spécialisé dans la production et le courtage de métaux, connu des opérateurs financiers pour sa discrétion et l'opacité de ses opérations, en particulier en Afrique, dans le golfe de Guinée).

À sa fermeture, Metaleurop Nord raffinait le zinc et d'autres métaux (dont plomb, cuivre, antimoine, indium, germanium, or, argent, cadmium, etc). L'usine était dans les années 1990 le premier employeur du bassin d'emploi local, dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

Peu avant son arrêt d'activité suite à son abandon par la société-mère Metaleurop, Metaleurop-Nord assurait à partir de minerais, les deux tiers de la production française de plomb (150 000 t), un tiers de celle de zinc (100 000 t), la totalité de la production française de germanium (20 tonnes) et d'indium (50 à 70 tonnes).

La production de plomb recyclée provient en quasi-totalité du retraitement des batteries au plomb usagées et est assurée par les usines de la société Metaleurop SA (rebaptisées Recylex) de Villefranche-sur-Saône et d'Escaudœuvres, mais aussi par les usines de GDE de Trafigura.

Les rejets de l'usine étaient suivies par la DRIRE et la DIREN qui pilote la Police de l'eau dans la région, ainsi que par l'ADEME. Selon l'observatoire régional de la santé (ORS) en octobre 2002, 13% des enfants dépistés dans les communes aux abords de l'usine avaient un taux d'imprégnation élevé, et à Évin-Malmaison, située sous les vents dominants, ce taux atteint 27%. « Depuis 1995, il n'y a pas d'évolution significative dans les pourcentages de dépistage » notait le rapport.

Médiatisation

La fermeture sauvage de l'usine Metaleurop-Nord fait l'objet de nombreuses études historiques, sociologiques, judiciaires et de nombreuses publications dont le livre de Frédéric H. Fajardie Metaleurop Paroles ouvrières aux éditions des Mille et une nuits. Les documentaires sont également nombreux :

  • L'éléphant, la fourmi et l'état, aujourd'hui Metaleurop, demain ...? de Jean-Michel Meurice sur Arte
  • Metaleurop, l'autre guerre ... de John-Paul Lepers sur Canal+
  • Metaleurop : Germinal 2003 de Jean-Michel Vennemani sur France 3
  • Le conflit Metaleurop de Stéphane Czubek et Gilles Lallement sur France 3
  • Metaleurop : les naufrageurs démasqués ... et toujours impunis d'ATTAC-Romans
  • Le site cœurs de fondeurs [3]
  • "La fonderie de Noyelles Godault" de Jean-François Berthe dans "Rail Miniature Flash" N° 459 à 461 : Série d'articles sur l'histoire et les techniques ferroviaires de l'usine.

Suites judiciaires

Après une plainte pour « mise en danger de la vie d'autrui » et pour « non-assistance à personne en danger » de la part du Comité de défense liévinois, en raison de nombreux cas de saturnisme autour de l'usine, chez des enfants notamment, et suite à cette liquidation inattendue, une information judiciaire pour « abus de biens sociaux » et « recel d'abus de bien sociaux » a été ouverte le 13 février 2006.

L'enquête préliminaire lancée dès le 24 janvier 2005 par le parquet de Paris s'est étonnée de la vente (sans aucun appel d'offres) par Glencore de son usine d'électrolyse de zinc de Nordenham, dans le nord de l'Allemagne. Montant de la transaction réalisée avec le groupe Xstrata (une entreprise minière suisse également basée à Zoug) : 100 millions USD, au bénéfice de son actionnaire de référence... Glencore, qui le possède à hauteur de 40 % !

Voir aussi

Notes et références


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Metaleurop Nord de Wikipédia en français (auteurs)

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